À un chat,

Yellow Cedar, Paper: 23” x 23”Image: 16 5/8” x 16 7/8”, 2012
 ©  Bryan Nash Gill

Bryan Nash Gill: visitez son site


L’arbre ruisselle 

Jusqu’à son ombre 

Et là sur les pages imprimées du livre 

Propose une nouvelle lecture 

Éclats de rivières dans une gorge sèche 

Fourmillements sombres de l’été 

Assoiffé 

Ronronnement de la roche agacée 

Il sait grâce à son écriture racinaire 

D’il y a plusieurs milliers d’années 

Il n’est pas 

Simplement 

Un arbre attelé à la fabrique des planètes 

Instinctivement la sève devient fontaine 

Sombre et claire 

De l’absence 

De matière 

Son rêve fredonne au delà du mot

Plus lentement tellement que le geste 

Soudain sur son tronc en pente directe vers le ciel le corps souple et noir d’une panthère appose 

Ce qui ressemble à une phrase 

Cormoran

Walther KLEMM (1883 – 1957): Cormorants
Woodblock Print, signed, 1912, numbered 31/40, 29 x 15 cm

Regarder la mer 

Un cormoran sur un rocher 

Absorbe la chaleur comme les paroles 

D’un conte ou d’une incantation 

Songe à l’instant 

Où il redeviendra vague 

À la crête sa tête 

On le verra peut-être 

En dragon 

Regarder la mer 

Immerger son regard

Se soustraire de son corps 

Oublier son plumage d’une noirceur nocturne

Se lier aux inflorescences des flots

Oublier qu’il faut être 

Regardée la mer

S’efface dans ses propres reflets

Caresse les rugosités des rivages

Plonge évapore l’effort 

Un cormoran drageonne 

Éclaircissement

J’ai fermé les yeux et sur mes paupières

s’est posé le ciel 

l’étoffe de soie bleue a gagné mon corps

enveloppait mon âme sa palpitation de poisson 

sorti de l’eau et tombé sur le pont

la trame invisible à l’oeil nu et dont les fibres

sont des ondes qui ne sont déjà plus de la lumière

transgressait tous les ordres de grandeur

aux intersections une étoile une explosion

un pulsar des amas de gaz de la poussière

un corps parti en fumé

j’entendais les frondaisons se froisser et se laisser tisser

par les sifflements par milliers d’oiseaux à peine plus grands

qu’un aileron le gloussement de l’eau dans les bras d’une source

en ouvrant les yeux l’empreinte aux rayons X de mon corps

s’estompait peu à peu 

j’ai reconnu chacune de mes fractures et juste en dessous
du talon 

la lune comme un flocon

À peine noués

Maya Stone Effigy Hacha Late Classic, circa AD 550 – 950

Source image


Les feuillages les fruits

à peine noués

se froisse à la moindre foulée du vent

l’étoffe de plumes et de sifflements

de petites ombres se dispersent

et reviennent à l’appel langoureux et lent

de la tourterelle

mais toi ce que tu vois c’est le corps du serpent

qui enlace une branche 

jusqu’à l’étouffement

parfois tu croises le regard ombreux du jaguar

sa parfaite fugue

personne pour te croire 

si ce n’est celle qui vient boire

deux trois mots bien frais bien froids

et ponctue le monde de son regard 

comme un grain de poivre noir.

Orbe

source image


D’un même nuage mais

de façon aléatoire tombent 

des larmes sur l’eau l’onde

d’une répond à l’onde de l’autre la 

frôle et disparaît sur la terre

ferme et sèche naissent des

cratères sur la roche un cliquetis

dont le bruit ressemble à celui

que fait le sabot d’un cabri 

larmes et grains de riz évaporent

parfois les pétales jaunes d’une rose

un papillon fuit la mort  

À chaque instant

À chaque instant il m’accompagne

plus doux plus souple que mon ombre

parfois il me regarde juste pour voir

si je le sais près de moi

je sors il me suit

je marche en allongeant le pas

il multiplie les siens il sautille

il est comme le trait noir du pinceau

sur l’échine d’un taureau

Il pourrait être ailleurs 

en tous ces endroits inaccessibles

j’ai beau lui dire qu’il est libre 

sa réponse est toujours la même

je te suis

je veux être là où je suis et pas ailleurs

ici maintenant et jamais demain


© image: Desert Hiker Gal Falling Man Petroglyph Gold Butte National Monument

Turdus merula

source image

En tenue nuptiale sur la plus haute branche

du lentisque

l’oeil cerclé de jaune il regarde

il regarde la terre

il regarde le ciel

le jardin diffusant ondes lumineuses et parfumées

il regarde le frémissement des feuillages

vole fait quelques pas montre l’éventail noir luisant de ses plumes

s’évapore 

et quand il chante plus tard tu sais que le jour est mourant

Effraie

© Randy Langstraat | Adventure Blog | Rock Art Blog

Sur l’épaule le mot 

Grinçant d’une petite peur d’enfant 

La course d’un rongeur sur la poutre du toit et dehors le roucoulement langoureux 

De la tourterelle sa solitude permanente 

Que le vol n’efface pas 

Tu cherches quoi 

L’outil qui ne sera pas à sa place 

Tu vas vers l’obscurité ignorant que les dieux te regardent se demandent si

Ce n’est pas le temps que tu perds tout le temps 

Tu vas le petit poids de peur n’est plus là

Il vient de s’évaporer tel un ange 

Vers le ciel tu vois son plumage 

Devenir un nuage