Crépusculaire

La nuit tombe 

les vagues s’efforcent 

De refléter les étoiles en éclats 

L’une d’elles 

Plus grosse porte la masse sombre 

D’un nuage 

Ailerons nageoire dorsale noirs

Écume ivoire 

Sur la plage pris dans les filets d’algues mortes 

Un rocher 

Échoué 

L’aube peut-être l’emportera 

Comme l’une 

De ces créatures que l’obscurité invente

Et oublie volontiers quand elle prétend qu’elle avance

Alors qu’elle est là pour dévorer 

Le temps 

Éclaircissement

J’ai fermé les yeux et sur mes paupières

s’est posé le ciel 

l’étoffe de soie bleue a gagné mon corps

enveloppait mon âme sa palpitation de poisson 

sorti de l’eau et tombé sur le pont

la trame invisible à l’oeil nu et dont les fibres

sont des ondes qui ne sont déjà plus de la lumière

transgressait tous les ordres de grandeur

aux intersections une étoile une explosion

un pulsar des amas de gaz de la poussière

un corps parti en fumé

j’entendais les frondaisons se froisser et se laisser tisser

par les sifflements par milliers d’oiseaux à peine plus grands

qu’un aileron le gloussement de l’eau dans les bras d’une source

en ouvrant les yeux l’empreinte aux rayons X de mon corps

s’estompait peu à peu 

j’ai reconnu chacune de mes fractures et juste en dessous
du talon 

la lune comme un flocon

Seulement le ciel

Seulement le ciel 

Qui ne porte pas de nom 

Mais que porte la mer en elle

Seulement le silence immobile 

La nuance

La longue histoire de la langue 

Qui ne porte en elle pas de nom

Mais que porte le symbole 

L’objet et son âme l’haleine 

Passe de brume à nuage

De nuage à colline à ruisseau à cheval

À l’horizon une nouvelle aube

La nuit dénudée la lune sortie de sa bogue 

Verte

Aux chats

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Life’s a Stretch- Lynn Smith Stanley @Sliverpoem Studio

La nuit cette étrangère refuse de passer ma porte

ouverte

elle siffle et grince de tous les insectes qui l’habitent

ivres

ils  préfèrent être

entendus plutôt que vus et

dévorés

la nuit est fraîche la pluie est encore sur la colline et la lune est de ce côté-là.

la nuit danse ou marche  ou est-ce    sa soeur la mer

qui jette vers la lumière des papillons d’écume

soudain gracile

la petite féline fait son entrée

elle trottine vers la cuisine où des parfums alléchants de nourriture

l’attendent

elle mange

et puis part 

la nuit a quelque chose à lui dire

le secret hallucinant qu’elle réserve aux chats

seulement

Petite planète

 

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Dans le nid le bruit léger d’une demie plume

au ciel azuré la lune est un dé

un oisillon dont l’oeil est encore une planète aveugle

ouvre un large bec

du jour les heures l’ont fait naître

avec une application ailée 

multipliée par deux fois deux

vols stationnaires

plongées vertigineuses

ont été exercés dans le but

unique  de protéger

l’oeuf —peut-être deux de plus—

valeur zéro de la vie

dont nul ne discute plus jamais

l’importance

Finalité

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Anish Kapoor, Zonder titel 1992 polystyreen, aluminium, fiberglas, acrylmedium en pigment diameter 220 cm, ruimte 480 x 240 x 380 cm 1993.AK.01

Parmi les nuages
la nuit
l’hiver
le froid
la pluie
la lune
elle finit par descendre et se pose
sur les branches d’un pin aux aiguilles argentées
elle choisit sûrement celui
qui la suivra un jour
enfin ce sera moi
parmi les nuages
la nuit
l’hiver
dans le froid et la pluie
je vois ton visage celui
que tu n’avais pas alors
que tu étais encore en vie


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Un cheval

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A Roman bronze horse. Circa 1st-2nd Century A.D.

La lune est un cheval
porté au pas
elle allonge l’ encolure
et laisse ses lèvres effleurer
le ruisseau
l’eau se ride et forme des anneaux
autour des naseaux
la lune respire et broute
les touffes brûlantes de quelques
reflets d’étoiles
à chaque mot correspond l’écho d’une vague
le bruit que fait un sabot quand il égratigne le sable
empreinte de brume
trace que laisse après son passage
la poussière

Essences

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Dans les feuillages le vent est
Un petit cheval vert se cabre
Disparait puis après avoir bu
Le ciel revient plein de fougue

Derrière la colline vient de naître
Dans un lit de brumes
La lune avant l’heure

Les ruisseaux dévalent les pentes
On entend les troupeaux de roches
Le bruit de la pluie
Essences d’immortelles
Se répandent autour de la tombe
Du jour


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