Cessez-le-feu 

Son corps sur ce qu’il reste du chemin 

Son corps comme s’il n’était plus qu’un vêtement poussiéreux 

Un homme pourtant tente de mettre l’enfant à l’abri mais lorsqu’il parvient à le saisir par les pieds

on lui tire dessus 

Alors 

l’homme abandonne 

Et moi j’attends j’espère la main de l’enfant sur mon front sur la partie la plus douce de mon museau 

Sa main s’agrippant à mes crins pour vaincre la peur 

Ses petits talons contre mes flancs

J’espère qu’il sente encore à ses côtés le souffle chaud de mes naseaux 

Mais tu tires 

Les jambes le torse la tête 

Tu préfères la tête 

Alors 

Moi l’âne auquel on donne volontiers des coups de bâton pour le faire avancer 

Je tourne la tête et te regarde 

Toi le soldat le tireur d’élite 

Toi l’assassin le criminel le génocidaire

Je te regarde et me demande

pourquoi jamais 

tu ne refuses d’obéir 

Sac

Un loup rôde dans mon âme

Les larmes tremblent à la lisière d’une forêt de rides

petites branches vides que laissent les secondes quand elles sondent le néant

Quelle est cette mécanique qui décide des rives

qui trace les pays épargnés par les tempêtes de pourquoi

L’endroit où je ne suis pas une proie devient toujours de plus en plus étroit

Un loup rôde sur mes voies et ameute les pensées creuses

Comment éteindre cet incendie de cris

rompre sa course vers la folie.

Rien

Goya Caprichos3

Il ne restait rien.

Juste moi écrasé de douleur.

 

On éteint pas cet étranglement d’un seul mot.

On n’oublie pas comment les minutes traînent quand on a mal là, à cet endroit où la raison se découd.

Dans le noir, sans filet ni protection,

sans plus rien pour vous asseoir, pour s’apaiser et attendre.

Cette merde gluante me mange.

Aujourd’hui seulement 4 fois,

hier 6

et demain, elle reviendra sans que je l’appelle.

Elle viendra se planter, se vanter de sa toute fraîche cruauté.

Pour elle, le temps n’existe pas. Rien ne marche. Rien n’avance.

Demandez à tous ces fusillés dans les couloirs des hôpitaux.

 

Je n’y puis rien

Je voudrais qu’elle puisse encore chercher

les lieux secrets les rayons discrets

qui se peaufinent au fil de mes lignes

je voudrais qu’elle puisse encore aimer mes mots

puiser le jour dans les contours de mes phrases

où qu’elles soient

mais au lieu de ça elle s’extase pour quelques onomatopées

les faux bijoux et les paroles creuses

d’un terreux Terrien.

En pleine rue

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Elle s’écroule    deux hommes la retiennent mais elle fond jusque sur le sol

l’un appuie de sa main sur le petit trou par lequel s’enfuit la vie

et rentre la peur et rentre l’horreur

l’autre la recouvre de quelques mots

tout son corps est mou

elle vient de tourner la tête

elle regarde ce bout de ciel sans demander pourquoi elle a si mal

ses yeux s’agrippent de toute leur force

on dirait de tout petits moineaux sans ailes

les hommes ne supplient plus  ne crient plus    ne croient plus au secours

c’est alors que la mort se met à couler par la bouche par les yeux par le cœur

et au travers de tous les vêtements et sur la terre et sur ce petit bout de ciel qui attend qui regarde impuissant

la main ne tient plus il ne reste plus aucune larme plus aucun pleur plus aucun geste

elle meurt.

En Iran, une jeune-femme est abattue dans la rue. Les forces armées du pouvoir tirent sur une foule pacifiste d’étudiants. Elle est touchée en pleine poitrine, on vise pour tuer.