Il est des jours où les sols deviennent mouvants, où toutes les certitudes s’échappent. Les jours où tout me tourmente. Où la vie me file entre les doigts.
Et puis, il est des jours où je ne sens plus rien. Je fonce à travers tout avec la force d’un bulldozer et je puis supporter des charges inhumaines. Des jours où je m’abandonne où je suis un autre. Des jours où j’arrache toutes les racines de la terre pour leur montrer le ciel. Il est des jours où je me retire dans mon monde. Où je vis à couvert.
Et puis, il y a eu ce jour où j’ai perdu les pédales. Où je ne pouvais plus trouver le chemin. Le jour où je pleurais, où il pleuvait. Où j’ai balancé ma vie dans le canal. Le jour où je me suis brûlé. Où j’ai dû aller aux urgences. Où j’ai demandé à être interné. Il y a eu ce jour où toutes les portes se sont trouvées être fermées.
Mois: janvier 2011
Vide
On se fout de ma gueule. Le pire est que vous prenez cela très au sérieux. Écrire, c’est avant tout donner à lire. En insistant sur DONNER. Je n’ai rien reçu. Il ne s’est produit aucun échange. Je n’ai lu que le produit d’une masturbation très égoïste. Prend-on du plaisir à écrire de la sorte? Vous ne m’en avez donné aucun à vous lire. Je n’ai pas cherché d’ailleurs à me grattouiller le cerveau fort longtemps. J’ai d’autres passe-temps.
Les textes aux quels je fais allusion: http://www.myopies-revue.com/1/dvolut.html
et http://www.myopies-revue.com/1/hlefebvre.html
Pour calmer ma colère, je prévois de lire, le premier volume posé sur mon bureau.
Le songe des roses
Le
Songe
Des roses
Et ma cage se soulève
Une seconde
Me
Dire
Si.
Le ciel est blanc
Et la lune brille comme un soleil.
Un tissu de doutes
Connaissez-vous ce frisson
horripilent
et si ardent
qui vous trace une route
sans issues.
Ignorez-vous
ce chapelet qui s’égraine
à l’instar d’une délivrance supposée
mais qui vous déroute.
Mieux vaut-il ne jamais savoir ?
Dans mon petit monde
Entre
La boucle de cheveux sur la joue
La boule dans le ventre
Le bruit de tes pas
Les feuilles qui soupirent
Les graviers de l’allée qui s’étire
Les plaques métalliques
des bouches d’aération du métro
Sous les pneus de mon vélo
Le cliquetis des aiguilles de la montre
Quand tu es loin de moi.
Ortie
Mon désespoir est une ortie. Il se vante de posséder des feuilles dentelées d’un vert mentholé. Il est ouvertement acerbe, coriace, insolent. Pour le cueillir, il faut mettre des gants.
Il me surprend n’importe quand, n’importe où. Sur la pointe de sa langue, une fleur blanche joue l’innocente, c’est la douleur. Elle totalement dépourvue d’âme, elle fait pleurer même les enfants.
Mon désespoir est urticant, venimeux comme un serpent. Si je l’arrache et le piétine, n’épargnant pas ses racines, il revient plus frais, plus jeune, plus fort en courant. Ses couleurs sont franches, sa parole est hypocrite, il ment quand il dit qu’il ne pique.
Mon désespoir n’a jamais pris une seule ride et ne connait pas la fatigue, c’est un voyou. Alors, parfois, je le mets à bouillir dans ma soupe ou je lui tords le cou. Il m’arrive de croire que finalement, les mauvaises graines ont du bon aussi.
La cathédrale
Lorsque je ferme les yeux, je vois l’image d’une construction qui ressemblerait à une cathédrale. Les chants des mots lui donnent de la ferveur. Les phrases en sont la structure et se disposent pour en assurer la beauté et la solidité.
En posant la première syllabe, après avoir franchi le porche, on glisse dès les premières lettres vers les mots de la nef et puis, ensuite, vers ceux qui construisent l’abside. Les vitraux chantent en vers. Le chœur est une prose simple, pour l’entendre, il faut que quelqu’un en joue les quelques notes en tapotant de ses doigts. Le monde paisible repose sur les voûtes, il s’est choisi des colonnes aux bases solides qui se dressent comme de belles évidences. La rosace est un œil lumineux. Le tabernacle s’ouvre sur un tout petit secret dont l’émeraude luit distinctement encerclée d’or, adulée par le jour.
La charpente est une phrase en dentelle. Le clocher pointe le ciel du même doigt que l’enfant.
Les mots sont soudés les uns aux autres. Pas un seul ne pleure, tous se tendent. La cathédrale serait comme la prière que l’on fait au silence.
En plein vol
Coupable
Francis Bacon, « Head VI » 1949
Je porte depuis toujours la culpabilité sur mon dos. C’est lourd. Je suis coupable d’être né. De vivre et de respirer. Je suis coupable des mensonges qui ont suivi. J’ai volé et j’ai rogné. J’ai usurpé.
Il n’est personne que je hais autant que moi. Je suis incapable de tenir même ma parole. Je ne suis conforme en rien et change constamment de chemin.
Pour payer ma dette, je voudrais que l’on m’envoie une fois pour toute en enfer. Que j’y aille en rampant hideusement jusqu’à ces quelques mots. Qu’ils me plongent dans leur bouillante âpreté, qu’ils me désolent, me déshumanisent.
Que je sois aussi monstrueux que la bêtise, aussi lâche que l’ironie, aussi gras que l’intelligence.
Je veux pouvoir mettre mes pieds sur la table, roter plus fort que les porcs. Ne plus rien savoir.
Pourvu que je n’ai plus sur le dos cet embarras, cette poisse gluante et ce mot: coupable.
![Joos van Cleve (vers 1485(1485)-1540/1541) [Public domain], via Wikimedia Commons](https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/63/Joos_van_Cleve_008.jpg)
