frémissements

Brussels august 2014

À l’embouchure d’un nœud inscrit sur la surface du tronc, la lumière tâtonne. La couleur naît de l’attouchement minutieux par le soleil de la matière. La couleur surgit d’une blessure et rugit comme d’un cratère volcanique.

Sous l’écorce, le temps imprime à la chair intime de l’arbre des ondes concentriques qui expriment une frontière qu’il ne cesse de dépasser pour en inventer une autre, une autre et encore une autre.

En surface, les verts se veloutent, gagnent la forêt sous la forme de spores duveteux, les verts mangent l’espace ou s’agrippent aux branches.

brussels august 2014 bvde

Au sein des frondaisons orageuses, la lueur laiteuse d’un astre nidifie. A la surface du lac  dont le ciel forme le réceptacle lumineux, les feuilles sont les paupières du soleil. On le voit qui disperse ses regards, les rayons ont soudain de longs doigts qui pianotent sur toutes les choses qui constituent une forêt. Les nuances lumineuses dansent jusqu’à devenir presque ivres. Finalement, elles laissent l’empreinte intacte du moment où chacune d’entre-elles atteignait un sommet, roder au loin telle la brume. Tout devient flou et inaccessible.

August 2014, Brussels, bvde

Ainsi autour d’une entaille dans une forêt humaine où la vie circule, stagne, blesse, se construit l’intimité discrète de tout mon être. Ce qui se cristallise avant d’être réduit en miettes ressemble à l’essence d’une sensation unique, perçue au travers d’un prisme. Deux mondes se confrontent ou se frôlent ou s’attouchent sans trouver de correspondances. L’un est sombre, intérieur, docile. L’autre est lueur et mélange chaotique d’informations. Demandez-vous donc ce que cela peut signifier!

Portraits

Martinos Center for Biomedical imaging Massachusetts Hospital

Je suis un homme une femme un cheval

Je suis brindille éclat broutille

Je suis calme forêt fauve

chat aiguille fine

fille fils frère

lune vague mer

j’écris je lis j’écris j’invente

je rêve je dors je mens je demande

je crois, je pense, je doute

je goûte

parle peu

parfois j’écoute

les hommes les femmes les chevaux

les chats les fauves les feuilles

les forêts les enfants

les loups

les ours polaires

les oursins et les étoiles

de mer

Evaporation

En s’évaporant la mer redessine le profil

des collines

le bras l’épaule

la main une aile

gagnent le large

les nuages plongent à l’instar des baleines à bosse

laissant derrière eux écume

nids de bulles et ombres géantes

Jardin

      Hippocampal neuron receiving excitatory contacts (63x)      Dr. Kieran Boyle      University of Glasgow, Glasgow, Scotland, United Kingdom      Technique:Fluorescence, Confocal

La nuit est le fluide d’un fleuve

sur ses rives mauves s’abreuve

le jardin

sur la fourrure du félin qui boit

les parfums des fleurs ondoient

arbustes épines roches

s’approchent

un peu plus près de l’endroit du ciel

où stagnent quelques poignées luminescentes

d’insectes qui chantent

L’imperceptible forêt

Glass art by Simone Crestani

La pluie sème les graines qui à la pointe extrême de nos gestes donneront naissance à ces gerbes de mots ombres imprécises des temps évaporés tous les morceaux osseux de mon corps grincent comme une forêt de vieux arbres secs les troncs et les branches sont en verre les feuilles absentes dans ma tête grésillent les fins de phrases insignifiantes comme les points qui dans l’espace resteront à jamais vides

Ton coeur

Olive Trees Study, Claude Monet
Olive Trees Study, Claude Monet

¤

Dans le jardin le vent a peint un tableau

il a pourvu de plumes mauves et vertes

les arbres qui pleuraient et ne voulaient plus se battre

les fleurs se sont mises à porter des larmes

pour enfuir des racines un trait noir

ne leur suffisait pas

¤

le ciel n’existait pas il n’était plus

que broussaille et entassement d’étoiles

mortes

et toi

tu l’aurais escaladée cette montagne

de vagues et de rocailles

si le vent n’avait fait frémir

comme dans le ventre d’un orage

ton cœur

Distortions

Waterlily by Niklasphotose

Distorsions des voies que naviguent les paroles

échappées de cet endroit où telle une source

elles fabriquaient pour le silence un berceau de cristal

aux portes des fleurs sur les pétales blancs

l’alluvion laissé par mon songe

ébauche les vagues et l’étoffe d’un fleuve

il parcourt  les solitudes étouffantes

et elles ne se contentent pas

de rester habiter la vase

Au fond de moi l’épais murmure

il ne reste en surface que l’impression

inconsistante

l’étrange végétal se gavant de bruines

gagne l’espace

de l’émotion à laquelle il m’est si difficile de donner

un nom

que faire si soudain tout s’éteint

et que même ta voix n’éclaire plus rien

Joan Miró ( « Je travaille comme un jardinier »)

Miro, Constellation 20 Le bel oiseau déchiffrant l'inconnu au couple d'amoureux.
Miro, Constellation 20
Le bel oiseau déchiffrant l’inconnu au couple d’amoureux.

Je suis l’oiseau

mais

je me vois au travers des yeux du chat

son sourire hypnotise ma peur

moustaches et griffes sont les signatures d’une possible brûlure

mais

mon vol recherche au delà de tout l’équilibre

ma voix le souligne de cris noirs épars

ma pupille épure l’espace infini en autant de constellations

d’un point à un autre

se dessine le visage

de l’aimé

profil lunatique

nos regards portent l’élégante énigme des astres

et nous mesurons la force de la parole que nous nous donnons

et qui pourtant s’envole

aux pieds des étoiles

naît ce langage du cœur et de l’esprit

au quel je donne volontairement ton prénom

Été

L’été parle la langue de l’eau, à la manière des ruisseaux qui s’écoulent de la colline. L’été est un nomade, ce qui le guide c’est ce voyage de serpents argentés vers la mer, leurs ruissellements brillants alors que la nuit se lève.

Les étoiles comme des gouttes de pluie perlent. Certaines s’abreuvent de l’horizon indigo, d’autres prennent le maquis en poussant de petits cris. Il ne faut plus que mes larmes pour que chacune d’elles se pare d’une auréole et que les vagues portent sur leur tête une couronne d’écume.

Sous les souffles des feuillages que la lune nourrit de lait et de sève, les tiges portent des fleurs hallucinées dont les pistils parfumés tissent des toiles magiques et des étoffes blanches.

Emporté par l’élan vital, dans les bras d’une spirale, le monde danse, il tremble et sème les grains de beauté de la nuit. Sept petits points joyeux répartis sur ses ailes de phalène condensent en eux toute la clarté du ciel comme s’ils signaient les phases d’expansion finale d’un poème.

Regard sur soi

0268e4c8e17e9a58018857a9e2b0f4a9Elle est bien quelque part ta main caressant le sable comme la mer le vent. Toi laissant entre tes doigts fuir des collines de sable dorés. Toi mesurant du regard l’espace qui apprivoise les secondes dont tant ne savent qu’elles contiennent des présents. Il est bien quelque part éternellement en moi ce temps où je t’appelais papa et où les gens que je ne comprenais pas devenaient les personnages d’une histoire rocambolesque réinventée par toi. Les poissons se cachant dans le sable jusqu’à ne plus laisser dépasser qu’un petit sabre venimeux dont j’avais si peur, enchantés par toi, cédaient le passage à mes pas pour que je nage. Ma peur s’évaporait en même temps que les vagues menues sur la plage. Nos rires semblables à l’écume, notre patience polie au soleil comme de tout petits galets cherchant à marcher sur l’eau au coucher de l’astre au lever de l’autre.

Une vieille sculpture dont le bois avait été rongé par le sel et la mer qui parfois s’accaparait la plage était notre confidente. La gardienne de nos  découvertes survenues lors de nos promenades. Formules secrètes, chuchotements censés faire basculer le monde des méchants. Les ignobles, ceux qui brûlent les moustaches des chats ont pris de l’avance maintenant que tu n’es plus là.

Je ne reconnais plus aucun paysage, je ne veux pas savoir si le béton a finalement rogné la plage, les pinèdes jusqu’à ne leur laisser que de quoi les maintenir en esclavage. Je préfère confier ton cheval et le mien à cette possible et éphémère liberté que m’offre l’imagination. Cette histoire indomptée commencée par toi ne connaît pas encore de fin. Je sais que je ne rêve pas : tu es bien là et ma main a trouvé à se lover dans la tienne même si l’avion qui m’emporte n’accorde d’importance au ciel que s’il peut en reconfigurer les nuages rayant ainsi au passage des pays qu’il n’est plus possible d’atteindre aujourd’hui.