Fernando Pessoa

Ces phrases de Fernando Pessoa, je les ai trouvées ici

L’art nous délivre de façon illusoire, de cette chose sordide qu’est le fait d’exister… En art, il n’y a pas de désillusion, car l’illusion s’est vue admise dés le début. Le plaisir que l’art nous offre ne nous appartient pas, à proprement parler : nous n’avons donc à le payer ni par des souffrances, ni par des remords…
Par le mot art, il faut entendre tout ce qui est cause de plaisir sans pour autant nous appartenir : la trace d’un passage, le sourire offert à quelqu’un d’autre, le soleil couchant, le poème, l’univers objectif. Posséder c’est perdre. Sentir sans posséder, c’est conserver, parce que c’est extraire de chaque chose son essence.

Houle

Valloton-LaNuit

N’est-ce pas le silence qui détermine et fixe la saveur de l’amour ? S’il était privé du silence, l’amour n’aurait ni goût ni parfums éternels. Qui de nous n’a connu ces minutes muettes qui séparaient les lèvres pour réunir les âmes ? Maurice Maeterlinck.

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Comme surgissant de la brume

la mer et ses nausées

par vagues se sont emparées

 de mon âme

au milieu des remous

de la foule

j’avais mal au cœur

et l’envie de pleurer

heureusement

pour m’abriter des morsures

et des regards

au bout de mes doigts ses phrases pour avaler mes larmes.

Nautile

Nautile scanner 3

Un spectre vit en moi. Comme celui de la lumière, lorsqu’il écarte ses doigts, il colore de ses étranges lueurs tous les éléments de ma vie. Il est tentaculaire et déroutant mais n’a rien d’un fantôme. Il mène une vie de céphalopode paisible dans les profondeurs nacrées et les eaux de velours.  Fragile, il passe son temps à se faire oublier. À marcher en silence, à me parler tout bas.

À chaque mot, il accorde une nuance ou trois, à chaque syllabe une saveur, aux phrases le parfum composite et rare de cette fleur qui n’existe pas. Ne vous étonnez pas qu’il se fâche et gronde aux pieds de vos murs, au fond de vos puits, perdu dans vos dédales crasseux. Tout ce que vous tenez pour noble et gracieux l’ennuie. La bouillie qui dégouline directement de vos cervelles délavées lui donne la nausée : mon dieu ! C’est tout ce que vous aimez ?

Vos modes d’emploi sont des prisons, vos textes des niches pour les chiens errants. Mon spectre n’y reste pas, jamais. Il va et vient sans rien retenir. Il a peur des ombres qui vous nouent les bras, des songes qui mentent et ne tremblent pas.

Le spectre ne rogne rien au plaisir, n’émonde pas le monde. Il a peur de vos points qui catégorisent et trouent les pages, il a peur de vos virgules acérées comme des crocs, de tous les ordres qu’éructent vos refrains. Il a peur des morts qui dorment dans vos phrases et vous dictent si rageusement leur faim.

Le spectre et son petit soupir dorment dans le Oh ! de la pupille, dans la coquille d’un nombril, sur le lit doux du baiser. Si mon ventre se soulève, si mon cœur se met à danser, c’est que mon spectre veut goûter à la brillante rosée qui perle aux bords des idées translucides.

Rien

Goya Caprichos3

Il ne restait rien.

Juste moi écrasé de douleur.

 

On éteint pas cet étranglement d’un seul mot.

On n’oublie pas comment les minutes traînent quand on a mal là, à cet endroit où la raison se découd.

Dans le noir, sans filet ni protection,

sans plus rien pour vous asseoir, pour s’apaiser et attendre.

Cette merde gluante me mange.

Aujourd’hui seulement 4 fois,

hier 6

et demain, elle reviendra sans que je l’appelle.

Elle viendra se planter, se vanter de sa toute fraîche cruauté.

Pour elle, le temps n’existe pas. Rien ne marche. Rien n’avance.

Demandez à tous ces fusillés dans les couloirs des hôpitaux.

 

Point d’inflexion

Les mots naissent dans le cocon de soi

que l’on garde enroulé à l’âme

Au secret

Ils filent sans laisser de racine

ils se tissent sans faux plis

entre les lignes

des mers et des chants de larmes

Ils calment les cœurs calleux

Certains ne le savent pas

mais il ne faut pas grand chose pour les réchauffer

pour qu’ils débordent et se mettent à bourdonner

Il n’y a que les poseurs de pièges pour nier cette vérité :

les mots dorment en chacun de nous

dans un petit poing noueux comme le bouton d’une fleur.

Corps et vie

We Kill One, 2011, Hardcover book, acrylic medium, 9-1/4" x 6-1/4" x 1-1/4"

Brian Dettmer

Il existe une multitude de phrases pour vous apprendre le fonctionnement des choses, mais elles ne vous servent pas. Il existe une infinité de possibilités pour essayer de comprendre le monde mais les pistes sont des impasses, les routes flottent dans le vide, les repères s’inversent et les mots que vous croyiez reconnaître ont été broyés. Il vous est impossible d’accéder à une vérité qui vous servirait de fil pour vous guider. Funambule sans filet, il vous reste une volonté machinale pour recomposer ces puzzles infernaux, ces morceaux, ces éclats de la vie.

Les savoirs universels, les connaissances communes, les apprentissages automatiques graciés au plus grand nombre des humains restent les éléments inutiles d’une trame brouillée presque impossible à décrypter. Comment faut-il faire pour lire le visage d’un humain ? Reconnaître ce que les mots, ne nous apprennent pas ?  Pourquoi faudrait-il se fier à ce que tout le monde suppose sans jamais en définir les véritables contours?

Alors, parce que personne ne peut vivre enfermé sur le vide, emmuré par les gestes qui ne servent à personne, ligoté aux symptômes qui nagent à la surface de votre peau et dont on aimerait qu’ils deviennent vos vêtements quotidiens, parce que vous voulez démontrer que vous êtes aussi un être humain, que vos doigts touchent, que votre cœur aime et que votre encéphale pense et construit, vous recomposez la réalité, votre réalité. Vous détricotez cette complexité inutile pour en créer une nouvelle qui ne vous semblera pas plus futile.

Les livres reprennent vie sous le scalpel patient de votre curiosité. Ils parlent une langue que tout le monde peut comprendre, ils parlent d’une tourmente universelle : à quoi servent toutes nos connaissances si nous ne pouvons plus les partager et que faut-il faire d’une logique qui bafoue notre identité et les possibilités de penser librement?

Les livres prennent corps, les cartes routières deviennent les galaxies flottantes de vos rêves, les images écrivent, les mots marchent en dehors du chemin des phrases. À tout est accordé un nouveau sens. À un ordre arbitraire et muet répond un nouvel ordre donnant aux mots ce qui leur manquait pour être compris : corps et vie dans la réalité tangible.

Les lignes qui n’existent pas

 les images ont été trouvées ici

La mer sortie du brouillard

ne me parle plus que par vagues

elle ressemble à l’oubli

que l’on sert aux tables

habillées de porcelaines

et de dentelles blanches

elle ressemble à ce bruit

de la petite cuillère dans le thé

elle semble être devenue friande

de futilité

elle ne semble plus vouloir effacer

d’un geste mille fois répété

ce qui perle sur les visages

ce qui grignote la plage

à petit pas fougueux

la mer est sortie du brouillard

pour y retourner

et me laisser

désemparée.