Puzzle

Dune I Jure Kravanja

La nuit est une pluie de flammes

Toutes cachent sous les rondeurs de leurs pétales

Ton corps contre le mien comme un bouquet

 

La nuit se glisse parfois entre nos paroles

Comme les nuages entre le ciel et la lune

Tes mains accueillent mes larmes

Ma bouche effleure ton âme

 

La nuit porte un masque de sable

Et frémit sans faire d’autre bruit

Que celui qui fait naître les étoiles.

 

Fortissimo

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Je suis un piano pourtant il ne te suffit pas de toucher mes larmes, d’effleurer ma bouche, d’embrasser mes lèvres et de promener tes mains comme une rivière sur l’entièreté de mon corps. Mon clavier se trouve à l’intérieur, derrière tous ces chemins abandonnés qu’on ne peut balayer d’un seul geste de la main. Il faut m’accorder. Il te faut ajuster une à une toutes les pièces du moteur de ta pensée. Arrondir les théories, déployer les vérités comme les ailes d’un voilier. Élaguer la poésie, rendre aux paysages ce qu’ils ont de plus simple, de plus tendre, de plus beau. Ne pas chercher de mots ni emprisonner de phrases mais produire des images épurées, colorer les sons, réchauffer de ton souffle l’espoir. Alors, derrière toutes les aurores, après avoir découvert la nuit, tu peux te poser sur l’ivoire nacré et sur l’ébène emblématique de mes touches et te mettre à jouer.

J…..

Lorsque la nuit se retire

comme la mer à marée basse

elle me laisse en face à face

avec un jour dont je n’aperçois pas encore les côtes

Il faut que je voyage en te suivant à la trace

Autour de toi la froide nuit n’existe pas

Les flots de lumière embrassent tes pieds

Il y a que toi qui puisses ainsi irradier la Beauté

Il n’y a que toi qui puisses me faire croire que le monde

marche à pas de velours comme les chats.

Face au restant du monde

Entre ta peau et les étoffes qui recouvrent ton corps

dans cette parcelle de liberté infime

que la lumière parfume de rose

je me love

sur tes frontières impalpables

j’appose comme une onde chaude

mon frémissement face au restant du monde

mon trouble un trait d’union noir

et souple pour démultiplier

les splendeurs de tes contrastes

coups de fouet somptueux

à la laideur pour qu’elle s’en aille

coups de crayon incisifs pour mon âme

afin qu’elle reste là éternellement

à se fondre à

ta source

L’impitoyable faim

Júpiter, Venus y auroras boreales. Luvia, Finlandia. 27 de febrero de 2012
Foto: Laaksonen Juha

Au pays des 7 lacs, les mots en colonies guerrières fourmillent. Les phrases mettent tout en œuvre pour abreuver ce tyran sanguinaire, mon cœur. Il mène les troupes méthodiquement, il se dit pourvu d’une dague et d’une puissance de frappe redoutable alors qu’il ne tient dans les mains que quelques maigres signaux transformés par le cerveau. Que peut-il encore contre ce monde de monstres et de morts, lui qui ne s’arrête jamais de brasser la vie ?

Sous la glace, sous la neige, dans les déserts éblouis par les nuées de l’hiver, comme les racines d’un arbre, les coulées d’encre tentent de se frayer un chemin vers le jour, vers le large. Je suis souvent si seul dans le noir à faire face à l’immense serpent du désespoir. Je me tords les bras, je me mords les lèvres et les mots avec la patience d’une meute de loups dévorent les pâleurs des pages. Pourtant, je garde dans le ventre éternellement l’envie de hurler : « Pourquoi le monde ne voit-il pas ce que je vois » ?

Exténué par les saccages, les courses folles, les envies constantes de sortir de la cage, j’aimerais être simplement une femme ou un homme dont le cœur supporte les trous noirs, dont le regard se satisfait de l’horizon, dont l’imagination reste brouter dans les prés du raisonnable. J’aimerais pouvoir lire l’émotion sur les visages, comprendre enfin pourquoi tellement d’humains se comportent comme des rats, se résignent à devenir des rongeurs. J’aimerais m’asseoir apaisé à une table, oublier mon cœur barbare et son impitoyable faim.

Quel cirque

Dans l’une des parts du gâteau grotesque offert par la vie

au milieu de la piste du cirque

sur mon dos de cheval l’équilibriste ouvre les bras

pour se maintenir

elle risque un pas

tout autour les gens se grandissent exagérément

lequel d’entre eux sera le plus adulé et applaudi

par un autre attroupement d’abrutis

celui que le talent habille comme un clown

celui dont on dit qu’il est le plus doué parce qu’il parvient à danser sur les mains

Je reste docilement immobile

à servir de socle

à l’inutilité

mon regard de cheval flotte dans le néant comme le ballon d’un enfant

et accompagne ceux dont on dit que quand ils regardent

ils ne voient que la nuit