Troublant message

Lire

le troublant message 

de la lumière dans les feuillages

de l’arbre

lire le vent, ses fracas, adoucir les éclats

reconnaître sa voix

traduire sans rien perdre du sens 

tout en écartant les significations

mensongères

deviner et puis s’apercevoir

que cette ombre est un chat et l’autre celle du merle

deux abeilles se délectent

du raisin à peine mûr et de celui dont les grains sont éclatés

ne plus très reconnaître les frontières du rêve

si jamais elles le départagent de la

réalité

Lézard

Il est sorti de l’ombre 

le petit 

cœur dans la gorge 

est sur le point 

de regagner un espace secret 

Son cœur comme un caillou 

jeté au centre de soi

redevenu un remous  

bat dans la gorge 

On le voit 

Sous la peau abreuvée d’ombre soulagée 

par un peu de chaleur solaire 

Une pulsation demeure 

Écho halo 

Signature 

Fatal

©cc

En ce jardin 

Plusieurs 

Celui peu silencieux des oiseaux 

Celui qui crépite qui ronge ou qui polit

Celui qui mousse et qui se laisse découper 

En ombres  en éclats en pétales 

Et puis il y a le jardin invisible souple qui se déploie sans un cri qu’on soit capable d’entendre

un jardin en soie 

Tendu entre les branches de l’arbre qui tente par son feuillage persistant de traduire inlassablement le soleil 

Tombons dans ce piège qui décrypte cartographie

La vie et ce qu’elle a d’imparable 

La secousse 

Était-elle celle 

Du monstre marin dont la crête ressemble à ce rocher qui effraie les vagues 

Était-ce son réveil ou la chute brutale 

D’une étoile en mer 

Quelque part entre terre et abîme 

Inaccessible aux mortels 

À ceux dont le rêve s’est arrêté de grandir

Était-elle la première étincelle 

qui met le feu aux vagues

Jusqu’à ce qu’elles rugissent pour 

Atteindre cet endroit où autrefois 

L’humanité plaçait son âme 

Était-elle solidement ancrée dans le 

Cri de celui qui crève 

Et qu’on refuse pertinemment d’écouter 

Cette chose imperceptible qu’on appelle poème 

Aux dernières nouvelles mais ils n’en sont pas certains l’objet volait à 600km/s avant de s’abîmer 

Au large au loin 

Juste avant d’atteindre l’atmosphère de la planète que nous occupons

Sans la moindre réserve.

Variations

Naumann, Naturgeschichte der Vögel Mitteleuropas, 1905

Les cinq jeunes arbres portent
comme un bouquet un amas galactique
de feuilles et de fleurs où chaque fleur
deviendra une prochaine étoile 

gravitera autour d’elle un univers de frôlements
de minuscules planètes et
tellement de pupilles

d’une extrémité à l’autre de l’amas galactique
ondoie un reflet qui ressemble à une partition

comment cerner la beauté de cette phrase

au loin une grappe de fringilles grignotent le silence

une tourterelle modèle un appel le merle reprend indéfiniment la phrase
sans jamais se satisfaire des différentes versions
il y a toujours une inclinaison qui échappe  une nuance que personne ne réussit à traduire

que transmettez-vous se questionne le souffle d’avant le sommeil
et comme par miracle
Le reflet disparaît

Dernier poème

son corps dans la fosse commune
a pu être identifié
car il avait dans la poche
rongé par l’humidité un carnet
un carnet où il cernait ses derniers poèmes
ses derniers poèmes reprisés 
ses derniers poèmes en voie de décomposition


sur son corps 

sans coeur 

à peine la peau sur les os


combien de fosses communes et de corps

combien de poètes sans carnet

de corps sans vêtement

de vêtements sans poche combien de poèmes sauvés

d’un charnier une dizaine peut-être 

parfois 

jamais

Air

Les Cyprès, tableau de Vincent van Gogh – Metropolitan Museum of Art

Pour ponctuer

Le ciel il y avait son chant

Son cyprès roucoulant verts

L’infini répondait depuis un pin

Lointain l’écho amoureux devenait 

Insaisissable 

Le monde si près d’être sa

Mélodie mélancolique et non plus 

Méprisable 

L’arbre s’est rendu 

Malade

À abattre 

Le chant cherche une mélancolie 

À habiter proche si possible 

De l’infini 

La forêt musicale

Muziekbos – Beukenbos https://www.ontdekronse.be/fr/muziekbos-beukenbos

Si l’on fait 

Abstraction du bruissement 

Du vent dans les feuillages 

De l’éclatement aléatoire de fruits de branches d’écorces 

De son propre cœur qui bat de son souffle de ses pas 

Alors sous l’humus 

On entend les voix multiples des sources

On entend l’eau roucouler les ondes s’écouler par les veines souterraines de la forêt 

Milvus milvus

Hansueli Krapf, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

Un milan

Comme tenu au lasso par le soleil 

Glisse dans le ciel 

Je l’appelle d’un sifflement qui ressemble au sien 

J’aime qu’il me prête durant quelques secondes

Sa divine attention

Son regard plonge vers le mien

Sans animosité 

Quelle sera la question à laquelle 

Il accordera une réponse simple sans équivoque 

Ses considérations déplaisent à tellement d’humains 

Pourtant il revient même si mon monde n’est point au centre de ses circonvolutions

et qu’il ne tourne finalement autour d’aucun axe