Transparaître

Keira Kolter, March 29 to May 27, 2011 (I look for light) (2008-09)

Je suis sans soupçon, comme si hier n’avait jamais existé, comme si demain n’avait plus à advenir. Comme si l’histoire, en moi, n’avait pu se frayer de chemin, disposer ses graines, planter ses craintes, troubler ma mémoire.

En moi, rien ou presque ne bouge, n’emmène. Je me contente de contenir, de me montrer clairement, de dévoiler.

Il faudrait laisser cette transparence couler de ma source et désaltérer votre esprit. Il faudrait pouvoir gagner mon silence, se complaire dans la contemplation muette de cette joie nouvelle et brillante : faire jour.

Il faudrait se déshabiller de soi-même, se défaire à jamais des ombres, perdre sa nuit, se transformer en vapeur, n’être plus qu’une idée.

Il faudrait être capable de ne plus tenir qu’à l’infini. Accepter la défaite du bruit. Quitter sa sphère, se dire qu’en ruminant sa vie à la poursuite d’un mot, d’un acte qui nous rendrait beau et grand et fort, on la perd. On s’oublie.

Je vous invite à habiter le ciel, à respirer comme les océans, à bouger comme le vent. Je vous invite à être l’évaporation de la pluie, à ne plus faire du temps votre ennemi.

Autour du vide

SpongeXenophorid

Autour du vide, il y a ma structure imaginée comme des phrases aléatoires. Autour du rien pour l’embellir, il y a ces calculs savants, ces formules magiques. Il y a le décomposable, la matière régénératrice, la vie et ses trajectoires.

Autour de ces bulles d’oxygène, il y a tous mes points comme une chaîne, comme un filet, comme une traîne. Des échelles où il faudrait que tu grimpes, des surfaces qu’il faudrait que tu explores, des idées qu’il faudrait que tu touches.

Une architecture mentale qui ne rogne rien à ton être. Son rythme semble copié sur celui des marées pourtant le rien et l’incroyablement petit ne subit pas de traction, ne comporte pas de contorsion. Il invite souplement comme dans un rêve à aller et venir en flottant. Il tourne sans étourdir, il contourne sans mentir.

Je pourrais être une boucle, un bijou, un tissu, une décoration ordinaire mais j’ai choisi avec la douceur d’associer ma grâce à la beauté et de me poser là, juste à côté de toi et de tes pensées.

Les éponges ont des capacités surprenantes que je ne soupçonnais pas.

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Le soleil marche dans l’herbe moite

les arbres ont des ailes et moi

j’ai le cœur qui boite

En verre

Soudain, il ne restait plus de moi que des fragments

et une entaille

un chapelet de mots autour de mes poignets

et ta main maintenant

se pourrait-il que tu aimes mes étranges diamants

et mes pétales de verre ?

Papillon

Mon livre serait un jardin qu’il suffirait de feuilleter. Enfantin, joyeux, il serait un émouvant arrangement de mots et de fleurs, la légèreté du baiser des papillons m’encerclerait et toi, tu serais ma seconde peau.

Ton rayonnement apposerait sa chaude caresse sur chaque phrase. Tu permettrais au silence de se faire le complice du soleil quand nous montrant midi de son doigt, il nous rend tous muets et béats.

Toi, ma belle, tu te chargerais de l’harmonie et de la Beauté. De la limpidité, aussi. Il suffirait de te voir pour boire et croire à l’infini.

On se refuserait à mûrir. Il n’y aurait plus d’équivoque, de zone grise mais de l’ombre pour reposer nos inquiétudes et nos regrets. On respirerait tes parfums et ceux de ces vents essoufflés par les mers trop agitées.

Notre plus belle lettre serait le Ô de l’émerveillement.

Chaque jour aurait sa page, chaque mot sa seconde. Mon livre serait le premier à ne rien renfermer, à ne rien enseigner. Il ne prendrait fin si toi, mon Amour, tu t’en fais le savant jardinier.

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Le silence de tes flots


les photos ont été trouvées ici

Si tu le veux bien je serai la première lettre qui naitra de ta bouche ensoleillée

je serai le mirage que les cieux assoiffés abandonneront

Le corps lassé des fausses chansons

je serais la perle émerveillée  la pupille triste de l’été.

Si tu le veux bien

je ferai tous les voyages consolerai les nuages

de ne pouvoir enlacer tes rivages

je cacherai les silences de tes flots

sur les ailerons des requins citrons

Je dirai aux voleurs de coraux

aux bateaux qui déchirent les eaux

que tu t’es dissolue que tu t’es évanouie entre les dents d’une prison.

Je raconterai aux enfants que ta nudité s’appelle liberté

que tu l’as recueillie dans le souffle

de ces coquillages miraculeux

qui imitent la mer lorsqu’elle est amoureuse

Je dirai que tu n’es qu’un ruban de sable un tissu de poussière

J’inventerai que tu n’es qu’un collier de rocailles tout à fait ordinaire

Seules mes caresses et mes rêves murmureront en secret : « elle est mon île »