La mousse entre les pierres glisse
ainsi qu’une limace
l’abeille sauvage découvre un trésor
qu’elle partage avec d’autres abeilles
encore plus sauvages
les perles sombres du raisin
sur le point de fermenter
veillent à préserver leur éclat.
Immaculée
Un cheval
Sa robe
Blanche comme le jade
Son œil que souligne l’encre de Chine
Ses reflets profonds d’argent
Lui donnent des allures de nuage
Mais c’est un cheval
On peut lui toucher le garrot l’épaule le ventre les jambes
On peut effleurer les crins de la queue et ceux légers de la crinière
Lui caresser le front le nez les lèvres
Doucement
On peut poser la tête sur son encolure écouter le cœur battre
L’air quand il passe par les naseaux
On peut le laisser libre ne rien lui dire
Laisser la brume brouter l’herbe presque bleue dans l’espoir qu’elle devienne
Un cheval
Au pas
Un poète est mort
Et il est dit qu’il aimait écrire
Au rythme d’un cheval
Au pas
En quatre temps
Et j’imagine les phrases
Celle qui tend l’encolure et avance le pied droit
Celle qui rejoint l’empreinte de la première
Celle qui soulève la hanche ondule le dos
Celle qui arrondit souplement l’ensemble
Partager le temps d’une telle façon
est plus complexe qu’il n’y paraît
car l’on ne compte pas les syllabes
on ne chante guère
Les virgules les points sont absents
ou ne figurent dans le texte que dans la phase finale
qui clôture le poème
le remet au pré
ou l’oublie à l’écurie.
De l’autre côté du mur

Toi tu t’arranges
Pour alterner les essences les fleurs les plantes
Tu veilles à ce que les graines sauvages s’implantent que micro organismes racines spores se lient secrètement d’amitié
Tu aimes chaque insecte reptile volatile
Tous les sauriens
Mais de l’autre côté du mur
on répand la terreur
on lâche les chiens
on tue et tu n’y peux rien
Milvus milvus

Un milan
Comme tenu au lasso par le soleil
Glisse dans le ciel
Je l’appelle d’un sifflement qui ressemble au sien
J’aime qu’il me prête durant quelques secondes
Sa divine attention
Son regard plonge vers le mien
Sans animosité
Quelle sera la question à laquelle
Il accordera une réponse simple sans équivoque
Ses considérations déplaisent à tellement d’humains
Pourtant il revient même si mon monde n’est point au centre de ses circonvolutions
et qu’il ne tourne finalement autour d’aucun axe
Trois chats (suite)

Le gecko
Quelqu’un l’a déposé sur le pas de la porte
Dans un doux miaulement
Il est encore vivant
De ma paume vers la feuille je le guide
Il fait nuit il voit mieux que moi
Il ne veut pas il fait froid
L’endroit ne lui convient pas
Finalement il se décide pour une paroi
Où il aura la tête en bas
Il me regarde m’évanouir dans le halo de la lampe
Je pense à sa détermination à la beauté du système qui lui permet d’adhérer au monde
Parfois
Le vent s’exprime d’une main tremblante
Un papillon
Il incise
Un grillon
Il pleure et s’évanouit
Un oiseau et un pétale
Il choisit de se taire
La mer
Le soleil
Coulisse sur l’une des branches
Qui a considérablement poussé
L’été passé
Comment répondre se demande le jeune arbre
Tu es un prunier le rassure
L’amandier
Aujourd’hui
On
Ne peut regarder
Que la mer
Elle semble s’absenter
Le temps de se défaire
D’une vague et surtout de son écume
Aujourd’hui pas un seul mot
Pour le vent
Pour le jardin
Pas une appellation pour le ciel
La mer murée dans la grisaille
Comme quelqu’un qui a perdu
Patience
Entre les tiges les branches
Les fleurs les feuilles
La lumière ondule
Une couleuvre
L’ombre miroite au gré
D’un souffle tellement plus
Léger que celui que nous
Envoie le soleil
Sans mot
Soudainement la source sort du sol
sa voie vivifie les mousses les fougères
elle va de par le bois
sous manteau de feuilles fauves caressant sables
et cailloux
les lichens enluminures du livre qu’elle lit
entre les masses granitiques bleuissent
Effraie
Sur l’épaule le mot
Grinçant d’une petite peur d’enfant
La course d’un rongeur sur la poutre du toit et dehors le roucoulement langoureux
De la tourterelle sa solitude permanente
Que le vol n’efface pas
Tu cherches quoi
L’outil qui ne sera pas à sa place
Tu vas vers l’obscurité ignorant que les dieux te regardent se demandent si
Ce n’est pas le temps que tu perds tout le temps
Tu vas le petit poids de peur n’est plus là
Il vient de s’évaporer tel un ange
Vers le ciel tu vois son plumage
Devenir un nuage


