On dirait des pustules
mais
détrompez-vous
ce sont les pastilles
que j’avale
à vie
pour empêcher que
mes idées ne cavalent
en donnant leurs paroles
à l’araignée de la mort.
Si le soleil te tend la main
ne le cueille pas
comme une quelconque
feuille
mais bois
la lumière
de ton œil
laisse tes pensées
effleurer
les effluves vertes et dorées
comme le miel
la Beauté coule à la surface des choses
te laisse naviguer
à ton gré
deviens le savant jardinier
de ton âme et de tes idées
Entre ces deux épines
ma soif la faim
ma difficulté d’être
*
entre ces deux épines
la culpabilité trace la certitude des rides
peut-être
*
Entre ces deux épines
ma rugosité
en souvenir des venins
peut apparaître
*
Entre ces deux épines
mes jours
noués les uns aux autres
les filets d’un piège
qu’il est désormais impossible
à défaire.
comme un jeune enfant
le vent
pleure
Je ne reconnais plus personne. Retenir les détails d’un visage m’est difficile, voire impossible. Il faudrait que je puisse me dire : ce visage est content, ce visage est heureux, ce visage s’amuse et dit vrai. Seulement personne ne dit ce qu’il pense, alors j’oublie. Le trait pour le sourire flotte dans le vide, le sourcil de l’ennui communie avec la bouche qui donne un baiser. Vite fait.
Faire le portrait d’un robot, décrire une plante jusqu’à son moindre détail, je peux. Expliquer la beauté de l’oeil du cheval, je peux. Mais retenir un visage, je ne peux pas. Sauf si, je l’ai vu des milliers de fois. Si je vois un visage mille fois, c’est que je l’aime. Je n’oublie pas ceux que j’aime. Tout de même.
Je marche dans la rue. Je voudrais être un quelconque individu mais l’idée galope dans ma tête. L’idée veut faire le tour de la terre, pour me détourner de moi-même. L’idée ne veut rien entendre. Elle parle sans attendre de réponse. Elle malaxe la syntaxe, elle déboulonne les structures. Elle résonne comme dans les cavernes. Elle est creuse.
Comme j’aimerais parfois ne pas avoir d’idées de cet ordre là.
L’idée galope dans un tambour. Les gens dans la rue ont sorti leurs masques pour déambuler en troupeaux, pour dégouliner comme une lave de boue. Si l’un d’entre eux s’approche de moi, si l’un d’entre eux me touche, je le tue. Je le piétine, je le laboure.
Le vrai visage derrière le masque n’existe pas. Je ne connais personne qui soit ce qu’il dit. Je ne connais personne qui soit un fait simple et concis, pur et parfait, irrévocable. Tenu entre deux limites. La vraie nature se cache et n’appartient qu’aux choses et aux idées. Je marche, mon poing dans la poche. Il pleut. Il pleut mais je m’en fous. Le temps ne compte plus. L’idée épluche les secondes et distribue des miettes à l’éternité. Mon poing semble avoir trouvé le rythme de l’idée. Il est prêt à cogner.
N’ais-je jamais été ce veau qu’on mène où il faut ? Oui, je l’ai été et sans éprouver la moindre gêne. J’ai donné ma confiance, j’ai vendu ma peau comme je donnerais la main à un ami, sans connaître la suspicion. Je ne conçois pas de mensonges communs par complaisance. Sauf lorsque l’idée vient. L’idée ne parle pas à travers moi mais en travers de moi, elle me transgresse. Elle tord chacune de mes phrases, elle broie ma voix.
Je ne peux pas lui parler, je ne peux plus raisonner. L’idée tambourine, exaspère, tourne en vrille. Je puis juste partir, marcher, marcher.
Respirer, déglutir, laisser battre mon cœur ne se font plus naturellement, sans l’idée. L’idée que j’irai jeter d’un pont, noyer dans le fond d’un lac glacé, fracasser sur le prochain mur. Je marche, je vais marcher jusqu’à ce que je rencontre un mur. Un cul de sac, un bloc. Un mur qui me dira : mais qu’est-ce que t’es con, rentre chez toi.
.
Je n’y croyais pas mais oui, certains écrivent pour combler le vide. Un vide absolu. Creux et sec et non pas celui pur et relatif que soutient une architecture sobre. Les coquilles et les épluchures qu’ils présentent pour textes, n’autorisent aucune contemplation, aucune des formes du plaisir. Tout est conçu pour l’esthétisme et les apparences. Rien n’est, tout a peu, très peu de goût et aucune saveur.
Si j’en viens à râler et à m’esclaffer : pour qui vous vous prenez ? On me répondra : voyons , vous ne comprenez pas, la modernité nous permet tout, même de jongler avec le vide à l’infini. Je les laisse à leurs cirques, ils m’épuisent.
Je lis des pages entières- et il faut que je m’accroche-de tournures bancales, de contrefaçons banales, d’inutilités pédantes, d’entassements de mots déchus. Parfois, je vais les lire comme celui qui cherche la gifle pour se sentir éveillé. Juste pour me prouver que j’existe autrement qu’eux. Ou comme aujourd’hui, pour rire et faire mes griffes.
Mais qu’est-ce que j’aime lire, si je n’aime pas le contemporain numérique ? J’aime lire ce que je ne peux écrire, tout ce qui ne peut être mieux. Lorsque l’autre a réussi à traduire sans que j’ai à me dire : oui, mais j’ai encore faim. Lorsqu’il est parvenu à construire (en contournant le vide)ou à déconstruire(pour contourner le vide) sans un geste de trop. Lorsque je reste muet, c’est alors que j’aime. Autrement dit, j’aime tremper ma croute de pain dans le jaune d’oeuf tiède et dégoulinant, savourer la chair albumineuse et laisser la coquille sur le côté. Être rassasié par une idée qui ne serait pas creuse.
Pour les adorateurs, il reste des bougies.