Les épines

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ils rient

ils rient en montrant leurs dents

en faisant claquer leurs mâchoires

ils déploient leurs moqueries comme des

marchands de tapis

ils rient

de moi

et leurs yeux plantent

leurs épines venimeuses

sur mes bras

sur mes mains

qui se mettent à trembler

ils peuvent croire que j’ai peur

ils peuvent croire ce qu’ils peuvent

ils ne savent que crier et rire

j’ai envie de m’enfuir

comme le feu

Rien que pour toi

Il est un endroit où la lumière ne pleure pas,

où le cœur des gazelles ne tremblent pas,

les lèvres embrassent pour boire,

les corps s’enlacent pour se nourrir

et les larmes brillent du plaisir d’aimer.

Il est un endroit qui se retient de respirer lorsque tu n’y viens pas,

qui oublie de dormir lorsque tu soupires

Il est un endroit qui s’habille de fils d’or et de soie rien que pour toi.

 

 

Ce baiser

Je ne veux pas qu’ils nous volent ce baiser

qu’ils nous pressent

je veux le garder possible pour l’éternité

alors je m’approche

sensiblement

je fais semblant de vouloir le déposer

sur tes lèvres offertes

entrouvertes

sensiblement

mais j’attends       j’attends

Je laisse d’abord mon désir t’envahir

j’attends

je le laisse t’escalader

à pas de fée

j’attends gentiment

que tu sois aussi brûlant que moi

et dès qu’ils ont tourné le dos

je viole tes frontières

au galop

Endormi

Dans les couloirs et escaliers de la maison, quelqu’un marche. J’entends son pas qui recouvre de son aile, tous les visages assouplis. Comme un rêve, il rythme doucement l’entrée de la nuit dans nos vies, il progresse de respiration en respiration. Il répand partout la musique de la trêve, l’acceptation du sommeil, l’arrêt momentané de nos petits combats.

On voulait que le jour continue à courir, à mendier des notes de lumière, à cacher la fraîcheur dans les nids de feuilles vertes, dans le jardin. Le jour s’est enfui comme un oiseau, trop vite. Sans répondre à notre faim incomplète et distraite. On voulait poursuivre les jeux et les promenades. On voulait rire de tous les éclats et goûter à tout ce qui brille.

Dans les alcôves, sous les draps s’allument comme de joyeuses lucioles, les petites lampes de poche qui poursuivent avec envie les mots qui galopent au gré de quelques pages. Les rires se froissent comme des mouchoirs, les lèvres murmurent de toutes petites prières, pourvu, pourvu que papa ne les entende pas. Sur les paupières des plus petits tremblote fébrilement les reflets argentés, dans la coquille nacrée de la main entrouverte se love un tout petit baiser. Il s’envole pressé, aux premiers remous du sommeil. Il pétrifie les plus grands dans leur dernier geste. Se pourrait-il enfin que tout le monde se soit endormi ?

La caresse du jour

 

Il ne vous suffit d’être dotés de la parole

pour partager le monde comme un gâteau

 

il faudrait que je le rogne frénétiquement

tout comme vous

 

je ne veux pas

 

je veux avancer à tâtons

et hésiter

 

me laisser guider

par les premières pluies

par les murmures des bourgeons

par les caresses fines

du temps

 

je veux prendre mon bain dans le vent

happer la vie

offrir ma peau

mes sens et ma folie

m’éparpiller joyeusement

sur l’inutile Beauté de la seconde

qui vous rend aveugle et cupide

je veux me perdre en chemin

Le tissu des mensonges

si je pouvais retenir l’air

le soupir des secondes

si je pouvais convoquer

tous vos mots vos cruautés

muettes

je serais un tissu

de mensonges

une ellipse

une suffocation

l’extinction d’un peuple curieux

on ne saurait que faire de moi

on ne pourrait m’épingler

comme ce fabuleux papillon

marin

on ne pourrait me donner la main

me prendre dans les bras

je serais plein d’évocations friables

d’épines de nœuds et de dards

de débris et d’éclats

on ne pourrait me confier

les valeurs sûres du présent et de l’avenir

on ne pourrait se fier à mes apparences

car je ne crois et ne grandit

que parmi les morceaux

et les cris

je suis fait

de remous et de trous

À ciel ouvert

Mon ciel est un livre ouvert, on le lit en suivant les étoiles. Les constellations forment les chapitres. Les mots surgissent d’une effusion, ils ébouillantes les phrases. L’histoire se répand comme une poudre. Elle est instable. Il arrive qu’on la voit osciller lamentablement.

Mon ciel est blanc comme le vent, il est la paume du Lys. Les lettres se cristallisent et forment parfois des paragraphes. On peut voyager entre les lignes, entre les mots et en dessous des phrases.

Mon ciel s’étend et s’étire comme la crête fière d’un drapeau. Mon ciel touche souvent le sol, traine, rampe et se perd. On pourrait croire qu’il est endormi, qu’il vit sans connaître le poids du moindre soucis. Pourtant, lorsque j’ai la tête dans les étoiles, je l’entends qui travaille. Il parle, il chantonne, il ronronne ou il grogne. Il rêve de devenir la coupole magistrale de cette mosquée lointaine. Il rêve d’un jardin cerclé de marbre blanc et de pierres mystérieuses. Il rêve de ne jamais s’écrouler. De ne plus être honteux de porter le nom que vous lui donnez.