Stigmates

Jeri Eisenberg – ‘Loon Lake, No. 4’ – Kathryn Markel Fine Arts

Le ciel se laisse porter par les ramures lasses

des arbres il nage entre les troncs

jusqu’à la fin de l’horizon

le ciel porte les stigmates

du vent comme nos visages les rides

demain la brume qui habite mon regard

et peuple chacun de mes gestes par de petites larmes

se sera dissipée ou aura

retrouvé sa place dans le canal

Manuscrit

Cui Fei, Manuscript of Nature

 

Les lettres sont sur mes pages

comme des petits points de suture

 

qu’est-ce que les plaies ainsi cachées

peuvent bien avoir à dire de moi

 

 

Je suis morcelée j’ai voulu observer et comprendre

tous les visages de l’homme

j’ai parcouru le regard vide l’âme lasse

toutes les rides rendues à la vie sauvage

par les jours de débâcle et par les heures où de la vie

il ne reste plus que la bave.

 

Atonie

Hendrick Goltzius Monkey on a chain, seated. circa 1597. Chalk on paper. 40.6 × 30 cm (16 × 11.8 in). Amsterdam, Rijksmuseum Amsterdam.

Mon angoisse est insoluble je le sais bien

car les murmures inaudibles

et les non-dits des êtres humains

les yeux qui coulissent si près des paupières

forment autour de moi

comme un corset à la manière

de l’araignée autour de sa proie.

Victoire

Ghosts among us by IrenaS on Flickr.

÷

La spirale brumeuse de tes idées

serpente et s’échappe

peu à peu

comme les nuages en écharpe

qui tournent dans les cieux

et emballent les sommets

enneigés des montagnes

en mourant elle

révèle les rêves perdus

et oubliés d’un autre bout du monde

elle tremble comme une dernière flamme

en lambeaux

petite tempête de sable elle s’érode en rampant

que sont devenus les galops de tes plus fougueux coursiers

les tapotements des doigts

à la surface d’un lac de pierres

vertes

te rappellent péniblement que la course

n’ a pas de vraie victoire.