Or

Artem Ogurtsov
Artem Ogurtsov

L’or est dans le regard

Du lys blanc

Tu le frôles frelon vrombissant

Tu emportes le printemps

Comme un pigment

pour faire tinter l’horizon

L’or est dans l’iris

du loup

du chat

du lion descendu de la montagne

Dans les flammes vertes et les aiguilles des buissons

qui rongent les ombres et frémissent

les pupilles brillent et se fendent

La mort s’envole en croassant

Juste avant que la lune naisse

L’or est dans la tresse de cette folle

Sa plénitude te transperce

comme le dard de cette fleur

dont les parfums habillent

la nue

Auréoles

Mandelbrot Resequenced Tomograph by pifactorial ©2012-2015 pifactorial

Très haut au dessus de la terre

le ciel se transforme en mer

Lueurs et nuages se font vagues

Les sommets rocheux accrochent l’écume

Mon cœur s’installe au fond de mon âme

comme un galet

j’entends l’écho de ses pleurs

qui se noient.

 

Digital Art / Fractal Art / Fractal Animations

Las

Wire
Wire

Entre les mailles bien ajustées des secondes, des heures, des jours, semaines et années, ma vie ne peut serpenter. Chaque parole comporte l’aspérité, l’épine tendue comme une épée. Chacun des sons se termine en plantant la pointe d’un poignard au centre l’ombre que devrait être mon premier pas. Alors, je n’avance pas. Je reste là, comme une plante mes désirs colonisent le temps de leurs branches. Le moindre souffle les fait dévier de leur course. Échanger des idées en silence serait comme échanger de la lumière, de la pluie pour un tout petit bourgeon. Mais non, il est toujours un homme pour vous parler fort de la morale, de votre ignorance et de la force qu’il mettra à vous inculquer la vérité. Il est toujours quelqu’un qui se met à discuter de vos songes sans que vous ne l’ayez demandé. Il agira pour votre bien.

Dans le jardin, la sittelle papillonne, les pas de la tortue font grésiller les feuilles mortes, les aiguilles sèches des pins. Des sifflements remplissent le ciel de rayons de soleil. Et là, sans que je sache pourquoi, comme un regret, mon coeur dépose des larmes. Fini de se battre?

Ombres

Georges Braque France 1882-1963 « Oiseaux »

J’ai cru que c’était la mer qui me parlait. Les vagues comme les lèvres d’une infinité de bouches pleines de questions sans réponse. J’ai pensé que c’était le vent s’échappant comme un soupir lorsqu’il se heurte à une quelconque rive. Mais ce n’était que le tamaris dont les branches, les feuilles et les fleurs s’ébrouaient. Le gigantesque oiseau lissait ses plumes roses, quelques branches grinçaient. Voilà un arbre qui ne se prend pas pour une chose végétale!

Je me suis assis sur le muret, je guettais l’envol, je regardais comment l’arbre construisait son nid de brindilles solaires. Quelle extravagance dans chacun de ses gestes, bientôt il serait goéland ou l’un de ces flamands roses qui se déposent à la manière des nuages dans le ciel lorsque le soleil va dormir dans la mer.

 

Vagues

Bertrand VDE
Bertrand VDE

tumblr_np0y9w7lZJ1u3jjero9_1280L’arbre foisonnant de récits et de mythes

Peuple le vent de vagues

La poésie comme un feuillage

D’ombres et de nimbes

Renvoie à l’homme sa propre image

Est-ce le son suave de son souffle

Qui me reste à jamais mystérieux

Sa source limpide

Glisse dans le petit couloir

Du hautbois

º

Le ciel nocturne

En épousant la terre

Souveraine

S’est paré d’étoiles

Répartissant entre chaque humain

Même les plus faibles

L’espace indéfinissable

Entre harmonie cosmique

Et destin funeste.

 

Tendre brûlure

Joe Brittain- Study for Proportionless jewel
Joe Brittain- Study for Proportionless jewel

Seule reste la pluie
Ses yeux de chouette brillent
Le vent est celui qui
Pour continuer à faire entendre sa voix
Se glisse jusqu’au fond de la gorge
Là où les larmes se posent
Seul reste le souffle tiède de ce qui fut la tendre brûlure de ton enfance touchant du bout des doigts
L’os que serait le futur
Seule persiste et dure
L’écorce
Du fruit qu’est devenu ton refus d’en finir
Avec les larmes et la pluie
Les trous à peine visibles dus aux morsures des vers
Qu’ils creusent des galeries pour que la vie se réduise à de la poussière!

Pluie

Roger Humbert Untitled (Luminogramm) 1955
Roger Humbert
Untitled (Luminogramm)
1955

L’ennui est le nom donné

à un lac

à l’eau sombre et froide

où les arbres se mirent

où les feuilles se noient

quand tu fermes les yeux

et que tu ne regardes plus

que les prodigieux fantômes

tu entends leurs larmes dont l’épine

comme la pointe d’une plume qu’on trempe dans l’encrier

grésille

Rébus

Cosmic Goop by Travess Smalley
Cosmic Goop by Travess Smalley

Mon coeur est la montée en graine d’une pensée

petit pois vert

perle sans pétale

 

Si je me froisse c’est parce que perdue

dans le feuillage

subtilement installée sur la tranche lumineuse d’un rayon

je ne laisse que cette trace

comme le soupir d’une seconde

comme le rébus que contamine

une émotion