Substance

« Beauty of the Brain »

Au milieu de mon pays

inscrit dans l’abandon lascif des rivières,

les fins doigts de ton intelligence

habilement nouent des alliances.

Les petits points précis se rassemblent pour former un chœur.

L’onctuosité bruissante d’un jardin

que l’on met des milliers d’années

à inventer se déploie.

Parfois du dos de ta main, tu fais naître des vagues

semblables aux chants de lumières qui ondoient sur la mer.

Attelle

SoLdetail2

Alwyn O’Brien
Story of Looking (detail), 2010
Porcelain and glaze
Two Pieces 12 1/2″ x 14″ x 5″

J’ai construit pour le vide une prison

avec les idées que je me faisais de toi

on dirait qu’un buisson d’épines

agrippe la lumière

j’ai brodé une histoire et puis encore une autre

regarde comme elles se superposent

ma chevelure guerrière

s’enfuit comme un incendie

en te laissant des trous de mémoire

j’ai conçu mot à mot

d’ombres en ombres

une prison pour la réalité

il me faudrait être capable de regarder

si elle se fraie un chemin

au-delà de mes nœuds

à la fin de mes phrases

j’ai tressé un corset pour mon désarroi

une nacelle pour emporter mon désespoir

et puis

j’ai refermé la grille du jardin sauvage où se côtoient

étranges racines et galops de pétales enjoués

je me déplace désormais à la vitesse d’une larme

sans supposer faire le moindre mal

à ton âme

Illusoire

C’est un jardin qui n’existe pas

ailleurs que dans ma fantaisie

hissée de soie

en cristal

la haie est la bordure de mon monde

dehors

au-delà

tout est hors de portée de mes doigts je n’y touche pas

c’est un jardin où les fleurs sont des broderies de couleurs

comme les principes elles durent

jusqu’à ce qu’on les abuse

c’est un jardin qui reste muet et insensible à la grossièreté

disciplinée

les herbes sauvages prennent la place

centrale

il prendrait toute une vie

si on la lui donnait

Mais que donne-t-on aux jardins

si ce n’est toutes nos parts

de néant

mon jardin ne prend pas

d’importance

il laisse pétiller les aiguilles des pins dans le vent

tourmente les torrents et ses éclats

froissent amoureusement les feuillages

étoffes verdoyantes jetées dans les bras des arbres

et des sentiers

mon jardin déride la mer en lui offrant un parfum

en lui donnant la main

il devient soudain subversif

et clairvoyant

la mer lui fait prendre le large

mon jardin est un fantôme qui ne porte

que les verts

jusque dans la transparence

Ton baiser

image

Il est comme s’il

était un

millième de toi-même

a résolu toutes les parties

vides de moi

même

si tu ne le crois

 

autant de fois l’aube

la volupté et le bruit

de l’eau

porté par le vent

 

à la commissure de l’âme

ton jardin comme une main

tendue à la beauté

pour se ravir de ton corps

et le manger

la nuée

nouée à la Méditerranée.

Il est un endroit où le bleu du ciel descend directement sur la terre, sans pleurer, sans trembler. Il pose le pied dans l’eau, fait quelques pas plus foncés sur la mer et puis vient s’allonger sur le sable au soleil. Le sable devient sensiblement plus doux.Les vagues sont des jeunes-filles qui rient en chatouillant follement les pieds des collines et les épines dorsales des rochers.

Il est un endroit où le vent dans les buissons scintille comme l’or ou la soie. Il est un endroit où l’embrun ne va pas. Où les verts sont plus envoûtants que les velours et les blancs plus francs et plus passionnés que le rouge.

La terre est souple, les secondes ne mangent pas les saisons. L’épine ne nous sert pas. On n’attend pas que vous ayez soif pour vous donner de l’eau. Elle se repose sur la peau en faisant des perles ou des ô, comme les roses quand vient l’aube.

Il est un endroit où le soleil ne brûle pas mais dépose partout son mot et sa prose. N’y allez pas, ne le souillez pas de vos pas. Votre œil ne comprendrait pas, votre oreille ne l’entendrait pas, votre cœur ne saurait comment faire.

Car la Beauté ne s’apprivoise pas même si l’on croit la tenir enfin au bout de ses doigts, qu’elle habite dans un jardin, qu’elle se repose sur une hanche ou dans un sein.

Même si l’on croit la reconnaître et en lire un par un tous les principes lorsqu’ils dansent autour d’un sexe, se déploient avec fureur dans un corps qui vous laisse goûter l’amour dans une larme de sueur.

Il m’arrive de croire que ma quête est sans espoir, qu’il me faudra à tout jamais attendre, vouloir, chercher. Partir et repartir.