

Sur sa joue
Mon baiser s’est posé
Il a gagné en profondeur
Pour atteindre cet endroit où
Un miroir d’un étrange éclat
Le renvoyait vers moi
Comme si l’importance d’un baiser était
Seulement d’être
Réfléchi
À la cime des tilleuls
La lumière dort
Elle a accordé sa respiration
À celle des arbres
Les roses grimpent le long
De la façade
En silence
Dans un geste parfumé
Leș pelleteuses détruisent tous les trottoirs de l’avenue
Pour supprimer les bancs
Qui permettaient aux passants
De se reposer un instant
À la place et de manière disproportionnée
Une injonction à ne jamais rester
Pour rêver
Sa robe
Blanche comme le jade
Son œil que souligne l’encre de Chine
Ses reflets profonds d’argent
Lui donnent des allures de nuage
Mais c’est un cheval
On peut lui toucher le garrot l’épaule le ventre les jambes
On peut effleurer les crins de la queue et ceux légers de la crinière
Lui caresser le front le nez les lèvres
Doucement
On peut poser la tête sur son encolure écouter le cœur battre
L’air quand il passe par les naseaux
On peut le laisser libre ne rien lui dire
Laisser la brume brouter l’herbe presque bleue dans l’espoir qu’elle devienne
Un cheval
Dans la partie visible du jardin
la pluie comme une rose la pluie effleure
les branches les feuilles les flaques et transforme
en vagues les nuages en mer le ciel
dans la partie visible du jardin
surgit le merle suivi du rouge-gorge
ils ne s’exposent plus à être des feuilles mortes
coulissant parmi les ombres
on les voit
on se surprend à les voir
disparaître
la part visible du jardin est infime
on ne la devine même pas
on espère qu’elle sera toujours là
indifférente
comme l’un de nos principes
d’harmonie ou d’ingérence

La neige est sur les sommets
Son haleine froide dévale les pentes
Grelots autour du cou de celle qui mène le troupeau vers la pleine comme une nuée d’étourneaux
Parfois on s’arrête pour brouter et fabriquer de la laine
Parfois pour voir la mer
S’enrouler aux nuages
Se dire que le temps tel un chat s’étire et se lève en montrant les griffes et la souplesse de son humeur
Repartir pour aller nulle part
Être sur la mer neige écume
Éclats
manger ce qui est vert
avoir toujours faim de dire qu’il est réconfortant d’entendre sa voix dans celle qui se répercute contre les parois rocheuses
Sans jamais tomber dans la gorge d’un loup
Quand tu te déplaces
le silence met dans chacun de tes pas
l’une de ses plus belles larmes
une onde et puis
encore quelques autres
répondent à celles provoquées
par un sourire
coulent sur l’épaule
marquent la robe
signifient peut-être qu’au-delà
du sommeil et de probables songes
s’élabore tout ce qui fait
un chat
Une à une
Les gouttes glissent
Du nuage à la mer
De la mer à la larme
Lovée dans la vallée
Lente procession de bruissements
Enroulée sur elle-même
une couleuvre à collier observe
Se délecte des derniers grammes de chaleur
s’échappant de la roche à la rose
de la rose à l’épine
Goûte le bourdonnement lointain du romarin
Du bout de la langue
hier mon cheval
entendait dans les voix du vent
l’affolement incendiaire de l’horizon
ce qui crépitait dans chaque buisson
l’épine ou l’aileron des vagues
sous son pas le rocher grince et la plage s’efface
il aime tant frôler les roseaux
éprouver la feuille frontière entre estuaire ou marécages
lorsque l’eau du ruisseau mousse
jusqu’à l’épaule ou caresse le ventre
Hier mon cheval crinière d’encre folie entre
Les deux oreilles et dans les jambes le galop et la ruade
touchait du bout des lèvres l’immortelle et son parfum sauvage
La mer colorait ses crins sa robe scintillait comme le sel ou l’étoile qu’il a dans le regard
Il est sorti de l’ombre
le petit
cœur dans la gorge
est sur le point
de regagner un espace secret
Son cœur comme un caillou
jeté au centre de soi
redevenu un remous
bat dans la gorge
On le voit
Sous la peau abreuvée d’ombre soulagée
par un peu de chaleur solaire
Une pulsation demeure
Écho halo
Signature
En ce jardin
Plusieurs
Celui peu silencieux des oiseaux
Celui qui crépite qui ronge ou qui polit
Celui qui mousse et qui se laisse découper
En ombres en éclats en pétales
Et puis il y a le jardin invisible souple qui se déploie sans un cri qu’on soit capable d’entendre
un jardin en soie
Tendu entre les branches de l’arbre qui tente par son feuillage persistant de traduire inlassablement le soleil
Tombons dans ce piège qui décrypte cartographie
La vie et ce qu’elle a d’imparable