Fraîche et argentée

Hiroshige – Untitled c.1851

La nuit est venue se poser sur le jardin
La lune regarde la mer
Une à une les étoiles se regroupent au dessus de la folle falaise qui parle toute seule quand les oiseaux se taisent.
Quel étrange troupeau scintille enivré par les parfums émanant du maquis
Pour qui est-ce encore l’été
Quel est cette ombre marchant d’un pas souple et lent sur le sentier qui semble couler de la lune comme un torrent de la colline
Est-ce toi mon Amour qui portes la lumière de l’astre toute fraîche et argentée sur les épaules?

Un jour de marche

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La brume cache les pieds de la colline et en mord le sommet.

Les pins portent le ciel sans montrer la moindre faiblesse face à l’éternité.

L’aube et le crépuscule se lèvent avec la même certitude pour dépeindre la vie telle qu’elle est dans ses mouvements quotidiens.

Les hommes en sont l’écriture.

On les rencontre qu’ils se hâtent

ou qu’ils se reposent,

qu’ils travaillent le dos courbé dans les rizières ou tirent le filet de pêche.

L’horizon se recouvre de neige, se noie dans la mer ou se perd dans les forêts vertes et noires de la montagne qui domine souvent la vue au large.

Le chemin nous mène jusqu’à ces endroits du paysage où le temps se fige pour nous permettre de le penser. Il nous reste à reconnaître dans ses nombreux détails, la beauté par étape, après une longue journée de marche.

هیچ Rien

هیچ

Rien

بنگر ز جهان چه طرف بر بستم ؟ هیچ

Regarde l’univers. Qu’aurai-je embrassé ? Rien

 وز حاصل عمر چیست در دستم ؟ هیچ

J’ai moissonné la vie, et récolté le rien

شـمع طـربم ولی چـو بنـشستم هیچ

Gaiement je me consume, et je m’assois : plus rien

من جام جمم ولی چو بشکستم هیچ

Miroir du monde, je me brise. Alors, plus rien

غياث الدین ابو الفتح عمر بن ابراهیم خیام نيشابوری

Omar Khayyam

Rubayat, par Omar Khayyâm

V

Puisque tu ignores ce que te réserve demain,
Efforce-toi d’être heureux aujourd’hui.
Prends une urne de vin, va t’asseoir au clair de lune,
Et bois, en te disant que la lune te cherchera peut-être vainement, demain.

 

Divin

Egyptian - Seated Bastet - Walters 481553 - Left

Par la fente entre le souffle frais de la ville

vivifiante comme l’haleine du souffleur de verre

la matière brûlante de mon existence commence à découvrir ses formes

à décliner ses couleurs dans cette transparence encerclée

par les bruits et les coups de marteau de la vie

soudain j’entends le silence

les pas du félin qui contourne ses proies

parce qu’il n’a pas encore faim

je devine l’élégance de la courbe noire

que dessine son corps quand il marche

il assume avec une souplesse tranquille

son statut de divinité.

Ta voix

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Je crois qu’il s’agit d’un nuage venu depuis derrière l’horizon. J’entends comme il déploie ses ailes semblables à celle de l’albatros hurleur. Mais c’est ta voix, onde profonde qui tombe solennellement sur moi comme les auréoles du soleil.

Agile, elle monte jusqu’à rayer les larmes et puis elle s’en va à pas de chat. Elle rebondit, danse et saute. Ta voix réchauffe l’air de ses origines masculines. On croit qu’elle sombre mais elle plane dans une même et seule caresse. Elle n’est ni rauque, ni fade, elle est grave et lucide.

Si j’osais regarder le ciel, je pourrais savoir qu’il ressemble à une perle ayant le même éclat presque dissipé de ta personne.

Tu n’oses pas porter ta voix parce qu’elle ne ressemble à aucune définition qu’on invente pour corrompre. Tu crois qu’elle se déforme, qu’elle te trahit laidement alors qu’elle pose tes phrases comme si elles n’avaient pas de poids alors qu’elles décrivent l’étrange chose invincible qui brille en toi.

Ta voix n’est pas une flétrissure, une porte qui claque, quelque chose qui se calque. Ta voix n’est pas celle d’un mort, ni celle de ce fantôme qui se répète à l’infini sans jamais entendre qu’à l’intérieur de lui il n’ y a qu’un simple puits.

Tu te punis, j’entends que parfois tu l’étires comme si elle n’était qu’un vulgaire élastique, que tu la promènes dans les rues glauques qui n’ont que les regards des avares et des charognes qu’ils dévorent.

Ta voix ne parle pas pour les autres, elle ne parle que pour toi des mélodies complexes que forme harmonieusement ton esprit depuis que tu es tout petit.

à B.