Lorsqu’on élude, on n’oublie pas. Le désir ne se nourrit que de cela: la chose éludée. Ce que l’on me suggère subtilement et qui se dérobe à moi, attise ma curiosité. Toujours rendue présente à mon esprit, j’aspire à la découvrir, à la reconnaître, à la deviner.
L’évocation a tout d’une construction qui défie les lois de la pesanteur. Elle nous suggère un jeu. Ce jeu je le retrouve présent, dans les meilleurs textes. Construire un château de cartes suppose qu’on aie la main légère, l’âme joueuse.
La syntaxe n’est pour moi, rien de plus qu’un port d’attache. Elle se limite à énoncer des lois communes. Rien ne nous interdit de la contourner ou de la ranger dans nos poches. On peut l’évoquer. On peut l’oublier. Mais toujours, elle nous sert de référent. On ne peut la nier.
Écrire, c’est partir. Certains prennent le large, d’autres longent les côtes. Il ne m’appartient pas de juger les méthodes. Pour moi, l’important c’est le voyage. Je m’interroge. J’interroge. Je me suis demandée si il ne faudrait pas réécrire la première phrase de ce texte? La déplacer? Préciser ce qu’on a voulu éluder. Je n’en sais rien, après tout. Ma réaction a été celle d’un lecteur quelconque. On peut très bien l’oublier.
J’ ai trouvé bon de relire Roland Barthes : « Valéry disait: « On ne pense pas des mots, on ne pense que des phrases ». il le disait parce qu’il était écrivain. Est dit écrivain, non pas celui qui exprime sa pensée, sa passion ou son imagination par des phrases, mais celui qui pense des phrases: un Pense-Phrase (c’est à dire : pas tout à fait un penseur, et pas tout à fait un phraseur). »





