
Le dernier né
De la tourterelle lance
Un appel depuis le pin
L’arbre sous les reflets duquel
Je lis laisse tomber une feuille
En forme de larme
Sur mon sein gauche

S’occuper d’un végétal
c’est presque comme s’occuper d’un poème
il existerait tout aussi bien en mon absence
sans que j’en ai la moindre connaissance
J’aménage dans la terre que j’ai nourrie
abreuvée en toute légèreté
un habitacle à deux étages
une chambre noire pour développer les racines
une chambre claire pour les tiges les épines les feuilles
les boutons les rejets
J’attends je projette des floraisons
j’observe
j’imagine des constructions de feuilles
je me rends apte à comprendre un langage
qui n’est pas encore le mien
puisqu’il n’use d’aucun mot
je rectifie toujours tous mes gestes
dans un souci de perfection
qui ressemble au meilleur usage
de la lumière
au plus judicieux partage de cette portion d’espace
je regarde le présent advenir
Ta bouche est une feuille
qui jamais ne se détachera
de l’arbre qui l’a rendue
si tendre
des nervures pour les lèvres
des nervures pour les mots
des nervures pour le sens
et les silences
ta bouche croquante
et verte
oubliée entre les branches
qui fouettent le vent

Kano Tan’yu | Japanese | 1602-1674
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Le paysage se plie
à la volonté du rêve
ainsi que le ferait la brume pour la pluie
en gommant les étendues faciles et l’horizon
lac et ciel ne forment plus qu’un seul et même espace
les frontières semblent s’abolir et devenir
d’inutiles traces
l’homme est plus petit que le pas
auréolé de la libellule
la barque est comme le cil
du regard qui s’incline
la feuille suggère l’arbre ou la montagne
la réalité le mirage
Seule demeure
accessible à tes méditations
l’évanouissement éternel
du présent