Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
Le point à la fin d’une phrase luit comme la pupille lucide d’un animal. Au fond de l’âme elle en regarde l’avenir brutal. Graine perdue au sein de la broussaille, elle se demande fatiguée, ce qui peut ainsi la pousser à n’être rien qu’un point suspendu à un détail. Pluies torrentielles de mots, navires construits pour quelque étoile, idées glaciales s’arrêtent là où l’abeille vient de planter son dard. À la frénésie, à l’acharnement, à l’envoûtement comme simple réponse, un point se prononce.
La pluie exproprie des pays entiers de leurs larmes pour construire les montagnes qui bordent l’horizon de bleu foncé. Mais toujours des vagues renaissent les courbes tendres de ton corps. Des pétales blancs organisent une danse au cœur même d’une plante qui bannit l’hiver de son rêve.
Printemps et été se succèdent dans le jardin qui se lève au son de ta voix. Le soleil alors concède des lumières violette, des ombres rousses aux îles blanches qui baisent le front doux du vent. Colliers de feuillages, chants de sittelles, silences de l’air protègent les naissances de perles charnues entre les plumes vertes de quelques plantes folles.
Heart and Coronary Arteries Project: Editorial Illustration Software: Autodesk 3ds Max, Brazil R/S Copyright: 2013 James Archer
À côté d’où sur la carte marine est indiquée l’île de mon cœur, au large sombre telle une ancre, une douleur. Elle répand des ondes tantôt aiguës, tantôt graves. Crissements d’écume et vagues sourdes s’alternent. Dans une région où d’habitude nage l’air, la flèche d’un arc empoisonné tient là emprisonné un point de côté noir. Aiguille de pin tombée aux pieds d’un feuillu flamboyant, qu’est-ce qu’elle fait là ? Je ne sais pas mais c’est un fantôme qui ne me quitte pas.
Exclue du cycle des sources. Grain de poussière au sein de l’œil. Je ne vois plus qu’elle chaque fois qu’elle se soulève en même temps que mes craintes légères et quotidiennes, ma peine. Si je tente un pas vers mon cœur pour lui demander ce qui ne va pas et qui le tourmente : elle est là. Elle impose un tout petit pli, ce froissement dans les tissus de ma chair.
Elle dort dans mes draps, elle gêne le mouvement de mon bras droit et de celui que je vois dans le miroir. Quand on l’appelle, elle se tait si bien que l’on peut croire que tout se joue seulement dans ma tête.