Entre nous deux

Je retiens ma respiration pour tenter de contenir mon exaltation. Je suis comme ces jours d’été qui piaffent en attendant la pluie, mais je n’entends au loin, que les agissements d’un orage lâche et improductif. Impossible de me tempérer, je ne contiens plus le raz-de-marée qui s’est formé au fond de moi. Mon impatience convulsionne mes pensées, je me mets à frétiller et à bouillonner toujours et de plus en plus fort. Pourtant, je sais que son corps, sans un bruit, n’attend plus que le mien, couché nu sur son lit et que la paix amoureuse caresse son âme.

Sa somptueuse nudité luit d’une lueur chatoyante et excise dans la nuit. Mon désir monstrueux contraste avec le rose charnel de sa chair et grandit en formant des volutes avec ma fougue. Tout autour de son corps dépourvu de malice, mon trait lisse et noir semble découper l’univers pour moi en parcelles envoûtantes.

Je m’avance pour gouter sa volupté crémeuse. Il me réchauffe avec délice, mes sens s’enivrent de douceur. Je puis enfin sentir son cœur frôler le mien, sa suave sensualité bourgeonner dans les creux, dans mes mains.

Comme ces petits lichens mousseux qui épousent les écorces des arbres dans les forêts et les clairières, il m’envahit peu à peu avec une enfantine ardeur. Il me rend onctueux, je crois enfin être heureux. Ma folie guerrière s’est éteinte au contact de son corps. Son innocence gémit dans les caresses qu’il me donne comme si nous étions les premières cellules vivantes, avides de fusionner dans un processus naturel, tourné vers une éternité.

Je peux m’épanouir sans rien lui voler, devenir comme la fleur épiphyte, être sans rien voler. Me donner sans jamais rien promettre. Permettre à la liberté de se feutrer entre nous deux.

Je peux disparaître et reparaître paisiblement me confier aux attentes de ses plus belles certitudes. Il sera souple et généreux.

Puisque cela semble lui plaire, je le laisse surgir suave et de plus en plus audacieux. Son unique épine me fait frémir. Mon cri fait blêmir sa pudeur.

La première larme de musique survient langoureusement sur son cil, s’envole par sa bouche et puis se pose sur la mienne. J’ose à peine avouer que je l’aime, que je le veux.

Lui et moi, sortirons de nos chrysalides, déroulerons à l’infini le fil de soie qui retient les baisers à jamais enlacés à l’âme, aussi lentement et longuement que cela nous plaira. Cachés dans l’ombre, à peine recouverts de lumière.

Serons-nous toujours spongieux et gracieux? Sera-t-il possible d’oublier que nous étions soudés ? Sporadiquement, il me saupoudre de soupirs, fossilise ma tempête. Se cambre, s’éloigne et puis revient se fondre à moi. Je déferle en flots de perles sur la peau.

 Silent Stories

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