Hier, aujourd’hui, demain

Je me demande pourquoi il faudrait écrire des phrases qui vous coupent le souffle. Des phrases qui vous font courir comme des rats de laboratoire dans un labyrinthe sans espoir. Des phrases qui ne tournent autour d’aucun soleil et ne donnent aucun plaisir à se laisser découvrir.

Ne faudrait-il pas plus exactement, écrire des phrases à couper le souffle? Des phrases qui nous époustouflent pour la limpidité de l’idée qu’elles dévoilent? Des phrases qui nous révèlent comme dans Proust tout le plaisir qu’il peut y avoir à écrire et donc à penser? Des phrases qui résonnent à l’infini au travers de toutes nos autres lectures?

Pourquoi ne faudrait-il écrire que pour soi, pour l’esthétisme, pour l’hermétique, pour le vide consommable et oublier le plaisir? Ais-je besoin de savoir combien de secondes l’auteur s’est gratté le cerveau pour comprendre qu’il n’a plus rien à dire d’autre que ce qui a été dit (souvent par d’autres et avec tellement plus de puissance)?

Hier, en attendant qu’on aille rechercher dans les réserves de la bib les livres que je m’étais choisis (rien qu’un des titres vous parlera de ma quête « une soif d’amour ») j’ai pris au hasard un bouquin laissé sur une table. Sans conviction, je me mis à lire, sans regarder le titre, ni l’auteur.

U, imitator van’t betraande leven

dat ik, alleen en door mijn lief versmaad

leidde op de Kale Rots, vanuit mijn staat

van vreugd naar die van boete doen verdreven,

u, die uw oog te drinken heeft gegeven

van’t zilte vocht, in ruime overdaad,

wie de aarde zilver, tin noch koper laat

en slechts zichzelf tot tafeldek wou weven,

wees overtuigd dat tot in eeuwigheid,

zolang, althans, hoog in de vierde sfeer

Appolo, blondgelokt, zijn paarden ment,

u faam als onverdroten is bereid;

uw vaderland is eerste, keer op keer;

de roem van uw auteur is ongekend.

Je suis tombé amoureux. Amoureux pour la seconde fois, de ce texte publié en 1605. Bon, il ne s’agit que d’une traduction mais de tout de même, ça m’a donné faim. J’ai palpité. J’ai été surpris par une évidence qui ne s’altère pas.
Don Quichotte
wikisource

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