Rien

Il n’y a rien
si ce n’est l’asphodèle
le bourdonnement de l’abeille
comme une flamme vacillante
au bout de la hampe fleurie

pour masquer les dénivelés
les failles les précipices
il y a la mousse des oxalis
la griffe minuscule de l’asparagus 

il n’y a rien 
si ce n’est la piste odorante 
du ciste de la bruyère de la salsepareille
rien l’empreinte d’un sabot à deux doigts
le grignotement du soleil par le bec d’un oiseau
rien juste les fruits de l’olivier
comme des milliers de pupilles 
qui ne vous regardent pas


rien et cet immense piège de lumière
d’ombres à la vie débordante
d’ombres troublantes tissant leurs sentiers
dans les ruisseaux
qui veut les suivre se perd
s’épuise se brise


Il n’y a rien et lorsqu’enfin je m’aperçois
que le chat me regarde
son hostilité sauvage
son caractère si peu apprivoisé
sont presque le réconfort que cherchait
mon errance maladroite 

Questions sans réponses

le vent soulève les vagues

les vagues s’échouent sur la plage

les feuilles de l’olivier boivent la lumière

mais mon coeur ne se nourrit que de bruit

battements d’ailes écume

résonances des roches

au-dessus de la colline le ciel devient violet

le vert s’assombrit

et quand je ferme les yeux 

des voix tissent une étoffe improbable

fil pourpre fil bleu 

ciel verdoyant

Le vent soulève les vagues

après une plongée en apnée

interminable je regagne la surface

inspire par les évents puis expire

une brume de souvenirs pour chasser au large 

les restrictions l’absence d’oxygène

le cétacé que je suis se demande

comment des profondeurs nocturnes

pourrait-il accéder aux sommets des montagnes

il entend les voix qui gravissent

et atteignent les diverses étapes nécessaires

à l’ascension

fil pourpre fil vert fil violet elles étoffent

mais il faut sans cesse repartir du silence

aux pieds de la pente 

l’écho n’est plus qu’un reflet de la mélodie

que les voix fil pourpre, fil vert fil bleu ont tenté de porter

jusqu’au chant le sommet de la montagne

qu’on atteint pas

Le vent soulève les vagues

ton corps la nuit comme échoué

diffuse un parfum d’iode de sable brûlé

et de pommes de pin la lune pleine

se répand en phrases lumineuses

que personne n’écoute la mer pour effacer

son message frôler ses larmes

réveiller sa gaité elle entreprend son voyage

identique qu’est-ce qui la grignote un peu 

plus chaque jour

tes questions sans réponses

cétacé insatisfait 

Aujourd’hui encore le vent

©cc

Aujourd’hui encore le vent 

S’impose à l’orchestre

Arbres hauts bois

Harpes 

Fleurs futaies 

Tellement d’instruments à vent

Pour recueillir la petite voix piaffante

De la source 

Masquée sous un manteau 

Sombre violant de feuilles folles 

Quelques gouttes un piano

S’évapore avant l’orage 

Un criquet se tait inquiet 

Attend l’instant où brusquement  

Tous suspendent leur souffle pour 

Tenter sa caresse langoureuse 

Archer corde sensible et 

Au loin un village 

Qui appelle ses fidèles 

©cc

Aujourd’hui encore regarder le monde

Le vent en dentelle se délite en atteignant les rives

Aucune blessure à effacer juste une colère sourde qui s’écoute 

Errance stagnation une partie de l’île 

Plonge 

Le cap: être un cétacée 

©cc

Aujourd’hui encore 

C’est le vent qui occupe l’entièreté de l’espace 

Dénoue les chevelures nuageuses

Le troupeau des vagues galope

le mors aux dents

Se disloque dans les feuillages d’argent de l’olivier 

Sa voix son corps comme celui d’un serpent 

Imposent un silence 

De froissements d’étoffes et de flammes qu’on étrangle 

L’air que l’on respire aspire à l’embrasement 

Et

Tous les jours un peu plus 

Les hampes florales des agapanthes 

Ploient et se penchent vers un néant 

Où l’on avorte les fleurs 

Dans l’espoir de survivre 

©cc

Aujourd’hui 

Encore la mer meurtrie 

Écume 

Les rochers à la robe baie 

Se cabrent

Ruent 

Les crinières noires calligraphient

Vaguement les syllabes 

Tempétueuses de mots qui ne veulent 

Plus rien 

Dire


Turdus merula

source image

En tenue nuptiale sur la plus haute branche

du lentisque

l’oeil cerclé de jaune il regarde

il regarde la terre

il regarde le ciel

le jardin diffusant ondes lumineuses et parfumées

il regarde le frémissement des feuillages

vole fait quelques pas montre l’éventail noir luisant de ses plumes

s’évapore 

et quand il chante plus tard tu sais que le jour est mourant

L’espoir

Le jardin a longtemps cru

en un retour du printemps
sans passer par l’hiver.

Aucun feuillu ne s’est dépeuplé.

En passant par une floraison timide

il en est un qui a conçu des fruits

le poirier.

Le premier à comprendre fut le figuier

c’est que cette année exceptionnellement 

il avait produit à deux reprises

tellement de figues qu’il était fatigué.

Les autres se sont fiés à ceux qui jamais ne perdent 

toutes leurs feuilles en même temps

si bien que quand elles se renouvellent

on le remarque à peine.

Sur le poirier une dizaine de nouaisons

et un peu plus tard des poires rougeoyantes

parfaitement formées mais sur lesquelles

il n’y a presque rien à manger.

Un coeur autour de quelques pépins!

Que dire de ceux qui ne s’habituent pas!

Hier, la neige est tombée en quelques flocons 

sur une cime très éloignée

mais le vent a transmis la missive anonyme et froide .

Forêt

© Bertrand Elsacker

Dans la forêt d’eucalyptus il n’y a plus personne

quelques pins et leur broderies d’aiguilles 

un silence d’écorce et parfois quelques plumes

la cime sert de nid au milan

il miroite au soleil parmi mille feuilles

éclaboussées par le soleil

Aujourd’hui on entend la mer

filtrer la lumière

avant de se mélanger aux saveurs automnales

du maquis 

Héliophile

Bubble © Brian Bonham

Quelques billes de verre se heurtent les unes aux autres

celles que j’appelais oeil de chat

quelqu’un les égoutte entre les doigts

sur les troncs roucoule une source fantôme transformée en ombre

veloutée

un vulcain un machaon un flambé et quantité affolante de piérides de cuivrés d’azurés

La carte géographique

et puis celui qui est comme le plus petits des colibris

répondent chacun à l’appel ciblé d’un parfum

que dire d’elle

la seule qui à la nuit tombée choisit de se poser

ailes ouvertes sur l’incompréhensible transparence

d’une fenêtre fermée autour d’un soleil doux

apeuré 

nymphe nacrée teint de lune argentée elle 

choisit presque toujours la nuit pour apparaitre

L’ombrageux

Une Graminée

gravit le souffle frais

du vent avant l’orage 

l’ombrageux va agitant l’encolure

et des oliviers le plumage vert argent

à l’appel langoureux 

de la tourterelle éternellement 

seule et assoiffée de ciel 

un soleil solitaire sème 

nuages 

particules safranées

et ce qu’on retient des vagues

quand elles se sont dissipées

et qu’on se dit

ce grain de sable sous le regard

finalement

ce n’est pas si grave