Rien que pour toi

Il est un endroit où la lumière ne pleure pas,

où le cœur des gazelles ne tremblent pas,

les lèvres embrassent pour boire,

les corps s’enlacent pour se nourrir

et les larmes brillent du plaisir d’aimer.

Il est un endroit qui se retient de respirer lorsque tu n’y viens pas,

qui oublie de dormir lorsque tu soupires

Il est un endroit qui s’habille de fils d’or et de soie rien que pour toi.

 

 

Les portes battantes

 

Les portes battantes

les portes battantes ailes du phalène que tu fus autrefois

des couloirs s’écroulent

des secondes se disloquent

autour de toi

autour de toi

les portes battantes ailes lumineuses

de tes paupières qui tremblent

des phrases suffoquent

des mots te révoquent

les portes battantes les portes battantes

et derrière

le corps tentaculaire

d’un monde qui ne tient plus sa parole

un cul de sac

des écluses menteuses

des voies irrespirables

les portes battantes

tes veines bleues papillonnent un corps de marbre

la peur se noie

la peine s’écoule

à quoi ressemblera la victoire

après ce combat

les portes battantes les portes battantes les portes battantes

ton dernier vol

dans les couloirs de l’hôpital

dans l’aile réservée à la mort.

The fool

Tu marches sur les épines des incendies
à chaque fois que tu fais un pas
tu entends les chants et les milles cris
de la lumière et de ses petits

Tu as au fond de toi, dans le noir,
un trop minuscule cœur enfermé
dans la cage pour laquelle je n’ai pu
te donner la clef.

Tu dois avancer sur tes doigts, effleurer
le monde si vacillant, si inquiétant
que parfois on ne le comprend pas.

Tu as ce que d’autres n’ont pas
un œil si transparent et lucide,
un pétale flottant sur un océan bleu infini
ton embarcation fragile et gracile
contre tant de tourments.

Ta larme enfuie au plus profond d’un puits
comment pourrait-elle convaincre
les déserts, les ravins et les frontières ?

The fool on the hill—The Beatles

Sur le champ

 

Dans l’alignement            il est poussé des plantes grasses et odieuses

à la place du blé dans les plaies desséchées

on dirait les têtes

tombées

elles n’ont pas d’épines                  elles n’ont plus de peur

on leur a juste laissé   des tonnes et des tonnes

de pleures à remuer

 

sombre       molle      oubliée        la boue vous colle aux pieds

la terre meuble se dérobe                        le ciel se crispe

L’épine dorsale

Entre ces deux épines

ma soif          la faim

ma difficulté               d’être

*

entre      ces deux épines

la culpabilité     trace la certitude des rides

peut-être

*

Entre ces deux épines

ma rugosité

                  en souvenir des venins

peut apparaître

*

Entre ces deux épines

   mes jours

noués les uns aux autres

         les filets d’un piège

qu’il est désormais impossible

à défaire.

L’Ange exterminateur

Tu ne sais pas, ton innocence se baigne encore dans l’enfance. Tu crois que le mensonge s’habille des mêmes étoffes que les secrets qui serpentent sur les chemins de tes jeux. Tu es persuadé que la peine est la petite larme qui tremblote et coule malgré toi, jusqu’à tes lèvres. Tu crois qu’il n’est pas un cœur aussi noir que le tien, une âme aussi lâche que la tienne. Tu penses avoir commis les plus infâmes péchés en te prêtant à la fantaisie rieuse de tes rêves, en inventant de faux sortilèges pour rendre ton quotidien un peu plus miraculeux. Tu aimerais oublier les méchancetés inutiles et vulgaires des plus vieux.

Le Saint Livre des prières contient et explique à lui seul, la plupart des mystères. Il te dira, du moins tu le crois,  pourquoi c’est toujours aux enfants de se taire.

Il viendra ce jour, où tu seras assez grand pour comprendre pourquoi l’un mange à sa faim et l’autre la terre. Il viendra ce jour qui te rendra la lumière, il viendra ce moment où l’Absolu Silence te parlera et éclaircira ta voie. Tu crois que Dieu est bon, qu’Il ne répond qu’aux souhaits des justes, des purs, des nobles et que s’Il ne t’entend, c’est sûrement de ta faute.Tu le crois. Tu crois que ta vie ne vaut rien.

Tu ne sais pas que Ses anges chevauchent les dragons qui crachent les feux de la haine, en distribuant les faveurs aux plus forts, aux plus riches, aux plus gras. Tu ne sais pas que les dés sont pipés et que Jésus est un adulte comme les autres, il ne joue plus. Ou alors seulement à duper les foules pour qu’elles se taisent et deviennent des troupeaux. Il faut qu’on aie peur.

Tu ne devines pas tout ce qu’attribue le pouvoir, sans poser de conditions, à tous ceux qui édictent les lois. Le mal, pour toi,  ne va pas plus loin que ce doux désir caché au fond de ton ventre, qu’on transforme en venin alors qu’il est plus vrai que nature. Tu n’imagines pas qu’On se moque de toi, qu’On manipule l’Amour pour en faire un vice, la nudité, une plaie qu’il faut cacher.

Tu ne soupçonnes rien, ni personne. Tu ne te figures pas qu’on puisse faire honte à tes désirs, en les transformant en concupiscence et dégénérescence.

Tu ne conçois qu’un monde rond et lisse, comme le font les enfants. Les hosannas murmurées tous les soirs, à la petite chapelle que forment tes deux mains jointes, trouvent la voie des cieux et celle du Seigneur, tu en es absolument certain. Tu n’imagines pas, un seul instant, que Ses Anges soient des exterminateurs.

C’est aussi un film de Luis Bunuel et ça de James Ensor

Ô

King Kong

Papa meurt et ma mère se remet à bouffer les morceaux de mon cœur. Papa meurt, papa mange sa mort à la petite cuillère. Très lentement, on la lui sert le matin, le midi et le soir. Aux moments des soins, on lui dit de se taire. Ma mère a toujours à sa main les bagues dont elle est si fière. Aux moments des repas, avant et après, elle boit et lacère. Elle compte.

La nuit, un singe géant vient griffer papa et lui briser les os et l’espoir en criant : «mange, il y en a encore! ». Le jour, des anges blancs aux ongles pointus et munis de lances le charrient, le piquent inutilement. Il mendie d’un petit bout de la voix : « est-ce que c’est fini ? » Un dragon ivre de haine et de turpitude surgit : « où as-tu mis les titres, mon chéri ?»

Le silence appuie sur ses mains pour les faire trembler, la fièvre se donne du mal pour le faire avouer. Non, il ne cède pas, il meurt droit et juste, sans accuser personne, pas même la fatalité. La mort lui a déjà enlevé les yeux mais pas le regard, on lui a prit son rêve mais pas sa mémoire. Papa a de la veine, on lui a rendu sa conscience après l’avoir malaxée et mixée à la peine.

Ma mère se remet aux alcools et aux vins, elle se remet à tricoter pour mon frère, les mailles qui ne lui conviennent pas et lui font mal et le broient. Papa boit sa mort goutte par goutte et pas à pas. Les ogres l’entourent et pas un seul n’a le courage de regarder ses entrailles qui s’ouvrent. Manger son trésor, celui qu’il a dans ses coffres sans clefs. Pas un seul n’écoute le torrent précieux qui perle à ses joues, et brille dans ses dernières paroles.

Papa est un livre qui en contient plus de cent, il en est à la dernière page, personne ne veut connaitre la fin. Il divague. Pourtant, j’entends bien portant mon oreille à sa bouche : « qu’ils prennent tout! Qu’est-ce qu’ils attendent ? Que je sois pourri ! ».

Sa caravelle est prête et tendue de voiles. Il les a toutes tissées de mille feux, de bleu et d’amour. Il voit souvent la mort qui ouvre la porte, il est patient, il attend. Elle vient toujours habillée pareille : veste blanche et stéthoscope autour du cou.

La mort a l’apparence humaine d’un pantin qui rigole : « pas maintenant » Elle fait en sorte que la roue soit ronde et que le manège tourne. À coups d’aiguilles dans les bras, à coups de pied au derrière, on lui fait regretter, à mon papa, d’avoir été assez con pour faire confiance à une conne, maman.

Je t’attends

La nuit est veloutée, elle est dans le ciel comme un chat. Elle rode, elle bouge lentement comme si elle cherchait sa proie. Regarde-moi, qu’ais-je donc fait pour que tu ne me parles pas? Suis-je donc si laid, si pauvre, si maladroit?

Je me ferai cette eau tranquille, apprends-moi. J’épouserai les gestes qui ne parlent que toi. Montre-moi, mon Amour. Je ne sais qu’embrasser tes pas. Perdre le jour et creuser le néant. Dépose devant tous ces yeux avides ce qui n’appartient qu’à toi. Un tapis d’étoiles venu d’orient? La pluie saupoudrée de tes rires? Les idées qui te parent bien mieux que le plus bel argent? Laisse-moi ruisseler sur ta peau, attendre à l’infini qu’on puisse trouver quelque chose d’encore plus Beau. Marche autour de moi comme un couguar, dérobe mes rêves, dénude-moi. Je t’attends.