Comme un voile

Il a tendu sa paume et je l’ai caressée du bout de mes lèvres. Il a mis sa main sur mon épaule et puis l’a fait glisser jusqu’à mon ventre, juste là où d’habitude il fait passer la sangle. Il a caressé ma croupe et puis ma jambe. Frôlé les joncs emmêlés de mes crins. Il a fait claquer sa langue contre son palais et je me suis pris à le suivre dans l’étroit couloir sombre et frais, entre les écuries.

Dehors, le soleil était déjà bien coupant et jouait avec les feuilles des arbres pour me faire peur et pincer dans mon coeur. Il galopait déjà en vainqueur intransigeant dans toutes mes prairies. Faisait tinter dans ses mains et sur toutes les fleurs son argent comme un voleur.

Lorsque je l’ai poussé gentiment de mon front sur son dos, il ne s’est pas retourné. Il ne m’a pas regardé. Il ne voulait plus jouer à être l’unique et vrai soleil que je suivrais aveuglément. J’ai fait claquer tous mes sabots d’un rythme irrégulier, sur les galets de la cour, pour masquer ou montrer mon désarroi et puis ma peur. Il ne haussa même plus ses si fins et beaux sourcils. Faisait comme si les reflets de ma robe de velours ne l’intéressaient plus.

Je ne comprends pas pourquoi les humains sont comme ça, parfois l’oeil plus brun et plus brillant que le mien. J’ai allongé l’encolure jusqu’à presque toucher ses chevilles. « Allons, fais pas le con, viens ! » m’a t-il soufflé bien faiblement. Seul, silencieux, calme et très doux, il m’a tendu la main, j’ai attendu sa caresse en vain. Entre nous, comme un voile froid et gris.

La Lys s’était parfumée du baume étrange et presque frisquet de la nuit. Elle avançait comme une jeune épousée, nue, le voile déchiré, à travers champs et prairies, comme si sa vie avait soudain perdu son court et était sans chemin. L’herbe s’attendrissait à la regarder ainsi au point d’en pleurer des perles de rosée.

Soudain, pris par le brin de ma folie, je me cabrai et le galop m’emballa au point d’élargir mes naseaux, de faire trembler le vent au rythme de mes sabots. Le temps cherchait à fuir.

Le ruban noir cinglant et glacial des flots calma ma tempête d’un non brutal et plein de larmes. Mon soleil silencieusement avait disparu. Dans le ciel, le voile de marbre des statues était tendu.

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