Millefeuille

Ma ville est un millefeuille.

La feuille du bas c’est de l’eau

apprivoisée par des canaux

la feuille du milieu est un château

entre le froid par ses entailles

la feuille d’en haut est en feu

c’est la place du marché

c’est là que la foule se déplace

que le tram passe

et que je t’attends

Le langage des fleurs

 

Le ciel ouvre sa gueule béante et avale le jour. Il avance comme ces grands monstres marins, aveugle, indolent et nous couvre d’une menace qui ne tient jamais ses promesses. La pire des averses ne me fera pas fondre et les orages ne briseront pas mes tympans.

Après son passage, bien loin de son ombre ondulante, je couvrirai les berges, les plaies des chemins et des routes de ma petite tache rouge. Je convaincrai le monde de la nécessité de mon incroyable fragilité et de mon silence. Je ne serai pas seule, nous serons des milliers à pétiller comme des graines au soleil, à provoquer les jaunes et les verts trop vifs, les noirs trop gourmands et les boues immondes. À donner au printemps le même pouvoir illusoire que l’été. À être insaisissables, à peine moins fragiles qu’un pollen laissé à la merci du vent.

Nos seuls mots puissants sont : « j’attends » et « jusqu’au bout ». La plus grande part du temps nous narguons le monde, nous frémissons, nous nous évanouissons. Pas besoin d’un argument pour vouloir, d’un prétexte quelconque pour avancer. Votre folie à tuer nous a donné raison.

Le langage des fleurs

Ypérite

Au champ d’honneur
Coquelicot

Bonne conscience

 

Je ne suis pas celui qu’il vous a semblé que j’étais. Je suis bien pire que cela. Je suis un mensonge.

S’avouer sa propre vérité se savoure du bout des lèvres. Me regarder en face m’a fait peur. Il paraît que le reflet dans le miroir,  dirait bien plus de vérité que l’image inversée que j’ai à l’intérieur de ma boîte noire.

La réalité, c’est l’autre et ce qu’il dit de vous.

Il se peut ainsi, que votre vie, ne tienne plus qu’à un très fin fil. Il se peut qu’elle se résume à un noeud. Presque transparent. Si difficile à défaire.

Je suis un mensonge. Le fil au quel je suis suspendu est élastique. Je parviens à l’étirer en longueur, comme seul les jours sans heures le peuvent. Ces jours qui me disent non à chaque seconde, qui remuent hideusement toute la vase qui tremblotte au fond de moi.

Qui mieux que moi se répand et s’accroche avec autant d’acharnement aux petites choses ridicules et absolument sans importance?

Je tends à mentir aussi finement que mon ombre, pour la moindre poussière. Je détricote la vérité, je lui chatouille les pieds, je m’en moque. Je mens pour provoquer le rêve, pour ne pas avoir à avaler de travers. Je mens pour manger un quartier de lumière, pour une bouffée d’air, ou une gorgée d’eau tiède.

Ce que la Vérité me propose, assise sur son siège me donne la migraine. Je la trouve gonflée de se trouver pure. Elle est boursoufflée, ivre, trop gâtée. Blasée et puis fière.

Je suis un immonde mensonge tissé comme du velours. Je suis doux, édulcorant. Je mens jusqu’à rendre pratiquement transparent. Je suis pour ainsi dire invisible. Infaillible. Je m’adapte à toute les tailles.

Je suis un chat qui vit plus de sept fois, qui file dès qu’on le voit en levant les bras:  « Je te jure, ce n’est pas moi! ». Je marche de travers avec les doigts tordus dans le dos pour conjurer les sorts. Je vous le jure, je suis un mensonge. Pure. croquant, fondant, amer, jamais gras. J’ai toujours feint, je crois.

Je suis une injure à ce qu’il y a de plus beau et de blanc. De plus lucide. Je fuis les apparences, je suis les vérités comme les cours d’eau. Je prends le plus court chemin. Je me laisse aller à quelques petits détours. J’ai des défauts plus qu’il n’en faut et creuse tant de failles.

Au fait, demandez-vous si un mensonge qui ment, dit la vérité.

Je suis fait pour enrober les choses.

Un mensonge, je suis un mensonge mais je n’ai pas de fouet. Je mens par faiblesse. Je mens, j’invente, je déforme, je transpose, je déjoue la vérité, je la défigure gentiment. J’accorde la lumière là où il n’y en a presque pas. Flasque comme du chewing-gum, je fonds au soleil, me colle à tout.

 
que faire de ses idées reçues?
Mensonge wiki


Virgule

Rester assis sur les vagues des mots,
suivre les flots des paroles aléatoires,
bercer son ennui à la clarté des phrases,
traverser la page à pas de fée,
manger tous les accents d’un air grave,
passer au delà des tirets,
omettre les exceptions,
graver les trémas dans son coeur
mourir sur le point d’un i
planté au milieu d’une strophe