Le temps perdu



« On cherche à retrouver dans les choses, devenues par là précieuses, le reflet que notre âme a projeté sur elles,… »Marcel Proust.

Voilà bien une semaine que je réfléchi à cette phrase de Proust où il suggère que notre âme est toujours propulsée par l’élan de se dépasser. On ne se représente les choses pas autrement que par rapport à nous-mêmes, par rapport à nos connaissances, nos émotions, nos sentiments. Peut-on dire qu’ainsi faisant, on se les représente avec justesse et vérité ?

Dans cette même phrase, Proust dévoile que son âme prend plaisir à décortiquer le processus de penser au moyen de l’écriture. Grâce à l’écriture, l’âme de Proust peut étendre ses ramifications, construire une puissante cathédrale qui n’est autre que son roman lui-même.

Au sommet de chacune de ses phrases à me couper le souffle, moi, je découvre une fine et précieuse dentelle. Elle évoque à mes yeux le travail de mon propre cerveau. Pour gravir ses phrases, je dois réfléchir donc construire.

Ma mémoire serait-elle un agencement mental du temps et de l’espace par rapport à mes perceptions et mes émotions ?

Ma tasse de thé



Venez, je vous invite à tremper votre madeleine dans du thé. Je vous invite à laisser votre imagination sortir du bois, sortir de l’ombre ou de cette armoire qui sent le renfermé. Laissez-vous réfléchir autrement que dans un miroir.

Parlez-moi de vos souvenirs d’hier et aujourd’hui. Parlez-moi du dernier livre qui vous a touché en plein coeur. Quel tableau, quel poème, quel froissement de soie a nourri votre âme?

…,

Les points de suspensions ne disent jamais vraiment le fond de leurs pensées.

Ils laissent l’ autre dans l’embarras de  l’idée.

  Ils sont hypocrites

craintifs,

oisifs

 discrets

Supposent-ils

que  le monde

puisse se satisfaire du silence ?

Le silence

écrase tout, même les mots.

 L’apostrophe, elle

de son aile

elle élude

et décide d’éviter les combats,

elle provoque et charme

Amazone, hermaphrodite. Parfois on l’oublie.

Le ? est trop peu sûr de lui,

et de moi

n’est-ce pas

?

Chère amazone,

 

Te serait-il à l’avenir possible de siffler et de rappeler tes chiens de troupeau, leurs aboiements  inutiles et stupides me nuisent. Si l’on mord dans mes jarrets, je donne des coups de sabots et si tu tires sur ma bride, je m’enfuis au galop. Si je m’égare, redonne-moi tes gestes calmes, confie-moi ton regard ajusté et muri comme de délicieux fruits. Seule toi, as le droit de guider mes allures et de dessiner mes chemins.

Je ne suis pas fait pour tirer les chariots et porter des ornières, j’aime vivre selon mon caractère franc et direct. Si il me faut devenir un animal domestique, marcher dans les pas de celui qui est devant moi, je ne peux pas, j’irai brouter ailleurs. Tant de fois, on m’a demandé ailleurs d’adapter mes différences à une majorité que je n’approuve pas. Le bruissement d’un ruisseau, les pépiements du plus petit des moineaux, l’épanouissement des pétales d’une fleur minuscule, me font frémir. Les vrombissements des moteurs, les grondements des ogres et les mugissements des dragons me tuent.

Mieux vaut la cravache concise et précise que la caresse molle que je ne comprends pas. Ma nature est ainsi faite, je ne piétine pas celui qui est sur le sol et ne fait pas de cadeau à celui qui se tient droit et se croit mieux bâti qu’un plus petit qu’il n’écoute même pas. Il m’est pénible de devoir supporter la mièvrerie et son insulte mais l’hypocrisie me fait fuir. Personne ne peut s’accorder le droit de dominer l’autre et de l’amoindrir, de dresser son buste, de lustrer ses plumes et de parler si fort qu’on entende plus ceux qui parlent tout bas avec moins de franchise. Je n’ai aucun a priori et connais les dangers des préjugés et des jugements hâtés.

Si tu veux que d’autres comme moi, s’ébrouent, se jouent des mots et écrivent selon et comme ils le pensent, ne faudrait-il pas qu’ils en aient le loisir?

Un cheval Crème.