Chère perle fine,

 

Sous le sourire complice de la lune, tu as trouvé ton jour. Par je ne sais quel miracle, tu es là, déposée dans un écrin de nacre. On ne te trouve pas, tu te découvres pas à pas. Si tu ne vois le jour jeune et beau se dérouler sur ta peau, tu meurs. Si on veut t’embobiner, tu t’encours en riant.

Tu ne ressembles guère à toutes ses pierres qu’il faut tailler et astiquer pour qu’elles se mettent à plaire. L’aube vient se lover dans tes rondeurs pour y trouver la complice pour s’amuser. Sur tes coussins de soie, regarde, même la mort n’a plus faim.

Tu ne seras jamais terne, tu ne prendras jamais aucune ride et ta beauté ne te sera jamais spoliée par quelques laides pieuvres ou avides tricheurs.

Ton hippocampe

Écarlate,

Que le ciel éclate, qu’il se fasse poignarder dans mon dos, que le vent se mette à danser sur les places, que la pluie se défasse de ses cordes en fouettant ses chevaux, que la foule dégouline furtivement  jusqu’aux bouches béantes des métros, plus rien désormais ne m’atteint. Je suis là, contre toi, dans tes bras.

Nous accordons nos respirations, nous nous effleurons de baisers et nous dévorons de caresses. Mon cœur près du tien devient écarlate. La porte de notre chambre est fermée, les bruits de la rue se sont retirés. Au monde, il n’y a plus que toi et moi, fondus l’un à l’autre. Je cueille en toi le raffinement des plus belles dentelles de la Beauté. Il n’existe pas d’autre vérité que nos corps gorgés de désir.

Rousse

La prochaine fois que vous préparerez votre caramel pour votre dessert préféré, n’attendez pas que le sucre devient roux. Ce mot, ses déclinaisons, les images et toutes ses saveurs qu’il suscite ont été retiré des dictionnaires. Il n’a désormais plus de signification vulgaire et n’évoque plus l’ordinaire. Il ne flotte plus entre deux teintes, n’hésite plus à être un parfum. Il est enfin, devenu précis unique, majestueux et discret, évident, transcendant.

Il ne trouve plus sa voix dans les couleurs des vieilles saisons, sur la feuille lasse de l’été, sur le dos d’un renard ou d’un écureuil furtif, dans l’œil d’un quelconque félin, d’une andalouse ou d’un singe plus malin. Il ne se promène plus aux cimes des arbres qui touchent les cieux, il ne se cache plus dans les vœux secrets de l’hiver, dans la poche de l’été, sur la terre en colère. Il ne goûte plus le miel, ne ressemble plus au chocolat. Ne se parfume plus à la vanille. Il n’est pas l’hongre alezan qui conquit jadis avec vous les ombres harassantes. Il n’est plus ce qui vous servait de sac, de fouet ou d’habit.

Roux, c’est le grain de peau infusé de science et d’amour. Rousse c’est la perle savante que vous ignorez tous et dont les sœurs jalouses constellent autour de son cou. Rousse, désormais désigne la Beauté confié par le soleil à celle que j’aime.

Vous pouvez toujours utiliser librement tous les autres noms et adjectifs : poil de carotte, orangé, blond, aubrun, rutilant, rouille, roussâtre, rouge, fauve, rouquemoute, queue-de-vache, rubigineux, rousseau et j’en passe…

incertitude

L’incertitude est mon amie, elle habite à côté de chez moi et s’habille de ces tissus qui ne se déchirent pas et qui sont transparents. Elle ne crie pas, elle ne parle presque pas. Elle fredonne, chuchote et marche sans faire de bruit comme les chats.

Lorsque le soleil m’offre son plus large sourire sur son plateau d’argent, l’incertitude me tire par le bras pour me montrer la surprise que je n’apprécierai pas : une lumière qui balbutie, une idée détricotée ou une humeur renfrognée. L’incertitude ne connait pas de loi, ne reconnait aucune règle et fait tout de travers. Elle oublie tous les secrets qu’on lui confie, ne sait nouer aucun lacet et défait les promesses.

Il lui arrive parfois de jeter des petites pierres aux gens fiers et qui ne s’arrêtent pas, même pas pour se demander pourquoi ils avancent et se rangent. Il arrive qu’on lui crache à la figure en haussant les épaules : « j’en suis sûr, c’est comme ça et jamais autrement ! » L’incertitude rit, elle est joyeuse ou boudeuse, taquine ou mesquine.

Elle clignote sur l’arbre de noël, sur le réveil au quel on a coupé la vitalité. Elle se tient souvent sur le bout de la langue, dans l’exception, dans le défaut de construction. Elle est le mm qui vous manque, la nanoseconde de trop, le dernier chiffre après la virgule. L’incertitude nargue le monde. Ils n’y a que les imbéciles qui disent qu’elle n’existe pas et qu’on la réduira.

L’incertitude est petite ou géante mais jamais vraiment méchante. C’est une grande rêveuse.

Comme la mouche

De cette écriture animale et minuscule, j’avance à pas de papillon. Trait après trait. Mes idées me viennent comme les ondes laissées par les gouttes sur les eaux trop tranquilles. Me  faudrait-il joindre vos points qui se poursuivent selon n’importe quelle logique ? Que me faut-il comprendre, qu’à jamais je ne puis être comme vous, lisse et habile ? Je ne m’installerai certes jamais, aux tables de vos fêtes bruyantes où l’on espère sans gêne que cela plaise aux poissons comme aux mouches.

Mes lettres se penchent aux bouts de mes phrases comme aux bords des précipices. Laissez-moi donc me répandre à la dérive ou me pendre à votre lèvre. Chaque pas de mot, chaque signe de lettre, simple ou petit m’entraine à être moi-même. Vous n’y comprendriez rien.

Mes pensées hésitent et avancent comme les crabes. Elles se cognent indéfiniment et bourdonnent aveuglées par la clarté de vos libertés qui ne peuvent les abreuver. Me croyez-vous aveugle parce que je ne vous réponds pas ? Moi, je vous crois sans cœur parce que vous ne me voyez pas.

Vos allusions résonnent comme les bottes des soldats. J’attendrai que votre fier défilé soit passé et se soit lassé d’être si horriblement lui-même. À votre première larme, je me laisserai glisser sur votre page. Je me ferai rivière, onde passagère, vent frisquet. Je n’assassinerai pas l’autre d’un point car je sais que tout être n’est pas ce qu’il parait. Il se cache en deçà. Toute pensée reste à jamais insatisfaite, inaccomplie.

Mon écriture bave derrière mon nom, elle avance en grignotant. Je resterai en grande partie complètement illisible.