Marine

Desire eyespycottcase

On dirait du taffetas que l’on froisse mais

ce sont nos deux corps qui se frôlent

on dirait le vent sur la mer qui rôde mais

ce sont nos deux respirations qui s’accordent et composent

on dirait que la plaine se soulève et s’invente des collines mais

ce sont nos envies qui rêvent et progressent

on dirait qu’une vague en balayant les profondeurs marines réveille les tempêtes

s’en va crever le ciel et puis revient gorgée de voiles et de lumière

on dirait soudain que chaque chose acquiert enfin

la certitude d’exister en toute Beauté

mais c’est ton volcan nourricier et sa lave brûlante

qui se répandent.

Oh

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Comme tu t’enfonces

et concentres contre toi

la douceur brûlante et presque ignorée

mon antre secret est dévoilé

et ta langue recommence son errance

et s’échine

oh quel silence

quand ton corps se penche

et qu’il a bu

à ma source blanche

oh quel silence dans nos corps

repus et noués

pour une éternité.

Petite chose

Sa bouche est sur ma nuque, elle cherche l’endroit à mordiller. Ses mains sont sur mes épaules, elles glissent le long de mes bras nus pour se poser sur mes mains. Son torse est contre mon dos, son sexe tendu effleure mes fesses. Son souffle épouse tous mes contours, son désir les viole.

Ma bouche murmure : « fais de moi ta petite chose, celle qui ne te quittera pas, celle qui brillera dans ton ventre à chaque pas ». Mes mains se laissent guider par les siennes, elles se posent sur la table, en effacent toutes les lettres écrites pour rien, balayent les livres. Vite. On se calme.

Et puis, dans un soupir qui nous réunit, la pointe de son sexe rentre en moi. Je me sens défaillir, fondre, m’assouplir comme si soudain je n’étais plus qu’une crème qu’on glisse entre les macarons. Croquant en surface, doux au cœur.

Par provocation, je feins de vouloir lui échapper. Sa réponse n’hésite pas. Elle prend possession de moi. Je veux qu’il me morde, je veux qu’il ne plante pas que son sexe en moi. Je veux toutes les parties de son corps jusqu’à la morsure de ses griffes. Mes veines se gonflent comme les nervures gorgées de sève et qui débordent. Nos corps claquent comme les voiles qui encore hésitantes s’abandonnent aux vents fugueurs.

Il me déroule sur son tapis de soie, une à une toutes ses fantaisies, des trésors que je n’imaginais même pas. Une divine alternance de saveurs qui s’opposent, de contrastes qui s’apposent partout sur ma peau. Et lorsque le fer est chaud, que ma croupe est rouge comme une rose voluptueuse, qu’elle est marquée de ses initiales, il jouit.

Une nuit d’amour en plein jour

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Son appartement n’est pas bien grand et je devine que sa plus grande richesse se niche discrètement dans chacun des livres de sa bibliothèque. Pour cacher mon trouble, je laisse le hasard m’en choisir un. Je tends ma main et l’ouvre sur ses premières pages.

Il s’approche de moi, dépose ses lèvres sur ma joue, embrasse ma nuque, mon cou. Je lui refuse ma bouche, il réfugie à la commissure de mes lèvres, la pointe de sa langue. J’ai peur. Heureusement, je camoufle mon désarroi derrière les quelques phrases qui entament le livre. Elles sont toutes franches et fortes d’avoir su vaincre une certaine nuit. Les grands auteurs semblent ne marcher que dans le jour, ils me transmettent une envie de plénitude, une idée du bonheur.

Le désir rôde autour de moi comme un prédateur, je sais qu’il me dévorera. Son corps frôle le mien, appuie quelques secondes délicieuses sur mon dos. Son regard me caresse avec volupté et puis me laisse à nouveau goûter à un trouble brûlant et impatient. Je tente de me cacher sensiblement entre quelques mots balbutiants, les seuls dont le courage soient assez forts pour s’agripper à mon âme incendiée.

Soudain, je reconnais un parfum, je reconnais le bruit que font les vêtements quand ils glissent sur sa peau. Je reconnais le bruit de l’étoffe qu’on plie et range avec soin. Il ne dit plus un mot, son corps nu a pris la parole en venant se joindre à ma propre nudité encore cachée sous mes vêtements, comme celle d’une fleur. Désormais son désir et le mien regardent vers le ciel. Son sexe pointe le mien avec une féline férocité.

Il s’avance vers les fenêtres pour masquer le jour qui fait la fête dans la rue, en bas de chez lui. C’est alors que dans un dernier assaut le soleil, se jette sur sa peau et lèche d’une infinité de petites langues brûlantes et brillantes chacune des parties de sa nudité. Qu’est-ce qu’il est beau ! Je ne suis pas en train de délirer. Toutes ses formes ont la souplesse et l’agilité de celles d’un chat. Il est soyeux, onctueux, troublant. Je le sais sans même le toucher ou le voir.

Le jour n’entre plus que par la fente, laissée entre deux tissus. Il rentre dans son lit, comme s’il pénétrait dans un bain de crème. Il a plongé, il m’attend nappé d’un silence amoureux, presque tendre.

Enfin, je trouve la pointe d’audace nécessaire à dénuder mon épaule, mes reins mais la peur me ralentit. Jamais, je n’ai ressenti un tel mélange de sensations. Il me semble que je sois déjà ivre. Perdue. Alors, comme guidée par un quelconque instinct de survie, comme si je voulais être certaine de pouvoir me retrouver intacte, je laisse tout en me dirigeant vers lui, mes vêtements sur le sol comme des traces.

Nos nudités s’accouplent enfin dans nos baisers d’affamés. Sa tendresse doit affronter ma violence innée, ma maladresse. Je le mords, je le griffe, je me plante sur ses plages offertes. Je le blesse. Pas un instant, il ne me brutalise ou me renverse alors que son corps est tellement plus chatoyant et exubérant que le mien. Je suis la brindille tendue et frêle dans la voluptueuse et humide forêt équatoriale de ses désirs. Comment pourrais-je jamais répondre à tant de Beauté, à tant de ses formes ? Mon amour pour lui est désormais un fruit mûr, juteux et sucré, gorgé de certitudes.

Lorsqu’il veut s’introduire en moi, il comprend qu’il sera le premier à pénétrer en ces lieux tenus secrets comme ces palais imaginaires qui naissent au milieu des merveilles, dans les contes que l’on raconte à la nuit. « Je ne veux pas te heurter » murmure-t-il doucement au lobe de mon oreille. Le timbre de sa voix me fait frissonner et entre déjà partout où il voudra s’initier. Je me sens vibrer au rythme de son désir et mon corps envoûté et charmé s’ouvre à lui et puis s’enroule et le retient. Lui avoue quelques mystères, le laisse fuir et revenir. L’enveloppe, le gobe, le choie. Toutes mes fantaisies semblent à présent se décliner délicieusement autour de la divine brûlure qu’il m’inflige. Je l’aime et le veut avec vigueur.

Soudain il se libère tout en me survolant, laissant dans son vol une infinité de spores se répandre dans mes cavités. Elles m’éclairent d’un étrange et mystérieux feu d’artifice de lucioles, laissant un opalescent souvenir de ce que fut notre apothéose royale. Nous sueurs se mélangent, nos souffles se retrouvent dans les sourires. Mon sang se mélange à sa sève. Alors que je la sens s’échapper comme une lave, entre mes jambes, d’un linge tiède et propre, il me lave. Il me rend à moi-même, plus riche et plus belle que je ne l’étais. Il me réconforte, nous nous apaisons dans un silence qui nous caresse et fini de ceindre nos accords tacites d’amants.

 

 

 Les spores
Cycle de vie

Intacte


de mes reins à l’épaule laisse-toi faire par ma peau

de la pointe coupante de tes ongles délimite le territoire du plaisir

de l’aine à l’aine en passant par le milieu répète mille fois que tu l’aimes

de ton cil à son ombre construis-moi une toute petite prison

de ton briquet allume l’incendie que nous n’éteindrons pas