Je voudrais
avoir une fleur
à la place du cœur
je rêve d’être un parfum pour manger la beauté
Je vole, aussi incroyable que cela paraisse
je glisse portée par la lumière
j’ai ouvert ce qui me servait de bras
je me suis défait de cette croute qui ne me protégeait pas
et
je me suis lancée vers le vide.
Une petite goutte est venue se poser sur mon cil
je l’ai laissée
se réfugier sur ma lèvre
elle n’était déjà presque plus salée
elle m’a dit :
« Mais, tu voles! Est-ce que tu te sens bien ? »
Je ne sentais plus rien.
Mettre les points sur les i, c’est accorder aux choses leurs grains de beauté. Leur assurer une existence, une individualité. Énoncer clairement, c’est m’accorder l’ immunité contre le cahot, c’est me permettre de m’assoir sur une chaise qui n’aura pas trois pieds, c’est s’assurer ma stabilité.
Ma fantaisie est trop lâche, elle ne joue plus à dénouer les nœuds du silence. Un corbeau a avalé les noyaux que j’avais déposé sur son chemin pour la guider. Il se reconnaitra, il a croassé partout que j’étais un méchant parce que je voulais me réserver et les fruits et l’arbre et le soleil.
Mon imagination se perd et devient folle à suivre les pistes qui ne mènent nulle part, à ne plus reconnaître ton cœur, à ne plus entendre ta respirations. Elle a les nerfs à vif, elle est comme le câble électrique sans gaine, comme l’os sans cartilage, usée de se perdre dans les forêts touffues du doute.
Mon œil est inquiet, ma raison n’est jamais là où elle devrait.
Crois-tu que ce soit un hasard si Van Eyck est né dans mon pays ? Ici, on aime jusque dans les moindres détails. On ne rend grâce qu’à ce qui est précis. Clair. Évident. Mêmes les seigneurs et les Saints ont des rides. On ne conçoit que le concis. On ne prévoit que la pluie.
S’il te plait de lire les textes que je n’aurai encore fait disparaître, par dépit, il me plairait de savoir ce que tu en penses. Si tu ne trouves pas de mots(cela arrive), dépose quelques fleurs ou une feuille ou ce que tu auras sous les doigts pour exprimer ton état. Je m’engagerai à ne plus saccager les mausolées et les tombes, à ne plus t’assaillir de bombes.
Le silence est une pluie glacée
qui traine sur la chaussée
Comme la bave de l’escargot
Le silence est un bal masqué où les invités
Sont tous des salauds
Le silence est son verre de bière
Et ce ne sera pas le dernier
Le silence est cette petite phrase
À peine osée qui tremble comme une prière
Le silence est impuissant et lâche
Il se tait quand il entend mes larmes
Il rampe sourd et aveugle
Le silence est un bègue,
un ivrogne,
un crapaud
Il a craché sur mon cœur et croasse au soleil avec les corbeaux
Le silence est le hublot dans la porte de ma chambre.
Le silence est la couverture de laine
Qui te tient bien au chaud
Je retiens ma respiration pour tenter de contenir mon exaltation. Je suis comme ces jours d’été qui piaffent en attendant la pluie, mais je n’entends au loin, que les agissements d’un orage lâche et improductif. Impossible de me tempérer, je ne contiens plus le raz-de-marée qui s’est formé au fond de moi. Mon impatience convulsionne mes pensées, je me mets à frétiller et à bouillonner toujours et de plus en plus fort. Pourtant, je sais que son corps, sans un bruit, n’attend plus que le mien, couché nu sur son lit et que la paix amoureuse caresse son âme.
Sa somptueuse nudité luit d’une lueur chatoyante et excise dans la nuit. Mon désir monstrueux contraste avec le rose charnel de sa chair et grandit en formant des volutes avec ma fougue. Tout autour de son corps dépourvu de malice, mon trait lisse et noir semble découper l’univers pour moi en parcelles envoûtantes.
Je m’avance pour gouter sa volupté crémeuse. Il me réchauffe avec délice, mes sens s’enivrent de douceur. Je puis enfin sentir son cœur frôler le mien, sa suave sensualité bourgeonner dans les creux, dans mes mains.
Comme ces petits lichens mousseux qui épousent les écorces des arbres dans les forêts et les clairières, il m’envahit peu à peu avec une enfantine ardeur. Il me rend onctueux, je crois enfin être heureux. Ma folie guerrière s’est éteinte au contact de son corps. Son innocence gémit dans les caresses qu’il me donne comme si nous étions les premières cellules vivantes, avides de fusionner dans un processus naturel, tourné vers une éternité.
Je peux m’épanouir sans rien lui voler, devenir comme la fleur épiphyte, être sans rien voler. Me donner sans jamais rien promettre. Permettre à la liberté de se feutrer entre nous deux.
Je peux disparaître et reparaître paisiblement me confier aux attentes de ses plus belles certitudes. Il sera souple et généreux.
Puisque cela semble lui plaire, je le laisse surgir suave et de plus en plus audacieux. Son unique épine me fait frémir. Mon cri fait blêmir sa pudeur.
La première larme de musique survient langoureusement sur son cil, s’envole par sa bouche et puis se pose sur la mienne. J’ose à peine avouer que je l’aime, que je le veux.
Lui et moi, sortirons de nos chrysalides, déroulerons à l’infini le fil de soie qui retient les baisers à jamais enlacés à l’âme, aussi lentement et longuement que cela nous plaira. Cachés dans l’ombre, à peine recouverts de lumière.
Serons-nous toujours spongieux et gracieux? Sera-t-il possible d’oublier que nous étions soudés ? Sporadiquement, il me saupoudre de soupirs, fossilise ma tempête. Se cambre, s’éloigne et puis revient se fondre à moi. Je déferle en flots de perles sur la peau.
J’aime
je t’aime toi
chocolat
aux amandes
les fleurs
la vanille
la langue de feu
et je veux
débobiner
le fil
et les noeux
les mensonges tremblants de peur
le froid
pas la chaleur
la douceur
pas la douleur
les épines
et l’art
les puces
des chiens
les chats
l’âme
des chacals
les vagues
un val
une épaule
un soulier
la terre
malaxer
tes cheveux
blancs
Si tu le veux bien je serai la première lettre qui naitra de ta bouche ensoleillée
je serai le mirage que les cieux assoiffés abandonneront
Le corps lassé des fausses chansons
je serais la perle émerveillée la pupille triste de l’été.
Si tu le veux bien
je ferai tous les voyages consolerai les nuages
de ne pouvoir enlacer tes rivages
je cacherai les silences de tes flots
sur les ailerons des requins citrons
Je dirai aux voleurs de coraux
aux bateaux qui déchirent les eaux
que tu t’es dissolue que tu t’es évanouie entre les dents d’une prison.
Je raconterai aux enfants que ta nudité s’appelle liberté
que tu l’as recueillie dans le souffle
de ces coquillages miraculeux
qui imitent la mer lorsqu’elle est amoureuse
Je dirai que tu n’es qu’un ruban de sable un tissu de poussière
J’inventerai que tu n’es qu’un collier de rocailles tout à fait ordinaire
Seules mes caresses et mes rêves murmureront en secret : « elle est mon île »
La mer est si profonde qu’elle semble être une tombe
Elle ne montre qu’une infinité sombre et bleutée
que rien n’émeut même pas la translucidité
de ses eaux légèrement nacrées
Je nage en caressant ses effluves
en craignant les embruns et sa mélancolie
Je ne suis pas tranquille je suis las
La mer est si sombre à tant d’endroits
qu’on ne veut que se laisser fondre dans ses bras
Que je me confonde aux créatures les plus étranges
qui rampent et qui boivent ses courants
ses précieuses liqueurs et ses parfums
Parfois on les voit qui survolent les flots houleux
aux heures où le ciel se noie furieux
La mer ne fait parfois presque pas de vagues
et se répand sur la peau des baies et des plages
comme un tissu de soie
Au loin j’aperçois les oscillations brillantes
de quelques larmes froides
Le vent veut chiffonner les vagues
et puis se mettre à les aimer
La mer se déploie comme un troupeau affolé
un torrent de flammes
la chevelure d’une reine dont on tombe amoureux
Je sens son cœur battre contre les falaises et les rochers
Le ciel trembler et songer mon Dieu que la marée est belle