Mis en échec

Au loin le mât d’un voilier

comme s’il s’agissait de son squelette
rogné
mais la pluie soudaine rappelle un bruit d’étoffe

la musique de corps qui se confrontent
la coque les flots le bois et l’eau le sel le ciel 

le vent

à ce moment-là

j’aperçois uniquement mon désarroi

le mât n’est pas 

c’est une grue de chantier

en train d’effacer ce qu’il restait de sauvage

à une poignée de rochers surplombant

la mer

Pensées, soucis et compagnie

La solitude elle lui a été imposée

mais il n’a pas chassé de son jardin intérieur
cette adventice
elle a fleuri parmi tant d’autres 

qu’on ne rencontre qu’en cet endroit
des racines ont dessiné des labyrinthes
conquis des obscurités

sur lesquelles il appuie

désormais chacun de ses regards

le doute accompagne la question

et la réponse

au milieu de la foule
il est seul

toujours seuls lui et son âme

quelqu’un lui dicte chacun des mots

qu’il retranscrit pas à pas

sous le prétexte qu’ils le font avancer
mais il ne sait
pas où cela le mène


il va sans le vouloir au bord des
falaises
voir s’il n’est pas là-bas
tout en bas

parmi les vers

véhémence

la force des phrases qui se répètent
à l’instar des vagues
obnubile
mon esprit 

la gorge de cette femme déborde d’appels auxquels

personne ne sent de répondre

je cherche 

ce qu’il reste du langage après les larmes

dans l’olivier
le murmure oxydant de la mer
trouve un écho

qui le fait frissonner

dans le jardin c’est l’heure

des spectres

l’après-midi se peuple de petites ombres
qu’il est facile de confondre

avec les pommes de pin

ailleurs le monde s’effondre

car ce qu’il tombe des arbres

désormais

ce sont des bombes

Fauvette pitchou

Francesco Veronesi from Italy, CC BY-SA 2.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0, via Wikimedia Commons

Elle fond de l’arbre

la fauvette

comme une larme de lumière

son oeil cerclé de rouge reflète le monde

son bec détient ce qui ressemble à une graine

mais c’est en fait d’un insecte qu’elle se délecte 

depuis la branche sans feuille d’un buisson qui pour l’hiver dort encore

elle va papillonnant 

la fauvette

du vert au parfum rose

que répand

le géranium rosat quand elle l’effleure

Mauvais augure

Bertrand Els

Entre
lumière et obscurité
une zone frange

où se glisse la plume bleutée
d’un oiseau
de mauvais augure

En un point du vide l’animal se pose
une question 

l’univers ne cesse de se remplir d’une matière
noire invisible et qui ne se mesure qu’en pourcentages

quel poids donner à la main qui décide
de tracer en profondeur les parois obscures

de l’habitacle familier où s’emprisonnent
volontiers les songes

Clef

voir et aimer de loin
choisi chemin de l’esprit
vers le doute 

croiser le temps parce qu’il s’espace
trouver une strophe et puis une autre et encore une autre
de loin rencontrer
l’hypothétique mot qui ne serait pas encore mort
chanter  car rien ne s’inscrit que dans l’imaginaire

épurer et vanter

la fleur

Légère et obscure
captive et personnifiante

avec une audace pudique et limitée
entrelacer les mots
être sur son cheval rêver le rien
en posséder la clef
et passer


aller outre la joie par delà le monde froid
déployer son coeur comme s’il avait des voiles

mêlant exaltation et inquiétude
 

Anéantissement

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effondrement 

du résidu ultime

de ta lumière

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quelques grammes de poussières
subissent les forces noires de la gravité
ton coeur pour pétrir

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ton cri aimanté chants magnétiques
ta voix résumée au souffle

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plus de corps pour contenir le mot
une ombre une onde oscillent
soeurs jumelles du non-dit le lieu loin

où s’éteignent  tes sources

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une étoile s’étouffe 

et personne personne dis-tu
ne fait rien.


Marine

Dans le port

la mer

dans la baie

la mer

tout autour du ciel

la mer

jusqu’à dépasser l’horizon

la mer

murmure

sur le rocher parmi les mousses vertes les lichens noirs

la silhouette du Monticole bleu

La signature parfaite pour une marine