Mauvaise graine

On a toujours dit de moi que j’étais de la mauvaise graine, alors pour en avoir le cœur net et comprendre ce que l’on me reproche, je suis entré dans l’une de ces grandes surfaces où l’on vend des plantes et des fleurs produites en série.

-« Je voudrais de la mauvaise graine » ais-je demandé à un type gras qui se trouvait derrière un comptoir. Il a sourcillé et ma répondu :-« ici, on ne vend que de la qualité. » Je lui demandé de me donner n’importe quoi, qui pousse n’importe où et n’importe comment. Il a soupiré et a trainé ses souliers jusqu’à l’un des rayons. Il m’a tendu un sachet rempli de graines et m’a dit : -« retournez la terre au fond de votre jardin, éparpillez-y les graines. »

Rentré chez moi, j’ai fait ce qu’il m’avait dit. Et puis, je suis parti en vacances, le cœur léger. Sur la plage, au soleil, soudain, j’ai eu du remord. Merde, mon jardin ! Qu’est-ce que je lui ai fait !

Quinze jours plus tard, de retour à la maison, je n’osai plus ouvrir la grille du jardin. J’étais certain du carnage. Finalement, Choupette devait faire ses besoins et j’avais la flemme. Alors, j’ai poussé la grille en lui disant : -« vas-y, mon bébé, va faire ton popo ! ».

Lorsqu’elle fut revenue se coucher dans son panier, Choupette ne semblait point perturbée. J’étais même surpris : elle vivait encore !

Je me suis donc décidé, le surlendemain, à jeter un coup d’œil sur le jardin. Et bien, rien. Il y avait toujours autant d’insectes, un peu plus de papillons même. Les arbustes s’agrippaient toujours frétillants de jeunesse à la terre. Les arbres balançaient gentiment leurs branches. L’herbe était verte, le ciel était bleu avec toujours autant de nuages dans les bras. Bref, tout était on ne peut plus normal.

Au fond du jardin, une brassée de fleurs hétéroclites avait trouvé leur bonheur. Certaines avaient de fort maigres tiges et arboraient des pétales rouges presque transparents, d’autres étaient si fines et si petites qu’on aurait dit de la dentelle. Les plus pimpantes étaient jaunes comme les poussins et d’autres semblaient être faites de tulle et répandaient dans le vent comme de la mousse de savon. Aucune, soyez-en convaincus, n’avait d’épines ou de grosses feuilles poilues et urticantes. Pas une seule n’avait de gueule béante pour dévorer les mouches ou faire peur aux enfants.

Je me suis dit : c’était donc cela ?! Tant de foin, pour si peu de misère !

J’ai toujours su, au fond de moi que j’ai beau être chiant et avoir l’art d’emmerder mon monde, je ne ferais de mal à personne, pas même à une mouche.

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