
Il ne reste de lui
que ses principaux traits
l’échine
la corne
les naseaux
la langue
et une pugnacité
aussi ancienne que l’humanité

Il ne reste de lui
que ses principaux traits
l’échine
la corne
les naseaux
la langue
et une pugnacité
aussi ancienne que l’humanité
D’un même nuage mais
de façon aléatoire tombent
des larmes sur l’eau l’onde
d’une répond à l’onde de l’autre la
frôle et disparaît sur la terre
ferme et sèche naissent des
cratères sur la roche un cliquetis
dont le bruit ressemble à celui
que fait le sabot d’un cabri
larmes et grains de riz évaporent
parfois les pétales jaunes d’une rose
un papillon fuit la mort

Il y a 10000 ans on a pu la voir
exploser
et comme si le temps était une succession de moments
un immense gâteau à se partager
on la voit encore aujourd’hui s’envelopper
de nuées bleues de gaz brûlants
là-bas et ici hier et aujourd’hui relativement
éloignés l’un de l’autre
j’ai perdu la notion des distances et je mesure
le temps non pas grâce à la course prodigieuse de la lumière
mais simplement en regardant longtemps
naître et mourir

Quelques billes de verre se heurtent les unes aux autres
celles que j’appelais oeil de chat
quelqu’un les égoutte entre les doigts
sur les troncs roucoule une source fantôme transformée en ombre
veloutée
un vulcain un machaon un flambé et quantité affolante de piérides de cuivrés d’azurés
La carte géographique
et puis celui qui est comme le plus petits des colibris
répondent chacun à l’appel ciblé d’un parfum
que dire d’elle
la seule qui à la nuit tombée choisit de se poser
ailes ouvertes sur l’incompréhensible transparence
d’une fenêtre fermée autour d’un soleil doux
apeuré
nymphe nacrée teint de lune argentée elle
choisit presque toujours la nuit pour apparaitre
voir et aimer de loin
choisi chemin de l’esprit
vers le doute
croiser le temps parce qu’il s’espace
trouver une strophe et puis une autre et encore une autre
de loin rencontrer
l’hypothétique mot qui ne serait pas encore mort
chanter car rien ne s’inscrit que dans l’imaginaire
épurer et vanter
la fleur
Légère et obscure
captive et personnifiante
avec une audace pudique et limitée
entrelacer les mots
être sur son cheval rêver le rien
en posséder la clef
et passer
aller outre la joie par delà le monde froid
déployer son coeur comme s’il avait des voiles
mêlant exaltation et inquiétude

Hier le soleil sur les épaules
le silence comme un chat
passe sur le sentier du jardin
le figuier pleure quelques feuilles
qui croustilleront sous les pas
dans l’olivier de petites ombres chinoises
échangent quelques brindilles lumineuses
derrière le muret ne retenant plus son souffle
un animal piétine et retourne la terre
devient de plus en plus énorme
disparaît en froissant la végétation
après lui persiste une odeur de souffre de cendres et de forêt
hallucinée
bientôt dans le jardin
il ne restera
au-delà de ce coeur qui bat et de ces poumons
qui soutiennent l’absence de mouvements
quelques secondes
que le bruit discret anonyme d’une larme qui tombe
Dans la cour intérieure se défait de ses feuilles les plus rougeoyantes
Il pleure ou je pleure
Difficile à dire
Quelle est celle qui tremble sur ce lit si blanc
Ma sœur
Et son cœur qui se noie dans son propre galop affolé
Le souffle court et le soupir si long
La main qui demande la parole mais ne peut plus la prendre
L’esprit qui espère un répit
Mais rien n’est accordé
Aucun instrument ne chante
juste
ma soeur
à la frange de l’enfer
les poumons en fleur se fanent
le corps devenu poreux tente le geste
toujours le même pour se défaire du respirateur
ou saluer à la manière des colombes
l’esprit bout d’une nième tempête
Rimbaud rêveur va loin, bien loin.

Aux carrefours des grilles
rouillées
encerclé d’ondes de chocs
le caillou volcanique sombre
répercute sa chute
dévoile son envolée
la réalité ou simplement le constat de ses existences passées
il m’arrive toutes les nuits d’avoir peur d’un espace si petit qu’il ne se mesure même pas
en nanosecondes
d’avoir froid de le laisser galoper seul le rocher
l’accident que le hasard s’efforce de reproduire
la brèche dans laquelle s’enfonce le rêve en modulant le souvenir
l’empêche d’être oublié recouvert de neige
pourquoi
alors que je n’ai pas le pouvoir de modifier la trame
Au loin les collines et les vagues bleues
s’enveloppent de papier de soie
Couverture indispensable
susurrent les nuages
pour parer aux bris
de l’hiver
Occasion rêvée pour quelques étoiles
de calligraphier
souplement à l’encre de Chine
leurs prénoms de lumière