Point final

You’ve Never Seen Pi Like This | Popular Science

Le point à la fin d’une phrase luit comme la pupille lucide d’un animal. Au fond de l’âme elle en regarde l’avenir brutal. Graine perdue au sein de la broussaille, elle se demande fatiguée, ce qui peut ainsi la pousser à n’être rien qu’un point suspendu à un détail. Pluies torrentielles de mots, navires construits pour quelque étoile, idées glaciales s’arrêtent là où l’abeille vient de planter son dard. À la frénésie, à l’acharnement, à l’envoûtement comme simple réponse, un point se prononce.

Horizon

Sunset Eugène Delacroix – circa 1850

La pluie exproprie des pays entiers de leurs larmes pour construire les montagnes qui bordent l’horizon de bleu foncé. Mais toujours des vagues renaissent les courbes tendres de ton corps. Des pétales blancs organisent une danse au cœur même d’une plante qui bannit l’hiver de son rêve.

Printemps et été se succèdent dans le jardin qui se lève au son de ta voix. Le soleil alors concède des lumières violette, des ombres rousses aux îles blanches qui baisent le front doux du vent. Colliers de feuillages, chants de sittelles, silences de l’air protègent les naissances de perles charnues entre les plumes vertes de quelques plantes folles.

Corollaire

Heart and Coronary Arteries Project: Editorial Illustration Software: Autodesk 3ds Max, Brazil R/S Copyright: 2013 James Archer

À côté d’où sur la carte marine est indiquée l’île de mon cœur, au large sombre telle une ancre, une douleur. Elle répand des ondes tantôt aiguës, tantôt graves. Crissements d’écume et vagues sourdes s’alternent. Dans une région où d’habitude nage l’air, la flèche d’un arc empoisonné tient là emprisonné un point de côté noir. Aiguille de pin tombée aux pieds d’un feuillu flamboyant, qu’est-ce qu’elle fait là ? Je ne sais pas mais c’est un fantôme qui ne me quitte pas.

Exclue du cycle des sources. Grain de poussière au sein de l’œil. Je ne vois plus qu’elle chaque fois qu’elle se soulève en même temps que mes craintes légères et quotidiennes, ma peine. Si je tente un pas vers mon cœur pour lui demander ce qui ne va pas et qui le tourmente : elle est là. Elle impose un tout petit pli, ce froissement dans les tissus de ma chair.

Elle dort dans mes draps, elle gêne le mouvement de mon bras droit et de celui que je vois dans le miroir. Quand on l’appelle, elle se tait si bien que l’on peut croire que tout se joue seulement dans ma tête.

Précipitations

Hans Hartung(German/French,1904-1989
Hans Hartung(German/French,1904-1989

Le vent m’arrache les larmes des yeux.

Le ciel vient les boire dans les creux.

Mes rêves seraient des fontaines pour les nuages,

à moins que ce soient mes pensées évadées

qui épuisent leurs sources?

Le vieil automne porte sur l’arrête osseuse de sa colonne vertébrale des montagnes bleues.

Non, je ne veux m’associer à cette cruauté de voler les larmes de l’été!

Fragment

I Feel All Wrong, I Don’t Understand , 2012 Audrey Niffenegger

Son corps n’est plus

qu’une trace

son être est dans la mort

dans ce qu’elle suppose

de silence de menace de souffrance et d’oubli

niée aux néants humains du vivable

ton âme s’installe dans toutes les âmes

dans les rêves et leurs revers

dans les actes et

dans ce qui ne sera jamais partie du quotidien