Traduit du silence—Joë Bousquet

La chambre de Joë Bousquet

Ma vie est unique. Je veux que dans la conscience de cette unité elle se fasse pensée, que cette unité où elle se pense lui soit contre elle-même le meilleur refuge.

Je veux que dans chacune de mes paroles retentisse aux oreilles des autres la liberté d’une pensée qui va d’elle-même au fond de ce que je suis.

Ces phrases issues de ma lecture matinale sont de Joë Bousquet dans « Traduit Du Silence » Gallimard, 1968. Elles m’accompagneront toute la journée, elles me sont essentielles.

De profil

Antonio del Pollaiuolo - Profile Portrait of a Young Lady - Google Art Project
Portrait de femme (1460-1465) Antonio Pollaiuolo

Le bleu du ciel n’a plus rien à nous apprendre sur la pureté alors il se contente d’épouser par sa lueur savante les contours de ton visage et de ton âme. Discrètement, s’évaporent les nuages comme des voiles, comme les larmes de la joie. Des larmes, la lumière en pleure sur la candeur éblouissante de ta peau, sur ta pâleur opalescente, sur les perles douces de ta bouche.

Ta Beauté ne se limite pas à la nudité de ta nuque, au profil net de ce corps préservé par des tissus tissés de fleurs, elle envoûte bien au delà des frontières matérielles de l’esprit et de la raison.

On devine que tu ne laisses à l’apparence et ses futilités que le luxe du rêve et de l’espoir. Aucune ombre ne saccage tes pensées, aucune parole troublée ne fera fléchir ta lucidité car la voie que tu t’es tracée est cousue de fils d’or, ornée d’harmonie, baignée d’évidences fraîchement mûries.

L’unique bijou que tu portes c’est toi-même et rien que cela : toi comme le point de départ d’un voyage. La seule exubérance de ta nature est celle d’un nouveau né : te contempler c’est Renaître. Alors, tout autour de toi, illuminé par ton silence et sa grâce, paré de sagesse, le monde s’arrête de penser et contemple ébahi le livre de ton cœur sans parvenir à en flétrir la Beauté.

****

Version améliorée avec l’aimable collaboration de Xavier Bordes

Le bleu du ciel n’a plus rien à nous apprendre sur la pureté: il se limite à épouser  les contours de ton visage et de ton être.

Discrètement, s’évaporent les nuages comme les larmes de la joie. Des larmes, la lumière en pleure sur la candeur de ta peau, sur les perles douces de ta bouche.

Ta Beauté ne se limite pas à la nudité de ta nuque, au profil de ce corps tissé de fleurs, elle envoûte au delà des frontières matérielles de la raison.

On devine que tu ne laisses à l’apparence que le luxe du rêve et de l’espoir. Aucune ombre ne saccage tes pensées, aucune parole ne fera fléchir ta lucidité. Ta voie est cousue de fils d’or, baignée d’évidences fraîchement mûries.

L’unique bijou que tu portes c’est toi-même : toi, point de départ d’un voyage. Ta nature a l’exubérance d’un nouveau né : te contempler c’est Renaître.

Tout autour de toi, illuminé par ton silence, le monde s’arrête de penser et contemple le livre de ton cœur sans en flétrir la Beauté.

Houle

Valloton-LaNuit

N’est-ce pas le silence qui détermine et fixe la saveur de l’amour ? S’il était privé du silence, l’amour n’aurait ni goût ni parfums éternels. Qui de nous n’a connu ces minutes muettes qui séparaient les lèvres pour réunir les âmes ? Maurice Maeterlinck.

◊◊◊

Comme surgissant de la brume

la mer et ses nausées

par vagues se sont emparées

 de mon âme

au milieu des remous

de la foule

j’avais mal au cœur

et l’envie de pleurer

heureusement

pour m’abriter des morsures

et des regards

au bout de mes doigts ses phrases pour avaler mes larmes.

Espace vide

Très souvent, je ne trouve aucun mot. Je n’ai plus rien à dire. Parfois dans l’espace vide que laissent les mots autour d’eux, je lis la souffrance, la tristesse, la mort. On dirait que tout cela, ne choisit toujours que les trous, les creux, les failles pour se planter. Comme s’il nous était dit: « ne cherche plus, c’est ainsi, aucun mot ne comblera jamais le néant ». Ce néant, tu ne seras plus là. Les mots nous confient l’existence, ils ont les mêmes limites. Faut-il aller au-delà, se contenter de pourquoi et de pensées muettes?

Tu marcheras entre mes phrases, dans mes silences, mes failles, mes espaces blancs. Tu seras rythme, temps mort. Repos. Paix. Tu seras l’air, le souffle, la bouffée d’oxygène de chacune de mes phrases. Toujours terriblement cruel, lancinant, narguant mes défaillances, dictant mon impuissance.

Aux abords coupants de mes cris et de mes larmes, tu m’attendras. Tu m’as donné ta parole.