Gerhard Richter Wolken (grau)1969 150 cm x 200 cm Oil on canvas
La nuit se glisse
entre les vagues
le vent s’endort
Gerhard Richter Wolken (grau)1969 150 cm x 200 cm Oil on canvas
La nuit se glisse
entre les vagues
le vent s’endort
Tes volutes à la volonté du vent, tes rubans comme les pétales éparpillés du temps. Une poignée de gestes tendres et ronds. Ton bouquet est un instrument de musique que l’on fait tourner entre les mains pour qu’il danse en rythmant nos chansons. Ton parfum est le visage blanc du soleil, ou de son âme qui auréole encore dans ton ventre. Ta tige est ce qui te permet à la fois de te tendre et d’entendre.
Quelle est cette idée qui fait onduler et monter, monter les routes de montagne comme de longue phrases folles jusqu’au sommet ? Quel est ce désir qui nous amène à nous plonger dans la crème des nuages ?Le monde serait-il une toupie entre tes doigts amoureux ? La vie serait-elle un jeu tourbillonnant de chemins à suivre sans en abandonner aucun ?
Quand tu te reposes, petite chose des vents, tu rêves de repartir. Tu es toujours sur le point d’équilibre de l’avenir. Quand tu respires, c’est tout ton corps qui chavire et mon monde qui bascule.
La céramique est de Fenella Elms
Les gens dans la rue sont comme des livres ouverts, on peut lire sur leur visage. Leurs traits guident les pas de mes histoires. Je fragmente, je superpose, j’entrechoque leurs trajectoires. Parfois, il m’arrive de les imaginer ailleurs que dans la rue. De leur concevoir une vie en dehors de ces fractions. Comme il me semble alors facile d’interroger et de lire leurs difficultés, leurs craintes et préoccupations, leurs espoirs. Comme il me semble facile de poursuivre de manière aléatoire le fil de leur vie et de leur composer une famille, des manies. De soulever le voile de leurs malaises, d’observer les détails de leurs gestes et de leur penser des remèdes. Les passants semblent être les ombres d’un théâtre de marionnettes dont les fils seraient dans mes mains.
Un jour, en me voyant dans le reflet d’une vitrine, je me suis aperçu un instant, comme étant un personnage parmi d’autres, un passant, un quidam de la vie. Une personne ordinaire. Je n’avais plus cet accès direct et simultané à moi-même, je me trouvais face à face avec mon image, celle que doivent avoir les autres de moi. Mais qui donc tenait mes fils dans sa main ? Quels remèdes conseillerait-il à celui qu’il voit, là, par hasard, comme un spectre, comme une ombre chinoise? Au travers et au-delà de ce que je parais quelle vie on m’inventerait?
Je ne sais pas ce que les autres pensent réellement de moi, ce qu’ils feraient de ma vie en n’en contemplant qu’une fraction, un éclat, un morceau dans la rue. Je ne sais pas ce que je ferais de moi, si j’étais à leur place. Je ne sais même pas si je me penserais une vie.
Les gens, dans la rue, me semblent être comme des fourmis, satisfaits de n’être qu’une infime partie d’un néant ou d’une plus vaste structure qui les maintient occupés. Occupés à vivre, à transporter leur petite personne d’un endroit à un autre. Occupés à porter leur existence comme une charge.
Parfois, je n’ai pas la distance nécessaire pour guider les trajectoires et les histoires, les analyser, les contempler en dehors d’elles-mêmes. Parfois mon visage me devient si familier que je n’en reconnais plus la spécificité. Je ne sais plus lui adresser de pensées. Mon visage m’apparaît comme un livre fermé, une histoire trop lue que je n’ai plus envie de continuer.
Parfois, j’ai juste envie d’être pris pour une ombre, de passer inaperçu tout en écoutant ma musique, cherchant dans les reflets des vitrines une couverture pour me masquer, une occupation pour tromper les yeux de ceux qui voudrait m’en donner une. Parfois j’ai besoin d’être incontrôlable, hors de toute histoire, de fermer ma boutique, de me cacher derrière le comptoir.
Alors que le jour laisse couler depuis sa joue
jusqu’à ses genoux sa chevelure comme une lave diaprée,
alors que dans la nue les chevaux blancs s’affolent et dansent,
elle, comme un tout petit chaton fraîchement réveillé,
effleure de sa frêle et presque transparente petite langue
la lumière qui joue frénétiquement sur chaque pore de sa peau.
Le soleil à son contact, s’évertue à transformer son or en suc scintillant.
Il a tendu sa paume et je l’ai caressée du bout de mes lèvres. Il a mis sa main sur mon épaule et puis l’a fait glisser jusqu’à mon ventre, juste là où d’habitude il fait passer la sangle. Il a caressé ma croupe et puis ma jambe. Frôlé les joncs emmêlés de mes crins. Il a fait claquer sa langue contre son palais et je me suis pris à le suivre dans l’étroit couloir sombre et frais, entre les écuries.
Dehors, le soleil était déjà bien coupant et jouait avec les feuilles des arbres pour me faire peur et pincer dans mon coeur. Il galopait déjà en vainqueur intransigeant dans toutes mes prairies. Faisait tinter dans ses mains et sur toutes les fleurs son argent comme un voleur.
Lorsque je l’ai poussé gentiment de mon front sur son dos, il ne s’est pas retourné. Il ne m’a pas regardé. Il ne voulait plus jouer à être l’unique et vrai soleil que je suivrais aveuglément. J’ai fait claquer tous mes sabots d’un rythme irrégulier, sur les galets de la cour, pour masquer ou montrer mon désarroi et puis ma peur. Il ne haussa même plus ses si fins et beaux sourcils. Faisait comme si les reflets de ma robe de velours ne l’intéressaient plus.
Je ne comprends pas pourquoi les humains sont comme ça, parfois l’oeil plus brun et plus brillant que le mien. J’ai allongé l’encolure jusqu’à presque toucher ses chevilles. « Allons, fais pas le con, viens ! » m’a t-il soufflé bien faiblement. Seul, silencieux, calme et très doux, il m’a tendu la main, j’ai attendu sa caresse en vain. Entre nous, comme un voile froid et gris.
La Lys s’était parfumée du baume étrange et presque frisquet de la nuit. Elle avançait comme une jeune épousée, nue, le voile déchiré, à travers champs et prairies, comme si sa vie avait soudain perdu son court et était sans chemin. L’herbe s’attendrissait à la regarder ainsi au point d’en pleurer des perles de rosée.
Soudain, pris par le brin de ma folie, je me cabrai et le galop m’emballa au point d’élargir mes naseaux, de faire trembler le vent au rythme de mes sabots. Le temps cherchait à fuir.
Le ruban noir cinglant et glacial des flots calma ma tempête d’un non brutal et plein de larmes. Mon soleil silencieusement avait disparu. Dans le ciel, le voile de marbre des statues était tendu.
Il neige. Des plumes tombent sur les rivières. Un pollen danse dans les airs et toi, tu es près de moi. Le monde s’est comme arrêté de tourner pour s’offrir aux caresses blanches du vent et de la lumière. La confiance que nous avons l’un dans l’autre nous rend plus forts, nous ouvre l’avenir. Je sens que ton cœur bat dans le mien, je sens que ma peur se blottit contre la tienne et qu’ensemble nous tiendrons bon.
Un ciel blanc recouvre le monde d’un linceul de lumière. Le monde, cet amas universel de mots et de gestes autour de nous, ne me semblera plus hostile et ingrat. Il marchera comme toi, juste à côté de moi. Les arbres, les feuilles, les herbes et les chemins perdent peu à peu leur matière en donnant leurs couleurs à la lumière. Le jour avance et prend de l’ampleur. Au fur et à mesure que je me rapproche de toi, c’est comme si le monde disparaissait happé par ta douceur.
Tant d’efforts, tant de combats perdus pour ce qui m’apparaît désormais futile. Le monde n’est rien sans notre connivence, sans ton amour. Sans tes rires dans les miens, sans nos voies qui se mêlent.
Je finirais par croire que tout se nourrit de ton amour même le temps et les saisons.
Il neige des plumes et des secondes fragiles comme de petits soupirs, tout autour de nous. Il neige des plumes à l’horizon. La laideur suspend ses pas, l’indifférence meurt.
J’ai de l’o dans le coeur
quand il s’ouvre, il s’épanche
il s’ôte tout sens commun
il ose
crier fort
j’ai de l’eau dans l’oreille
mais on ne sait pas laquelle
moi je crois que c’est celle
qui bondit dans les torrents
odorants
j’ai de l’o dans l’oeil
on la goûte dans l’étonnement de ma larme
j’ai de l’o qui s’enflamme
je n’aime pas les (h)auteurs, ceux qui le prennent de haut
ceux qui obligent
ils me donnent le vertige
je n’aime pas leurs odes à faire peur
J’ai un o dans le cœur
j’ai un o de la tête
à mon plus petit orteil
j’ai un o inoffensif qui ondule
J’ai un o qui fait peur
aux
autres.