Immuable

La mousse entre les pierres glisse
ainsi qu’une limace
l’abeille sauvage découvre un trésor
qu’elle partage avec d’autres abeilles
encore plus sauvages
les perles sombres du raisin
sur le point de fermenter
veillent à préserver leur éclat.

Un cheval

Sa robe 

Blanche comme le jade

Son œil que souligne l’encre de Chine 

Ses reflets profonds d’argent 

Lui donnent des allures de nuage 

Mais c’est un cheval 

On peut lui toucher le garrot l’épaule le ventre les jambes 

On peut effleurer les crins de la queue et ceux légers de la crinière 

Lui caresser le front le nez les lèvres 

Doucement 

On peut poser la tête sur son encolure écouter le cœur battre 

L’air quand il passe par les naseaux 

On peut le laisser libre ne rien lui dire 

Laisser la brume brouter l’herbe presque bleue dans l’espoir qu’elle devienne 

Un cheval 

Au pas

Un poète est mort 

Et il est dit qu’il aimait écrire 

Au rythme d’un cheval 

Au pas 

En quatre temps 

Et j’imagine les phrases 

Celle qui tend l’encolure et avance le pied droit

Celle qui rejoint l’empreinte de la première

Celle qui soulève la hanche ondule le dos

Celle qui arrondit souplement l’ensemble

Partager le temps d’une telle façon

est plus complexe qu’il n’y paraît 

car l’on ne compte pas les syllabes

on ne chante guère

Les virgules les points sont absents

ou ne figurent dans le texte que dans la phase finale

qui clôture le poème

le remet au pré

ou l’oublie à l’écurie.

De l’autre côté du mur

Msturmel, Public domain, via Wikimedia Commons- Arbuscular mycorrhiza seen under microscope.

Toi tu t’arranges 

Pour alterner  les essences les fleurs les plantes

Tu veilles à ce que les graines sauvages s’implantent que micro organismes racines spores se lient secrètement d’amitié 

Tu aimes chaque insecte reptile volatile
Tous les sauriens  

Mais de l’autre côté du mur 

on répand la terreur

on lâche les chiens

on tue et tu n’y peux rien 

Milvus milvus

Hansueli Krapf, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

Un milan

Comme tenu au lasso par le soleil 

Glisse dans le ciel 

Je l’appelle d’un sifflement qui ressemble au sien 

J’aime qu’il me prête durant quelques secondes

Sa divine attention

Son regard plonge vers le mien

Sans animosité 

Quelle sera la question à laquelle 

Il accordera une réponse simple sans équivoque 

Ses considérations déplaisent à tellement d’humains 

Pourtant il revient même si mon monde n’est point au centre de ses circonvolutions

et qu’il ne tourne finalement autour d’aucun axe 

Trois chats (suite)

©cc

Le gecko 

Quelqu’un l’a déposé sur le pas de la porte 

Dans un doux miaulement 

Il est encore vivant 

De ma paume vers la feuille je le guide 

Il fait nuit il voit mieux que moi 

Il ne veut pas il fait froid 

L’endroit ne lui convient pas 

Finalement il se décide pour une paroi

Où il aura la tête en bas

Il me regarde m’évanouir dans le halo de la lampe 

Je pense à sa détermination à la beauté du système qui lui permet d’adhérer au monde 

Parfois

Le vent s’exprime d’une main tremblante 

Un papillon 

Il incise 

Un grillon

Il pleure et s’évanouit 

Un oiseau et un pétale 

Il choisit de se taire 

La mer 


Le soleil 

Coulisse sur l’une des branches 

Qui a considérablement poussé 

L’été passé 

Comment répondre se demande le jeune arbre

Tu es un prunier le rassure 

L’amandier 


Aujourd’hui 

On

Ne peut regarder 

Que la mer 

Elle semble s’absenter 

Le temps de se défaire 

D’une vague et surtout de son écume 

Aujourd’hui pas un seul mot 

Pour le vent 

Pour le jardin 

Pas une appellation pour le ciel

La mer murée dans la grisaille 

Comme quelqu’un qui a perdu 

Patience 


Entre les tiges les branches 

Les fleurs les feuilles 

La lumière ondule 

Une couleuvre 

L’ombre miroite au gré 

D’un souffle tellement plus 

Léger que celui que nous 

Envoie le soleil 


Effraie

© Randy Langstraat | Adventure Blog | Rock Art Blog

Sur l’épaule le mot 

Grinçant d’une petite peur d’enfant 

La course d’un rongeur sur la poutre du toit et dehors le roucoulement langoureux 

De la tourterelle sa solitude permanente 

Que le vol n’efface pas 

Tu cherches quoi 

L’outil qui ne sera pas à sa place 

Tu vas vers l’obscurité ignorant que les dieux te regardent se demandent si

Ce n’est pas le temps que tu perds tout le temps 

Tu vas le petit poids de peur n’est plus là

Il vient de s’évaporer tel un ange 

Vers le ciel tu vois son plumage 

Devenir un nuage