
Les goélands échangent leurs plumes
pour de l’écume
au loin les vagues s’en servent
pour réécrire les brumes
naissent des collines bleues
des nuages aux allures de combe
capables de s’envoler

L’arbre foisonnant de récits et de mythes
Peuple le vent de vagues
La poésie comme un feuillage
D’ombres et de nimbes
Renvoie à l’homme sa propre image
Est-ce le son suave de son souffle
Qui me reste à jamais mystérieux
Sa source limpide
Glisse dans le petit couloir
Du hautbois
º
Le ciel nocturne
En épousant la terre
Souveraine
S’est paré d’étoiles
Répartissant entre chaque humain
Même les plus faibles
L’espace indéfinissable
Entre harmonie cosmique
Et destin funeste.

À l’encre qui perle à la pointe du pinceau, il ordonne un pas à peine plus lourd que celui de l’insecte qui se pose à la frontière du ciel, sur l’onde discrète d’un lac.
Face à la blancheur de la feuille, c’est ce qu’il nomme la pudeur. Sa propre réserve imprime toute son hésitation au caractère qui lui donnerait un nom dans le désordre du feuillage d’un buisson.
Il s’avance comme on marche sur la neige, en s’imprégnant de cette matière qui bruit comme une étoffe mais est toujours sur le point de fondre.
Avides les veines et les fibres s’abreuvent de ce qui décrit la nuit pour lui opposer le jour.
L’encre sève et sang aveuglé gagne en gaité.
Sur le papier, on peut désormais lire dans la courbe d’un tronc, le rêve d’une irisation de toutes les frontières.
On y verrait presque une certitude ou son fantôme.
La vie capturée pour une éternité dans cet instant du jour où elle hésite à ne plus être totalement sauvage.

Parfois un instrument à cordes imprime à l’étang un fluide mouvement. Un trait s’éternise jusqu’ à la cime des choses. La lenteur émerge peu à peu comme cris à peine sortis du nid. L’eau en surface se défait des plis inscrits par la nuit et moi je vois le soleil encercler l’endroit où mes feuilles ovales s’étalent.
Je devrais à l’instant choisi cibler un point du ciel où me suspendre ailes ouvertes. Quelle est cette ombre géante amalgamée à ton immonde haine ? Crois-tu que le mensonge dont ton poing crispé me menace est à même d’empêcher ma floraison ?
C’est aux nuages brassés par la lumière que je dois la couleur de mon bourgeon, c’est à la lance qu’il doit son élan pointu, c’est à l’eau sombre que je voue mon irisation.

À côté d’où sur la carte marine est indiquée l’île de mon cœur, au large sombre telle une ancre, une douleur. Elle répand des ondes tantôt aiguës, tantôt graves. Crissements d’écume et vagues sourdes s’alternent. Dans une région où d’habitude nage l’air, la flèche d’un arc empoisonné tient là emprisonné un point de côté noir. Aiguille de pin tombée aux pieds d’un feuillu flamboyant, qu’est-ce qu’elle fait là ? Je ne sais pas mais c’est un fantôme qui ne me quitte pas.
Exclue du cycle des sources. Grain de poussière au sein de l’œil. Je ne vois plus qu’elle chaque fois qu’elle se soulève en même temps que mes craintes légères et quotidiennes, ma peine. Si je tente un pas vers mon cœur pour lui demander ce qui ne va pas et qui le tourmente : elle est là. Elle impose un tout petit pli, ce froissement dans les tissus de ma chair.
Elle dort dans mes draps, elle gêne le mouvement de mon bras droit et de celui que je vois dans le miroir. Quand on l’appelle, elle se tait si bien que l’on peut croire que tout se joue seulement dans ma tête.

Un arbre
se penche vers moi et me regarde
les branches servent de rivière à la
lumière
le tronc de livre ouvert sur l’écriture
·
un arbre
sans racine
·
seule la sève
décide du profil des feuilles
·
qu’il porte
comme un masque jusqu’à la cime
·
un arbre
sans répit
divulgue ses strates de poussières
se partageant un infini
qu’encerclent les ombres
d’un trait
·
telles les vagues
l’océan.

¤
Dans le jardin le vent a peint un tableau
il a pourvu de plumes mauves et vertes
les arbres qui pleuraient et ne voulaient plus se battre
les fleurs se sont mises à porter des larmes
pour enfuir des racines un trait noir
ne leur suffisait pas
¤
le ciel n’existait pas il n’était plus
que broussaille et entassement d’étoiles
mortes
et toi
tu l’aurais escaladée cette montagne
de vagues et de rocailles
si le vent n’avait fait frémir
comme dans le ventre d’un orage
ton cœur
Rising, The edge of the forest, Brussels, June 2014, bvde
Ainsi que la langue d’un fouet, le vent entre les branches ressemble aux frémissements de l’écriture. Dans le dos de chaque vague de couleur, se cache le nuage d’une idée. Les feuillages drainent la terre vers le ciel, mes mots vers les phrases. La forêt s’annonce comme une naissance.
Alors que je me sens incroyablement pesante comme si le moindre de mes gestes s’empêtrait jusqu’à l’étouffement dans une ivresse presque invincible, je rencontre un chemin de sable. Que faire de tous ces instants où je me désavoue, où je joue un rôle qui n’est que partiellement le mien ? Auréoles boréales, imaginaires processions de lumières, grain par grain, je les collecte dans un bocal pour un jour les planter en pleine terre libérée, sans la moindre contrainte. Toutes mes décisions laissent derrières elles des armées d’idées mortes, peu importe, je pars.
Meutes de mots et songes sont les veines longtemps rêvées d’un poème, des racines ont l’audace d’établir un nid pour de possibles strophes visuelles.
Derrière tous les soulèvements, lames vertes, respirations étourdies, mon remous interne rougeoie. Je choisis cette voie singulière qui trempe mes pas dans l’ombre et puis dans les taches de lumières. Je sème des teintes profondes et vives, l’opacité de la solitude me rend si lucide.
L’envie de fuir ou celle de m’éterniser et de cicatriser me partagent en autant de points aux couleurs instables. Mon dessein est de renaître dans un tableau où la lumière parle, où les couleurs prennent l’avantage sur le paysage. J’imagine une trouée dans la toile, je la suis.

Aux sentiments s’apposent comme pour mieux les extirper de leurs silences, des couleurs. Aux bruits de la ville, mon histoire sans parole à peine soupçonnée se heurte. À la sensation de chaleur se joint celle de l’appartenance à un vide sans réponse, le flou, le trouble s’associent à la netteté et à la transparence pour me désarçonner. À la marche, la pause. À l’éternité, l’instant furtif. À la matière de l’objet s’oppose l’immatérialité d’un souhait, l’infime aspérité remplace la surface dans son entièreté.

À la ligne d’horizon se superpose la ligne d’écriture. Le trait de la pensée : une ombre. Entre les frontières du cadre se décide un paysage mental que la réalité vient parfois troubler par une nuance froide avant d’en dresser la carte ou d’en faire un tableau où les couleurs se mangent entre elles. Un cloître est imposé à la brume, une muraille barricade l’existence. Le rêve touche du bout de ses doigts l’infini pendant que la réalité le ronge.

Un pan de mur, une allée, un trottoir ne représentent qu’une parcelle de l’histoire secrète et informulable qui siège en moi. Une onde, une ride en simule les frontières improbables. Ce qui se dresse et forme un obstacle s’oppose à ce qui s’échappe et fuit de tout côtés, ce qui est observé se découvre. Au sommeil se superposent tous les sommets de montagnes jamais abordés et dont on ne connaît que depuis la vallée l’ombre projetée.
À l’aube se juxtapose l’hésitation temporaire du crépuscule, la certitude de l’hiver. Aux matières s’ajoutent les saveurs, aux saveurs les souvenirs. Ainsi s’établit un échafaudage qui à l’instar du cerf-volant s’empare du vent pour établir des constructions aléatoires. Ce qui est apparu soudainement existe depuis une petite éternité et colonise l’espace minuscule d’une vie comme s’il s’agissait d’une nausée nébuleuse.
À toutes vos menaces, vos mensonges, vos allégations s’opposent mes allégories fantasques et mes désobéissances. À l’ordre, le cri, à la morsure, l’eau pure.