Magma

 

L’angoisse résonne comme une langue de magma qui déchire et qui broie le fond de mon ventre et de mes poumons. Je n’ose plus déjà l’appeler simplement peur. Je respire du feu, je crache du feu et j’ai tort. Quel mot me réconfortera-t-il de sa caresse ? Où me faut-il chercher sans cesse ? L’angoisse racle les bords, déforme de nouvelles plaies, gronde et dompte chacun de mes gestes. Comment vivre et faire taire cet éternel brasier au fond de moi ?

 

J’apprends à aimer ça

Introduction: Yukiguni, le roman de la blancheur

« Cultivée comme une philosophie ou comme un art, peut-être même comme une sagesse, la musique délicieuse et raffinée des sens, entendue plus profondément que ne parle le coeur, écoutée dans le prolongement de ses échos jusque dans l’âme du silence intérieur, est-elle douée d’une magie capable d’ouvrir à quelqu’un les portes de sa liberté, de métamorphoser ses joies en bonheur, et ce bonheur en sérénité qui serait synonyme de certitude, de plénitude et de paix? » Armel Guerne

 

Mon amour,                                                                                                                                Le 2 février 2011

Ce Christ pour lequel on prépare le tombeau, est d’une telle beauté qu’il semble être un prince endormi qu’un baiser ramènerait à la vie. Ce tableau me fait penser à un poème de Rimbaud que tu n’aimes pas: « Le dormeur du val ».

Un même jeu subtil de contrastes, d’allusions progressives à la mort, nous amènent à sonder de manière plus effroyable encore le trou béant qu’elle laisse autour d’elle sans jamais le refermer. Une blessure qui ne guérira pas.

Ce corps à mes yeux, n’est plus celui du Christ qu’on vient de tuer, mais celui d’un jeune homme portant en lui la douceur de la jeunesse, la beauté de la vie.

J’avoue faire une totale abstraction d’une quelconque lecture religieuse et n’en tirer aucune morale.

Lors d’une de ses fugues, Rimbaud a dû, sans doute lui aussi, être subjugué par une scène identique: le corps mort d’un soldat dont la beauté a été raflée par l’aberration de la guerre. R éteint un feu d’artifice de lumières, de couleurs, de sensations d’un seul mot. Ce peintre le fait ici, de quelques coups de pinceau.

Le reste, les fossoyeurs, les mères éplorées, le monde dévasté surgissent alors, avec d’autant plus de vérité qu’elle en devient plus cruelle encore.

Rimbaud applique à la poésie des techniques picturales. Je suis presque persuadée que ses connaissances ne se limitaient pas uniquement à la langue littéraire et à la linguistique. Nombreuses de ses sources devaient être d’ordre pictural…Cette idée avait été avancée également par un spécialiste de R dont j’ai oublié le nom mais que toi, tu as peut-être lu.

ps: Partir du Christ pour arriver à R, il faut le faire! Enfin, tous deux ont vécu une passion!

plus beau ici

 

Photo manuscrit Le dormeur du Val

Poésie

La poésie peut-elle encore être un jeu réservé aux enfants? Peut-on encore l’aborder comme un premier amour? le coeur battant et la pupille qui brille? avec la fiévreuse envie de ne pas se limiter à lui baiser la main ou lui laver les pieds?

Il me prend parfois de ces rages stériles contre la résignation, la lenteur, la maladie nombrilique d’un monde qui ne se goinfre que de science et de savoir. D’un monde qui ne veut plus avoir peur et ne veut plus apprendre.

La poésie

Je ne crois pas que la poèsie soit une affaire de goût, qu’on pourrait la mettre en pot et que ce pot pourrait ensuite  se ranger dans un placard. Je ne vois pas non plus l’intérêt  qu’il peut y avoir d’étudier le vol des papillons en ne regardant que leurs cadavres déssèchés et épinglés au dessus de leurs noms. Mangez votre confiture et étalez-la sur vos tartines, moi je préfère manger les fruits.

Cher silence,

Cher silence,

Tu devrais avoir honte de te comporter de la sorte, car finalement il n’y a que les plus forts qui te supportent. Les premiers sourires d’un jeune cœur qui se réveille, tu l’ignores. Les appels au secours de la peine, la détresse ou les premiers remous de la conscience, tu les recouvres sans remords  de la même couverture que la mort.

J’ai difficile à croire que tu désires t’assoir à la même table que le respect, la confiance ou l’espoir. Même le plus minuscule soupir a plus de cran que toi.Tes bras sont devenus pour moi les murs d’une prison que je n’aime pas. La valeur d’un mot même coupant et maladroit est plus désirable que toi. Tu te répands comme le brouillard et le choléra, tu étrangles comme les boas en me suggérant :”mais tais-toi, mais tais-toi!”

Il m’est égal de marcher dans le noir et de ne jamais savoir, de tressaillir, d’avoir peur, d’avoir mal. Toutes ces choses ont une voix et elles parlent. J’ai fini par sonder leurs contours et par éviter de croire qu’elles durent toujours.

Mais toi, cher silence, je ne te comprends pas. N’aurais-tu donc point d’émotions, ni de sève? Ne sais-tu donc plus comment la lumière fait pour naître? Je m’en vais de ce pas, te montrer la voie. On susurre, on murmure, on soupire, on dit, on hurle, on crie d’une infinité de façons trois simples mots: “Je t’ aime”et voilà.

Va donc fanfaronner avec les rois, t’habiller de la même dignité que les forçats! Moi petit crabe que je suis, grain de sable, goutte de pluie ou larme de sang, je ne t’ai pas choisi et salue humblement.

Que me faut-il comprendre

Faut-il comprendre pour aimer ? A-t-on besoin des réponses pour reconnaître et apprécier un mystère ? N’ais-je pas le droit de trouver face à l’art mes propres réponses, ais-je vraiment besoin d’un savoir universel  et d’une quelconque science? Quel chemin suivre ? Celui de l’académisme ? Celui de mes émotions ?