À haute voix
L’amour agile se leva
Avec de si brillants éclats
Que dans son grenier le cerveau
Eut peur de tout avouer.À haute voix
Tous les corbeaux du sang couvrirent
La mémoire d’autres naissances
Puis renversés dans la lumière
L’avenir roué de baisers.Injustice impossible un seul être est au monde
L’amour choisit l’amour sans changer de visage.
Talisman
C’est une pierre qui dort. On ne voit pas qu’en son sein scintille un univers à venir: pins aux aiguilles titillant joliment le ciel de votre esprit, rochers agrippant le regard de votre volonté, l’oiseau de vos souvenirs se posant sur une branche, ailes tendrement repliées comme s’il n’avait plus à s’envoler. C’est une pierre qui semble devoir vous révéler la puissance de vos rêves par rapport à l’irrévocable réalité de l’ordinaire.
On ne voit guère les remous somptueux de ses océans, on soupçonne à peine la souplesse de son opalescence et l’onctuosité limpide de ses reflets. On ignore tout de la souveraineté charnelle de son corps. C’est une pierre qui ne se révèle qu’à celui qui la choisit lentement. Elle est un végétal à l’état de bourgeon, son soleil est l’éternité.
C’est une pierre qui dure. Vos mains lui donneront des ailes lorsqu’elles se mettront au travail. Sortie du lit de la rivière, polie, elle nettoiera votre âme. Elle sait que les blancheurs laiteuses de ses phrases, petit à petit transformeront le regard que vous avez sur la vie.
Doucement
voie

Ton regard glisse sous la paupière
comme un astre derrière les voiles célestes
ta pudeur trace d’une ombre fugace
petit fruit mûr d’une ample méditation
sur la marche
Ton regard se dissimule sans te voiler la face
disque radieux que porte la nuit comme un grain de Beauté
Tu te résorbes peu à peu sans froisser une seule des étoffes que la mer jette à tes pieds
Le monde est en train d’oublier pourquoi il tourne
à côté de toi dans le néant.
Petite branche

Les jours sont lourds
parfois si lourds
que la nuit éternellement tournée vers les étoiles
porteuse de tous les passés
soudée à tous les silences
semble n’être plus qu’une broutille
affluences
Source: chronoscapes.com via machinn on Pinterest
J’ai une peau de fleur
et du pollen sur les paupières
la nue habille mes pupilles
en circulant tout autour de leurs cœurs
comme une couleuvre
·
J’ai une peau de fleuve
et l’envie de déborder de mes rives
d’effleurer vos nuits
navires fantômes chargés de livrer
une cargaison de mots à vos songes
·
Mes grains de beauté
sont les points d’une constellation
de galets au fond d’un lit
points doux graines dociles
·
j’ai un corps longiligne
je m’écoule comme si j’étais le feu imperceptible
d’une fontaine de cris
J…..
Lorsque la nuit se retire
comme la mer à marée basse
elle me laisse en face à face
avec un jour dont je n’aperçois pas encore les côtes
Il faut que je voyage en te suivant à la trace
Autour de toi la froide nuit n’existe pas
Les flots de lumière embrassent tes pieds
Il y a que toi qui puisses ainsi irradier la Beauté
Il n’y a que toi qui puisses me faire croire que le monde
marche à pas de velours comme les chats.
Un jour

León Ferrari (Argentine, born 1920)
1962. Ink on paper, 26 x 18 7/8” (66 x 47.9 cm). Purchase.
© 2012 León Ferrari
Un jour, il ne me restera plus que des lignes comme de longs rubans tentaculaires pour me rattacher à cette partie du vide, l’alcôve blanche où se nichait mon existence. Mes souvenirs parcourront le temps à la manière des racines et des branches, avec l’unique envie d’étendre leur sphère. Mes poumons respireront la lumière et toujours l’écriture me servira de sève.
Un jour, je ne porterai plus le poids de ma naissance comme une tare, comme un aveuglement commun, comme un cortège de nœuds. Je n’aurai plus ce cœur de verre. Je ne serai plus une boîte fermée qu’il m’est impossible d’ouvrir.
Un jour, il ne restera que le vrombissement de mes ailes, le petit bruit de mon corps d’abeille butant contre l’invisible vitre qui l’empêche d’atteindre le soleil. Il ne restera que mon acharnement, desséché, inutile. Un demi gramme de poussière supplémentaire sur le bord de la fenêtre.
Baume
En lisière

(Pour visiter son blog cliquez sur l’image)
Les arbres au bord du monde sont sur le point de se fondre à l’absence
Il ne nous restera pas même le squelette de leurs branches
les vents et les pluies ont fait fuir les prairies et les rires
des fleurs
il ne nous reste plus que le temps soudé à un lit d’hôpital devenu presque vague
il nous montre son dos
doux comme celui des collines pour le regard ému qui porte des larmes
dur muet et lâche pour celui qui n’a plus ni les armes ni l’espoir





