Qu’on me rit ou qu’on m’envie,
Larve ou vers c’est ma vie
Je rogne ou je grogne
Mais quand vient l’heure
Où la mort astiquée cogne
Et fait mouche et t’apeure
Ce n’est plus moi mais toi
Qui sert de verre et d’appât.
Qu’on me rit ou qu’on m’envie,
Larve ou vers c’est ma vie
Je rogne ou je grogne
Mais quand vient l’heure
Où la mort astiquée cogne
Et fait mouche et t’apeure
Ce n’est plus moi mais toi
Qui sert de verre et d’appât.
Je n’oublierai jamais la première fois où je t’ai vu, on aurait dit un spectre. Tu me faisais peur tant tu étais maigre. Accroché à ton bras, un Baxter sur roulettes faisait le bruit d’un chariot. Partout où tu allais, tu avais toujours à tirer derrière toi toutes tes plus tristes histoires. L’unique chose qu’on avait à te dire c’était : allons, mange, tu fais pitié à voir. Qui donc a essayé de te croire ? Qui donc a osé pousser les réflexions au delà des lieux communs et des banalités. Tu serais cadavérique parce que tu le veux bien ?
La nuit j’entends encore tes supplications, tes pleurs et tes non. Il n’était plus alors question d’avoir pitié, il fallait que tu avales et que tu laisses malgré toi planté dans tes veines l’épine, la nourriture obligatoire. Tu te rongeais, Ana, de secondes en secondes. Tu te cachais, Ana pour aller vomir notre monde dans le noir. Jamais, je n’ai pu comprendre pourquoi, à cause de toi, on rendait les miroirs muets. Ce n’est pas toi qui refuse de voir.
Elles sont bonnes et mauvaises. Bonnes quand j’en écris, mauvaises quand j’en détruis. Me revoilà nouvellement tiré par quatre chevaux blancs et noirs, me revoilà sur mon traineau de lettres, fouet de mots cinglants au bout d’une plume, claquant fort sur toutes les portes qu’on ferme. Me revoici glissant sur l’indifférence. Détaché. Attachant. Meurtrier malgré moi ou meurtri malgré vous. Me revoici plus troublé que jamais, amoureux en secret de B****Y. mielleux et chiant, moelleux jusqu’à la moelle de vos os. Tenez vos chiens en laisse, osez l’allégresse et l’éloquence. J’ai retrouvé mon innocence et perdu mes sabots. J’aurai( s)l’élégance de ne plus marcher que sur des euh. De ne pas foutre la guéguerre pour une virgule de travers ou un plastron trop blanc. Bêtes à concours, dadas de la course à c’estmoilemeilleur, tremblez ou allez concourir ou courir con loin de moi. Tous les autres, n’ayez plus peur, je ne tue que les mouches (et encore) donnez-moi de vos nouvelles. Bonnes et meilleures que partout ailleurs.
On croirait entendre la mer qui secoue ses vagues pour la lune mais ce ne sont que les voitures sur le périphérique. Je suis toujours dans ma prison.
On a toujours dit de moi que j’étais de la mauvaise graine, alors pour en avoir le cœur net et comprendre ce que l’on me reproche, je suis entré dans l’une de ces grandes surfaces où l’on vend des plantes et des fleurs produites en série.
-« Je voudrais de la mauvaise graine » ais-je demandé à un type gras qui se trouvait derrière un comptoir. Il a sourcillé et ma répondu :-« ici, on ne vend que de la qualité. » Je lui demandé de me donner n’importe quoi, qui pousse n’importe où et n’importe comment. Il a soupiré et a trainé ses souliers jusqu’à l’un des rayons. Il m’a tendu un sachet rempli de graines et m’a dit : -« retournez la terre au fond de votre jardin, éparpillez-y les graines. »
Rentré chez moi, j’ai fait ce qu’il m’avait dit. Et puis, je suis parti en vacances, le cœur léger. Sur la plage, au soleil, soudain, j’ai eu du remord. Merde, mon jardin ! Qu’est-ce que je lui ai fait !
Quinze jours plus tard, de retour à la maison, je n’osai plus ouvrir la grille du jardin. J’étais certain du carnage. Finalement, Choupette devait faire ses besoins et j’avais la flemme. Alors, j’ai poussé la grille en lui disant : -« vas-y, mon bébé, va faire ton popo ! ».
Lorsqu’elle fut revenue se coucher dans son panier, Choupette ne semblait point perturbée. J’étais même surpris : elle vivait encore !
Je me suis donc décidé, le surlendemain, à jeter un coup d’œil sur le jardin. Et bien, rien. Il y avait toujours autant d’insectes, un peu plus de papillons même. Les arbustes s’agrippaient toujours frétillants de jeunesse à la terre. Les arbres balançaient gentiment leurs branches. L’herbe était verte, le ciel était bleu avec toujours autant de nuages dans les bras. Bref, tout était on ne peut plus normal.
Au fond du jardin, une brassée de fleurs hétéroclites avait trouvé leur bonheur. Certaines avaient de fort maigres tiges et arboraient des pétales rouges presque transparents, d’autres étaient si fines et si petites qu’on aurait dit de la dentelle. Les plus pimpantes étaient jaunes comme les poussins et d’autres semblaient être faites de tulle et répandaient dans le vent comme de la mousse de savon. Aucune, soyez-en convaincus, n’avait d’épines ou de grosses feuilles poilues et urticantes. Pas une seule n’avait de gueule béante pour dévorer les mouches ou faire peur aux enfants.
Je me suis dit : c’était donc cela ?! Tant de foin, pour si peu de misère !
J’ai toujours su, au fond de moi que j’ai beau être chiant et avoir l’art d’emmerder mon monde, je ne ferais de mal à personne, pas même à une mouche.
On vous accorde volontiers le droit de vous exprimer en grand et fort. Aux méandres des lignes fleuves et des refrains, au commencement d’un texte et d’une phrase. En plein milieu, comme au début du paragraphe, on vous remarque. Les capitales vous rendent grâce, les noms que vous portez sont propres et l’on vous voit souvent en première page.
Toutefois, permettez-moi de vous apostropher : vous prenez trop de place. Pour nous faire entendre, il faut nous mettre à sortir du commun, nous suspendre aux points ou prendre un autre corps. Certaines d’entre nous se sont déjà inclinées, d’autres ont porté plainte aux polices. Je ne suis pas encore las, je ne suis pas de ce type.
Alors, je vous prierai dès aujourd’hui de respecter mon caractère. Je suis petite, j’ai tout à dire et à faire. On me place et me déplace, jamais en tête mais toujours derrière. J’énumère, je me mets entre parenthèses, j’ai tous les accents et l’on me fait porter le chapeau.
Soyez moins fières, chères Majuscules, cessez donc de vous mettre en lettrine et faites un peu de place aux plus petites.
Une minuscule.
De cette écriture animale et minuscule, j’avance à pas de papillon. Trait après trait. Mes idées me viennent comme les ondes laissées par les gouttes sur les eaux trop tranquilles. Me faudrait-il joindre vos points qui se poursuivent selon n’importe quelle logique ? Que me faut-il comprendre, qu’à jamais je ne puis être comme vous, lisse et habile ? Je ne m’installerai certes jamais, aux tables de vos fêtes bruyantes où l’on espère sans gêne que cela plaise aux poissons comme aux mouches.
Mes lettres se penchent aux bouts de mes phrases comme aux bords des précipices. Laissez-moi donc me répandre à la dérive ou me pendre à votre lèvre. Chaque pas de mot, chaque signe de lettre, simple ou petit m’entraine à être moi-même. Vous n’y comprendriez rien.
Mes pensées hésitent et avancent comme les crabes. Elles se cognent indéfiniment et bourdonnent aveuglées par la clarté de vos libertés qui ne peuvent les abreuver. Me croyez-vous aveugle parce que je ne vous réponds pas ? Moi, je vous crois sans cœur parce que vous ne me voyez pas.
Vos allusions résonnent comme les bottes des soldats. J’attendrai que votre fier défilé soit passé et se soit lassé d’être si horriblement lui-même. À votre première larme, je me laisserai glisser sur votre page. Je me ferai rivière, onde passagère, vent frisquet. Je n’assassinerai pas l’autre d’un point car je sais que tout être n’est pas ce qu’il parait. Il se cache en deçà. Toute pensée reste à jamais insatisfaite, inaccomplie.
Mon écriture bave derrière mon nom, elle avance en grignotant. Je resterai en grande partie complètement illisible.