Endormi

Dans les couloirs et escaliers de la maison, quelqu’un marche. J’entends son pas qui recouvre de son aile, tous les visages assouplis. Comme un rêve, il rythme doucement l’entrée de la nuit dans nos vies, il progresse de respiration en respiration. Il répand partout la musique de la trêve, l’acceptation du sommeil, l’arrêt momentané de nos petits combats.

On voulait que le jour continue à courir, à mendier des notes de lumière, à cacher la fraîcheur dans les nids de feuilles vertes, dans le jardin. Le jour s’est enfui comme un oiseau, trop vite. Sans répondre à notre faim incomplète et distraite. On voulait poursuivre les jeux et les promenades. On voulait rire de tous les éclats et goûter à tout ce qui brille.

Dans les alcôves, sous les draps s’allument comme de joyeuses lucioles, les petites lampes de poche qui poursuivent avec envie les mots qui galopent au gré de quelques pages. Les rires se froissent comme des mouchoirs, les lèvres murmurent de toutes petites prières, pourvu, pourvu que papa ne les entende pas. Sur les paupières des plus petits tremblote fébrilement les reflets argentés, dans la coquille nacrée de la main entrouverte se love un tout petit baiser. Il s’envole pressé, aux premiers remous du sommeil. Il pétrifie les plus grands dans leur dernier geste. Se pourrait-il enfin que tout le monde se soit endormi ?

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