Univers

Sur mes rives imaginaires

les éternités pâlissent en formant des vagues

elles se répartissent comme des cartes

les parcelles du temps

En guise de mémoire et de toile

elles nouent et dénouent

les cheveux des astres

Vénus serait venue au monde

de mes paumes sauvages

comme un bourgeon ou un dard

L’espace de vos pensées a effacé

les traces de ma subtile odyssée

cratères d’astéroïdes géants

ou nids de petits pois

perles fossilisées ou nuées de mots

mon univers sera toujours verdoyant

Entendrez-vous encore son chant

comme un galop d’étoiles 

Tumulaire

On vous fait naître

avec une pierre tombale

lourdement posée au dessus de la tête

pour vivre et desceller

ce que vous êtes

défait de toute sentence brutale

il vous faut accompagner

les brumes et les fantômes

les pluies d’étoiles

braver les ombres qui serpentent

au fond de vous-même

et soulever l’équivoque

-Les Merveilles de la Vie-

Kunstformen der Natur, Ernst Haeckel-1899-1904

Chaque goutte comme une phrase

creuse un nouvel espace

profondément petit afin qu’un ciel

puisse y déposer sa pluie

chaque circonférence met fin

à la rigidité       à l’intolérance

le vide côtoie le plein sans feinte

la substance n’est plus une apparence

Tant de proximité ne soulagera pas

ma conscience d’être complètement

inutile

pour appréhender cette vérité singulière

elle tourne sur elle-même et se révèle être

si loin de l’infini

un gant

Pour pleurer

il ne me reste quelques pétales

pour être émue plus qu’une âme érodée

et comme un pont tendu entre deux extrémités

cette gigantesque toile d’araignée

mutilée ma volonté

Pour m’éblouir et oublier il ne me reste plus que cette valse sombre

faisant fondre le ciel pour en récolter tout le jus

elle répond

à la nuit venue

à ma solitude moite  à ces vaisseaux conquérants

Pourtant sous les volutes blanches

presque évaporé il me reste le silence

à porter

comme un gant