Processus

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le jeu inhérent au monde peut commencer
en même temps que le jour
je commence ma partie en le contemplant
pourquoi ne serait-il plus possible
de simplement admirer ce à quoi
je ne prête que des mots
peu m’importe qu’une voix
dans mon dos
répète qu’ils sont tous faux
le ciel est un pétale
la colline un fauve
la mer échange
brumes contre reflets et
ondes contre ondes


image: Bertrand Vanden Elsacker

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Adventice

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William Henry Fox Talbot, Wild Fennel (1841-42)

S’occuper d’un végétal
c’est presque comme s’occuper d’un poème
il existerait tout aussi bien en mon absence
sans que j’en ai la moindre connaissance
J’aménage dans la terre que j’ai nourrie
abreuvée     en toute légèreté
un habitacle à deux étages
une chambre noire     pour développer les racines
une chambre claire     pour les tiges   les épines     les feuilles
les boutons       les rejets
J’attends     je projette des floraisons
j’observe
j’imagine des constructions de feuilles
je me rends apte à comprendre un langage
qui n’est pas encore le mien
puisqu’il n’use d’aucun mot
je rectifie toujours tous mes gestes
dans un souci   de perfection
qui ressemble         au meilleur usage
de la lumière
au plus judicieux partage     de cette portion d’espace
je regarde le présent advenir

Ville

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Dehors
je ne sais plus si c’est la symphonie de bruits
qui construit peu à peu les lieux
ou si c’est l’espace qui se laisse modeler
afin qu’il révèle ce qu’il contient d’éclats
je m’endors
et sans le vouloir mon esprit s’essaye au jeu
du puzzle géant de l’existence
labyrinthe de miroirs, kaléidoscope de reflets
impalpable et froid lisse comme une plaque d’argent
qu’on a polie
les galeries les veines se reconnaissent aux traces qu’elles ont laissées
ainsi que le font les vers
à la surface du bois qu’ils ont réduit en poudre
Je m’en sors
dehors le jour
me réveille en me demandant ce qui aujourd’hui va
disparaître à jamais.


Source image: Bertrand Vanden Elsacker

Décembre

 Image: NASA

 

Décembre

la mer engourdie

respire à peine

les collines se sont vêtues de brume

bleue

dans le jardin la fleur blanche d’un rosier mousseux

se baigne nue

les oliviers abritent des milliers de plumes vertes              de petits yeux noirs et brillants

certains à court de chants

tombent et roulent

jusqu’à former aux pieds des plantes

d’étranges queues de comètes.

Ta bouche

Ta bouche est une feuille

qui jamais ne se détachera

de l’arbre qui l’a rendue

si tendre

des nervures pour les lèvres

des nervures pour les mots

des nervures pour le sens

et les silences

ta bouche croquante

et verte

oubliée entre les branches

qui fouettent le vent

Sans titre

46523fef18f073426be9a19e2d4a4a7dDans le ciel

que les pins

se disputent

une carpe koï

s’efforce de ne pas disparaître

sa fragilité écorce d’un nuage

est la condition nécessaire

à l’émergence d’une complexité

la vie

Écriture

Watermarks - Abstract Photography by Marco Visch

Watermarks – Abstract Photography by Marco Visch

Les goélands échangent leurs plumes

pour de l’écume

au loin les vagues s’en servent

pour réécrire les brumes

naissent des collines bleues

des nuages aux allures de combe

capables de s’envoler

Pétulance

Suzanne Dekker "Hope"

Suzanne Dekker
« Hope »

Parfois un instrument à cordes imprime à l’étang un fluide mouvement. Un trait s’éternise jusqu’ à la cime des choses. La lenteur émerge peu à peu comme cris à peine sortis du nid. L’eau en surface se défait des plis inscrits par la nuit et moi je vois le soleil encercler l’endroit où mes feuilles ovales s’étalent.

Je devrais à l’instant choisi cibler un point du ciel où me suspendre ailes ouvertes. Quelle est cette ombre géante amalgamée à ton immonde haine ? Crois-tu que le mensonge dont ton poing crispé me menace est à même d’empêcher ma floraison ?

C’est aux nuages brassés par la lumière que je dois la couleur de mon bourgeon, c’est à la lance qu’il doit son élan pointu, c’est à l’eau sombre que je voue mon irisation.

Fragment

I Feel All Wrong, I Don’t Understand , 2012 Audrey Niffenegger

Son corps n’est plus

qu’une trace

son être est dans la mort

dans ce qu’elle suppose

de silence de menace de souffrance et d’oubli

niée aux néants humains du vivable

ton âme s’installe dans toutes les âmes

dans les rêves et leurs revers

dans les actes et

dans ce qui ne sera jamais partie du quotidien