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Image taken by Landsat 7 on Apr. 19, 2003 Image: USGS/NASA

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Dans la baie la mer ressemblait au chant sombre d’une baleine

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Son haleine partageait le temps et l’espace en faisant des ondes

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La mer mélangeait son corps et sa mélancolie aux flots graves

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On aurait dit les consonnes lasses d’une harpe dévorée par le sable

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La mer semblait ne plus vouloir guérir ni se défaire de la nuit

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À l’instar des étoiles elle tintait dans le ciel noir

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Pour le fendre de ses immenses nageoires blanches

affluences

Source: chronoscapes.com via machinn on Pinterest

J’ai une peau de fleur

et du pollen sur les paupières

la nue habille mes pupilles

en circulant tout autour de leurs cœurs

comme une couleuvre

·

J’ai une peau de fleuve

et l’envie de déborder de mes rives

d’effleurer vos nuits

navires fantômes chargés de livrer

une cargaison de mots à vos songes

·

Mes grains de beauté

sont les points d’une constellation

de galets au fond d’un lit

points doux graines dociles

·

j’ai un corps longiligne

je m’écoule comme si j’étais le feu imperceptible

d’une fontaine de cris

En lisière

-La soga al cielo-Tintas mínimas I — Pablo S. Herrero
(Pour visiter son blog cliquez sur l’image)

Les arbres au bord du monde sont sur le point de se fondre à l’absence

Il ne nous restera pas même le squelette de leurs branches 

les vents et les pluies ont fait fuir les prairies et les rires

des fleurs

il ne nous reste plus que le temps soudé à un lit d’hôpital devenu presque vague

il nous montre son dos

doux comme celui des collines pour le regard ému qui porte des larmes

dur muet et lâche pour celui qui n’a plus ni les armes ni l’espoir

Apnée

Adam Fuss Untitled, 2010 daguerreotype assemblage 40.8 x 48 x 4.8 cm

Les papillons de mes pensées

ont des ailes de papier conçues pour de petits voyages

ils avancent dans le silence azuré

d’une lettre au cœur d’une autre

ils ne transportent que les poussières colorées de l’existence

sans espacement perdu

ils déplacent peu à peu l’infime matière du souvenir

avant que la vie ne s’en soit complètement évaporée

pourquoi faudrait-il que je prenne la parole

afin de réserver quelques parcelles du temps

à rien 

comme si j’avais à me soucier de camoufler le vide

entre des phrases 

comme si j’avais à épargner mon souffle pour un lendemain absent

Probe

Rafał Borcz

°

Dans l’eau souple et froide du canal

la frêle silhouette noire de mon âme

ondule parmi les nuages et les feuillages

à moins qu’à cet instant déjà

elle n’était plus

comme la lune

qu’une toute fine pelure

finissant de se dissoudre

dans le jour