Moutonnements

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La neige est sur les sommets 

Son haleine froide dévale les pentes 

Grelots autour du cou de celle qui mène le troupeau vers la pleine comme une nuée d’étourneaux 

Parfois on s’arrête pour brouter et fabriquer de la laine 

Parfois pour voir la mer 

S’enrouler aux nuages 

Se dire que le temps tel un chat s’étire et se lève en montrant les griffes et la souplesse de son humeur 

Repartir pour aller nulle part 

Être sur la mer neige écume 

Éclats  

manger ce qui est vert 

avoir toujours faim de dire qu’il est réconfortant d’entendre sa voix dans celle qui se répercute contre les parois rocheuses 

Sans jamais tomber dans la gorge d’un loup 

Libre

 

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Sa chevelure a pris de l’ampleur 

S’écoule sur les sentiers des rongeurs et des petits carnassiers

Sa chevelure d’aiguilles d’épines de fleurs de bruits 

Qu’étoffent les branches et les hampes

Ruissellements de résine et d’ambre jaune 

Fendillent l’écorce 

De l’olivier 

De l’acacia 

monte un parfum or une odeur de soleil mélangée au souvenir crucial de feuilles froissées 

Libre il a choisi de dormir et puis d’attendre et de rêver 

D’entendre quand cela lui chante 

L’infini ondoiement bleu 

De la mer Méditerranée

Crépusculaire

La nuit tombe 

les vagues s’efforcent 

De refléter les étoiles en éclats 

L’une d’elles 

Plus grosse porte la masse sombre 

D’un nuage 

Ailerons nageoire dorsale noirs

Écume ivoire 

Sur la plage pris dans les filets d’algues mortes 

Un rocher 

Échoué 

L’aube peut-être l’emportera 

Comme l’une 

De ces créatures que l’obscurité invente

Et oublie volontiers quand elle prétend qu’elle avance

Alors qu’elle est là pour dévorer 

Le temps 

Passereaux

Le ciel bleu incendié par les sifflements stridents
d’un étourneau et de son clan

l’olivier partage l’ombre
lueurs et obscurités s’écoulent
sur les troncs les silhouettes
simplifiées des oiseaux
arborent les reflets métalliques

du vert et du noir
se transformeront-ils en pommes de pin

la nuit vient 

Natrix natrix

Natrix natrix- couleuvre à collier-source image: ici

Une à une

Les gouttes glissent 

Du nuage à la mer 

De la mer à la larme

Lovée dans la vallée 

Lente procession de bruissements

Enroulée sur elle-même 

une couleuvre à collier observe 

Se délecte des derniers grammes de chaleur

s’échappant de la roche à la rose

de la rose à l’épine 

Goûte le bourdonnement lointain du romarin 

Du bout de la langue 

Lézard

Il est sorti de l’ombre 

le petit 

cœur dans la gorge 

est sur le point 

de regagner un espace secret 

Son cœur comme un caillou 

jeté au centre de soi

redevenu un remous  

bat dans la gorge 

On le voit 

Sous la peau abreuvée d’ombre soulagée 

par un peu de chaleur solaire 

Une pulsation demeure 

Écho halo 

Signature 

Fatal

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En ce jardin 

Plusieurs 

Celui peu silencieux des oiseaux 

Celui qui crépite qui ronge ou qui polit

Celui qui mousse et qui se laisse découper 

En ombres  en éclats en pétales 

Et puis il y a le jardin invisible souple qui se déploie sans un cri qu’on soit capable d’entendre

un jardin en soie 

Tendu entre les branches de l’arbre qui tente par son feuillage persistant de traduire inlassablement le soleil 

Tombons dans ce piège qui décrypte cartographie

La vie et ce qu’elle a d’imparable 

Monotone

elle se penche mais avant de boire
le courant d’air frais
elle sonde le monde
savoir si
il recèle quelque chat volant
quelques serres ou bec tranchant
quelques cris cruels

souvent elle se contente d’une seule
gorgée qu’elle emporte 

dans une mélopée que longtemps
à l’avance elle avait composée

en partant du silence qui inonde son coeur

et d’une saveur particulière
le fruit rouge du lentisque


Rien

Il n’y a rien
si ce n’est l’asphodèle
le bourdonnement de l’abeille
comme une flamme vacillante
au bout de la hampe fleurie

pour masquer les dénivelés
les failles les précipices
il y a la mousse des oxalis
la griffe minuscule de l’asparagus 

il n’y a rien 
si ce n’est la piste odorante 
du ciste de la bruyère de la salsepareille
rien l’empreinte d’un sabot à deux doigts
le grignotement du soleil par le bec d’un oiseau
rien juste les fruits de l’olivier
comme des milliers de pupilles 
qui ne vous regardent pas


rien et cet immense piège de lumière
d’ombres à la vie débordante
d’ombres troublantes tissant leurs sentiers
dans les ruisseaux
qui veut les suivre se perd
s’épuise se brise


Il n’y a rien et lorsqu’enfin je m’aperçois
que le chat me regarde
son hostilité sauvage
son caractère si peu apprivoisé
sont presque le réconfort que cherchait
mon errance maladroite