Collé à ma peau

Je me hais. Je ne sais pas quoi faire de ces bras, ils me pendent le long du corps comme les lacets défaits d’une vieille paire de chaussure. Je me trouve laid. C’est pour ça que j’évite les regards en me tordant les doigts. Je vois bien que je ne trouve ma place nulle part, que je suis maladroit. Mes gestes, mes mots sont comme ce corps qui me sert de capsule, sans aucune mesure. C’est difficile de savoir.

Bien souvent, mes pensées sont tellement minuscules, perdues parmi la foule de détails qui flottent autour des choses qu’ils évoquent si vaguement, que je ne trouve rien à répondre aux gens, rien à leur dire. Je me calfeutre dans le silence. J’évite les endroits où je ne peux les éviter.

Et puis, c’est fou comme les gens puent. Ils puent dans les bus, dans les gares, dans les rames de métro, ils puent dans les ascenseurs. Ils puent derrière leurs bureaux.

J’attends le bus et soudain, je ne vois plus que cet incendie de feuilles à la cime des arbres. Les bruits de la ville grouillent comme des fourmis sur mes bras, dans mon ventre. Je prends peur. Tout est comme si soudain, j’étais devenu une feuille. J’ai peur de me mettre à vaciller ou de me faire toucher par le dos d’un inconnu. J’ai peur de me faire violer la cervelle par un cri ou une horreur de phrase qui vous regarde en pleine face avec des yeux comme des phares. Alors, je pars. Je marche le long du chemin de fer. Je ne sens plus le froid, je me moque de la pluie. Je me moque d’être devenu friable. Je marche en me disant que c’est le moment. Je regarde derrière moi. Partout, la pluie crépite. Partout, la nuit progresse. Un peu plus loin, je me décide et me jette dans le vide happé par le bruit d’un train. Lorsque j’ouvre les yeux, je vois la nuit couverte de points, je vois le ciel perdu dans les nuages, je sens le sol, les feuilles, la pluie se coller à ma peau.

Un commentaire sur « Collé à ma peau »

  1. C’est magnifique, évidemment; mais si noir!
    j’aime le noir pourtant, mais ici
    l’angoisse confine au
    néant
    Alors qu’il y a tant d’être!
    regardez, juste à côté, votre liste de lien
    N’y a-t-il pas là, à profusion, de quoi vivre, jouir et créer?

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