Existence

Gold Butte National Monument @Desert Hiker Gal via Flickr


Souvent je tombe 

L’horlogerie de mon cœur s’arrête 

Brièvement 

Mon esprit devient un chiffon 

Je tombe 

« Par horlogerie de mon cœur « , j’entends: « la conscience » et son mécanisme complexe
de secondes qui glissent les unes sur les autres
avec la conséquence de plus en plus contraignante
d’être

d’être rien 

Je tombe et je me relève 

Alourdie d’un poids minuscule
lézardée

faillante 

La secousse 

Était-elle celle 

Du monstre marin dont la crête ressemble à ce rocher qui effraie les vagues 

Était-ce son réveil ou la chute brutale 

D’une étoile en mer 

Quelque part entre terre et abîme 

Inaccessible aux mortels 

À ceux dont le rêve s’est arrêté de grandir

Était-elle la première étincelle 

qui met le feu aux vagues

Jusqu’à ce qu’elles rugissent pour 

Atteindre cet endroit où autrefois 

L’humanité plaçait son âme 

Était-elle solidement ancrée dans le 

Cri de celui qui crève 

Et qu’on refuse pertinemment d’écouter 

Cette chose imperceptible qu’on appelle poème 

Aux dernières nouvelles mais ils n’en sont pas certains l’objet volait à 600km/s avant de s’abîmer 

Au large au loin 

Juste avant d’atteindre l’atmosphère de la planète que nous occupons

Sans la moindre réserve.

Air

Les Cyprès, tableau de Vincent van Gogh – Metropolitan Museum of Art

Pour ponctuer

Le ciel il y avait son chant

Son cyprès roucoulant verts

L’infini répondait depuis un pin

Lointain l’écho amoureux devenait 

Insaisissable 

Le monde si près d’être sa

Mélodie mélancolique et non plus 

Méprisable 

L’arbre s’est rendu 

Malade

À abattre 

Le chant cherche une mélancolie 

À habiter proche si possible 

De l’infini 

Cheval


Il s’est allongé 

Dans cette flaque de poussières

S’est aperçu qu’il était aussi luisant

Que l’une d’elles 

A posé son encolure dans l’ombre pour ensuite relever la tête 

Et regarder le jour lentement couler 

Sur sa croupe

Lorsqu’il s’est suffisamment senti 

enduit de lumière 

Il s’est levé est parti paisiblement 

Trois chats

Le premier semble noir mais
son pelage est plein de nuances grises
et acajou

Le deuxième est tigré robuste
et doux

Le troisième a les yeux en amande
le bout des pattes blanc
quelques coussinets roses

Les trois chats dorment en ronronnant
occupant leurs places respectives


Chacun a la plus grande considération
pour la liberté
de l’autre
même si elle est exigeante

Les trois chats comme des points sur les i
chacun son île et
son réservoir de silences rempli

Et plus seulement

Faune de la Sénégambie /. Paris :O. Doin,1883-1887.. biodiversitylibrary.org/page/34755805

Et soudain les rémiges
et toutes les autres plumes
de son corps
se sont mise à boire la lumière

En se réfugiant à l’ombre
d’une feuille elle
en a pris conscience

presque transparente
son coeur telle une bille de verre
a roulé parmi ses artères et celles du ciel

un chant est sorti de sa gorge
et plus seulement
ce sifflement
qui hèle le soleil

Fantomatique

L’épicier derrière son comptoir
détermine selon les poids aléatoires
des légumes posés sur sa balance
le nombre de pièces qu’il va falloir
sortir de sa poche si l’on veut emporter
avec soi les quelques astres qui nous nourriront
longtemps de leurs saveurs et lumières

Et moi devant l’étal je contemple
les oranges et les citrons et me demande
comme dans un rêve déformant la réalité
lesquels sont intriqués
me suffit-il simplement de regarder
quelle face me montrera le dé
pour comprendre qu’un fantôme
vient de me frôler l’odeur de l’ombre
où dorment fruits et légumes particulièrement
soignés depuis cette éternité et alignés
dans un ordre qui ne laisse rien au hasard

À un chat,

Yellow Cedar, Paper: 23” x 23”Image: 16 5/8” x 16 7/8”, 2012
 ©  Bryan Nash Gill

Bryan Nash Gill: visitez son site


L’arbre ruisselle 

Jusqu’à son ombre 

Et là sur les pages imprimées du livre 

Propose une nouvelle lecture 

Éclats de rivières dans une gorge sèche 

Fourmillements sombres de l’été 

Assoiffé 

Ronronnement de la roche agacée 

Il sait grâce à son écriture racinaire 

D’il y a plusieurs milliers d’années 

Il n’est pas 

Simplement 

Un arbre attelé à la fabrique des planètes 

Instinctivement la sève devient fontaine 

Sombre et claire 

De l’absence 

De matière 

Son rêve fredonne au delà du mot

Plus lentement tellement que le geste 

Soudain sur son tronc en pente directe vers le ciel le corps souple et noir d’une panthère appose 

Ce qui ressemble à une phrase 

Cormoran

Walther KLEMM (1883 – 1957): Cormorants
Woodblock Print, signed, 1912, numbered 31/40, 29 x 15 cm

Regarder la mer 

Un cormoran sur un rocher 

Absorbe la chaleur comme les paroles 

D’un conte ou d’une incantation 

Songe à l’instant 

Où il redeviendra vague 

À la crête sa tête 

On le verra peut-être 

En dragon 

Regarder la mer 

Immerger son regard

Se soustraire de son corps 

Oublier son plumage d’une noirceur nocturne

Se lier aux inflorescences des flots

Oublier qu’il faut être 

Regardée la mer

S’efface dans ses propres reflets

Caresse les rugosités des rivages

Plonge évapore l’effort 

Un cormoran drageonne