Jardin de jade

C’’est l’hiver au jardin. Dans les buissons, pétillent les derniers ou les premiers fruits, selon la position que l’on prend face aux choses comme quand on regarde la lune et que l’on s’interroge pour savoir si elle nous montre un premier ou dernier quartier.

C’est l’hiver et quelques gouttes invisibles touchent les feuilles des oxalis. La pluie picore mon coeur et pointe à chaque fois une feuille en périphérie de mon regard. Je ne perçois de la pluie que quelques éclats, elle sautille d’un végétal à un autre, de la danseuse, on n’entend que le bruit de la pointe du chausson sur la scène. Un bouquetin en équilibre sur une paroi rocheuse

C’est l’hiver en mots et en paroles, en actes, il n’est pas encore là. Aux abris, personne encore ne dort. Les lits sont faits mais les êtres sont absents, habitués à voyager encore sur les chemins, laissant l’empreinte d’un cri dans la ramée, d’un crissement d’entre les aiguilles sèches des pins sur la face plane et presque froide d’une pierre plate.

C’est l’hiver et je doute. Le versant lumineux de mon être se fige, se glace. S’annonce un déclin, se décime le temps, s’érode le ciel devenu colonne de jade, blanc en train de perdre ou de gagner en transparence. On s’interroge sur ces fracas de roches. Est-ce un orage ? Les nuages raclent et rayent et polissent .

L’espace liquide, le temps fluide, la matière qui s’égoutte alors qu’elle est presque devenue poussière se mélangent pour former un tableau. Sur la colline, si près du précipice, un moine médite, un pin, le portique d’un temple, le vêtement ample du vent, les soies du silence.