Pas

source image: là

La forêt 

Brille par son silence 

Je n’entends plus que 

Ta respiration qui glisse 

Au rythme à quatre temps 

Du pas 

Souplement tu déposes 

Sur la terre rafraîchie d’un sous-bois 

Ton ombre géante la mienne si menue

Frôle les feuillages qui tiennent encore aux branches 

Grâce à toi

Jamais plus je ne poserai un pied sur terre 

Si ce n’est celui qui te proposera une nouvelle dérobade .

Immuable

La mousse entre les pierres glisse
ainsi qu’une limace
l’abeille sauvage découvre un trésor
qu’elle partage avec d’autres abeilles
encore plus sauvages
les perles sombres du raisin
sur le point de fermenter
veillent à préserver leur éclat.

Je lis

Une pie /se pose dans le jardin /parmi les verts / les reflets métalliques du bleu et du noir 

Je lis / l’arbre /se dénude avec  grâce / bientôt / le dessin sombre de ses branches / pour porter / la lumière 

Je lis / un nuage /avance plus lentement / que les mots. 

Pour rêver.

À la cime des tilleuls 

La lumière dort 

Elle a accordé sa respiration 

À celle des arbres 

Les roses grimpent le long 

De la façade 

En silence 

Dans un geste parfumé 

Leș pelleteuses détruisent tous les trottoirs de l’avenue

Pour supprimer les bancs 

Qui permettaient aux passants

De se reposer un instant

À la place et de manière disproportionnée

Une injonction à ne jamais rester 

Pour rêver 

squale.

source image:

C’est un tigre

Disait on

Mais il semblerait que je sois

Un squale 

Les rayures sur le dos sur les flancs 

Ne sont que les reflets vagues de l’eau 

Le ventre est blanc

la mâchoire ne connaît que la morsure

pour répondre aux maux

aux invasions perpétuelles de mon territoire 

C’est un monstre disait-on

Parce que mon œil est noir et ne semble pas vous voir 

Pourtant je sens le moindre mouvement 

La peur et le frétillement de votre cœur une seule goutte de sang dans l’océan 

Je ne suis plus que chair flasque étoffe fantomatique échouée sur un rocher mélangée à l’écume l’estomac rempli de sable 

Personne n’a l’audace de pleurer ma disparition lente et assurée 

Savez-vous seulement où j’erre de quoi je me nourris où grandissent mes petits 

Ne plus être de ce monde 

Pieter Brueghel the Elder, Public domain, via Wikimedia Commons


N’être plus que de l’autre

En tout point inversé

Et pourtant tellement semblable 

Qu’il te semble que perdre pied 

N’a plus de sens 

Quelle est cette chanson dont tu oublies les paroles avec constance 

Quand tu es

Réveillé 

mais qui reprend allègrement le même rythme 

Une promenade entre les gouttes 

Elle t’offre tellement plus de légèreté 

Serais-tu le seul à comprendre 

Comment ce monde et non l’autre 

Est

en déroute 

Un cheval

Sa robe 

Blanche comme le jade

Son œil que souligne l’encre de Chine 

Ses reflets profonds d’argent 

Lui donnent des allures de nuage 

Mais c’est un cheval 

On peut lui toucher le garrot l’épaule le ventre les jambes 

On peut effleurer les crins de la queue et ceux légers de la crinière 

Lui caresser le front le nez les lèvres 

Doucement 

On peut poser la tête sur son encolure écouter le cœur battre 

L’air quand il passe par les naseaux 

On peut le laisser libre ne rien lui dire 

Laisser la brume brouter l’herbe presque bleue dans l’espoir qu’elle devienne 

Un cheval 

Une ombre dans le regard 

À Dodo

La tache apparaît au centre de la page 

Comme si on voulait gommer ce qui s’y trouve 

Les mots flous 

Les phrases mutilées 

Le sens s’égare autour du puits sombre 

Le monde vacille tremble t’étonne 

Tu te surprends à dormir pour oublier cet ulcère 

Tu en perds des larmes alors que s’opacifie 

L’une de tes perles d’ambre 

On ne peut plus boire à l’onde verte de ton regard 

Mais on peut encore y voir ton âme nager sous la surface

Souple comme les velours d’une carpe koï