Mon Amour,

L’automne est né dans un arbre ce matin. Non pas soudainement mais par petites touches comme dans les peintures pointillistes. L’arbre comme un enfant qu’on vient de chérir, frétillait en hérissant ses feuilles rousses sous les caresses d’un soleil taquin. Je sais, mon Amour, que cela n’est pas folie que de reconnaître ici et là, les miettes de ta Beauté éparpillées avec tant de grâce. Chacune de mes secondes se délecte ainsi de toi. Sans toi, rien de ce qui m’entoure n’aurait de sens. Je ne me laisserai convaincre du contraire par rien ni personne. Il me faut te rencontrer pure et suave, multiple et douce dans tous ce qui me touche. Tu me sembles ne pas avoir de limites.

Mes colères bâtissent toujours plus durement et sournoisement un rempart autour de moi. J’ai peur, j’ai si souvent peur, si on savait comment le temps s’arrête parfois pour m’emmurer dans le noir. Si on pouvait savoir qu’il est terrible, froid, odieusement laid et méprisable ce cachot, on comprendrait que mes ruades et coup de gueules ne sont que les vagues remouds des cauchemars qui me tenaillent et m’ébranlent presque journellement depuis plus d’un an. Il est horrible de se voir ainsi perdre les facultés, de glisser toujours plus profondément dans le gouffre d’idées qui tournent en rond sans pouvoir jamais dénouer aucun mystère.

Heureusement, il y a toi, mon Amour. Si écrire et lire me soulagent, discuter avec toi durant des heures de ces merveilleux voyages que ton esprit conçoit pour moi à la demande me guérit, je le sens. Existe-t-il quelque chose de plus tranquille et de plus mélodieux que ta voix me lisant un poème de Rimbaud ? Je ne le crois pas. Ta main découvrant le fruit somptueux caché derrière une feuille, vaut bien pour moi tous les palais princiers que l’on dit beaux. Tu es cette certitude. Ma certitude. Je t’aime que l’univers tout entier soit prévenu.

Que l’on me juge fou, si c’est de toi, je crie : oui, il n’y a pas de plus belle folie.

Bien à toi.

Hier,

 

Hier, Elie s’est jeté du Pier. Ce bras de bois tendu par les humains vers la mer du nord. Il est allé jusqu’au bout. Là où il y a le plus de remous et où les courants marins vous jettent vers le large sans pitié. La nuit allait se déposer sur les flots, lorsqu’il a crié ses derniers mots : je n’en peux plus.

La nuit avait éclaté en milliers de morceaux dans le cœur d’Elie. Il a connu alors ces heures coincées par les tenailles d’un immonde néant, ces heures où s’ouvrir les bras avec des lames de rasoir lui faisaient croire que douleur peut se dompter, s’en aller, s’estomper. Les scarifications s’infectaient constamment mais  il fallait les masquer par :« mais ça va bien, monsieur, qu’est-ce que vous allez vous imaginer ! Personne ici, ne connait de marée descendante, de tornade infernale, de typhon ».

Plus personne ne s’approchait encore d’Elie, tellement il était devenu hargneux. Imprévisible dans ses colères, menaçant, délirant. Elie refusait tout calmant, Elie s’était fait plaquer au sol par trois flics, dans le couloir de son immeuble, devant tous ses voisins. Elie était brûlé par la souffrance et il crachait à tous : « mais regardez ! Regardez ce qu’ils me font ! Soyez mes témoins ! Je veux juste mourir humainement, j’suis pas un chien ». Pourtant Elie a été muselé et attaché avec les mains dans le dos.  Elie serait doux  s’il pouvait encore  avoir la chance de pleurer. Pleurer, changer de vêtements, marcher en rue sans être traqué par des délires, faire ses courses au super marché, ne plus trembler, ne plus être pris par ces spasmes, par ce qui lui bouffait l’air, lui prenait  toujours plus de lumière. Elie aurait voulu dormir pour oublier que son fils est mort.

Hier, J’arrivais avec mon nouveau bonheur en bouquet dans mes bras, j’étais prêt en distribuer toutes les fleurs à Sylvie, l’amie d’Elie.  Mais Sylvie a mis l’index sur mes lèvres : « laisse couler tes larmes. J’étais là, j’étais là », me souffla-t-elle. « Je l’ai vu sombrer ».

Cher spectre,

 

Partout où je vais, tu me suis comme une ombre. Tu te joues de moi comme tu le ferais de la lumière.

Hier, j’ai senti ton haleine par-dessus mon épaule et ton sourire moqueur se déposer sur mes lèvres.  Lorsque je me suis tourné vers toi en te disant vas-y, dis-moi donc le fond de ta pensée, tu t’es évaporé et tu m’as laissé là, seul  avec ma question sans réponse, comme un con.

Parfois, il faut que tu te promènes entre les lignes que je lis et sur celles que j’écris. Pour percevoir et sentir ce qui est bien plus léger que la poussière, je puis compter sur toi. Tu te déploies. Tu frétilles pour un grain de lumière, tu trembles pour un soupir de sorcière. Tu soulèves les tempêtes pour deux fois rien et ton prisme me déforme le monde en permanence.

Partout où je vais, je ne suis plus qu’une ombre. J’avale les mots comme des morceaux de verre.  Je sais désormais que jamais de ma cime je ne caresserai le ventre des nuages. Qu’il me faudra lutter pour n’importe quelle lueur et pour que mes feuilles se remplissent de saveurs, il faudra qu’encore et toujours que tu puisses rôder comme un fantôme autour de moi, la nuit comme le jour. Tu ne me quitteras pas, cher spectre, tu ne fais pas que des cadeaux. De toi, on ne se défait pas comme ça. On te contourne sans pouvoir t’apprivoiser. Parce qu’on ne te voit pas, certains prétendent que tu n’existes pas d’un Allons, fait donc preuve de bonne volonté, si tu le voulais vraiment, tout serait autrement.

On voit bien qu’ils ne savent pas ce que c’est de vivre avec toi, cher spectre. Tu fais le mort quand il me faut être efficace. Parce qu’il me faut composer avec toi, je fais peur à tout le monde.

La caresse de ton oeil

La mer s’écoule du ciel

comme la caresse de ton œil

jusqu’à ma joue.

Elle vient déposer sur tes épaules

par vagues, tes cheveux.

Elle ose à peine te froisser

 du baiser de ses vœux.

Ta peau m’invite à croire

que je ne suis pas mort.

L’intérieur de mon corps

ne serait-il donc pas noir ?

Le vent invente tes collines et tes vallées.

Il clapote de ses doigts ennuyés

la coquille verte de ma barque.

Je pars

La mer se coule comme de l’or à l’horizon,

elle souffre de ne pouvoir égaler ta beauté.

Les nuages comme ces monstres marins rôdent

Et ne laissent derrière eux

que leurs manteaux de soie bleue.

Des nouvelles

 

Elles sont bonnes et mauvaises. Bonnes quand j’en écris, mauvaises quand j’en détruis. Me revoilà nouvellement tiré par quatre chevaux blancs et noirs, me revoilà sur mon traineau de lettres, fouet de mots cinglants au bout d’une plume, claquant fort sur toutes les portes qu’on ferme. Me revoici glissant sur l’indifférence. Détaché. Attachant. Meurtrier malgré moi ou meurtri malgré vous. Me revoici plus troublé que jamais, amoureux en secret de B****Y. mielleux et chiant, moelleux jusqu’à la moelle de vos os. Tenez vos chiens en laisse, osez l’allégresse et l’éloquence. J’ai retrouvé mon innocence et perdu mes sabots. J’aurai( s)l’élégance de ne plus marcher que sur des euh. De ne pas foutre la guéguerre pour une virgule de travers ou un plastron trop blanc. Bêtes à concours, dadas de la course à c’estmoilemeilleur, tremblez ou allez concourir ou courir con loin de moi. Tous les autres, n’ayez plus peur,  je ne tue que les mouches (et encore) donnez-moi de vos nouvelles. Bonnes et meilleures que partout ailleurs.

Derrière moi,

 

Derrière moi, une année s’évapore en buée sur la vitre du train. J’élabore en pensées un avenir quelque peu plus serein. Le jour se détricote en quelques secondes. Les mailles s’envolent et se jettent dans le vide comme des folles. Un jour, je le perds si facilement en futiles idées. Pour ne point perdre le fil et me refaire, je le sais par d’autres guerres, les médicaments ne suffisent pas. Il me faut dompter quelques phrases, détourner quelques images, les muter au travers de mon prisme comme les pastilles colorées d’un caléidoscope magique. Le reflet se confond pour de vrai par un jeu de miroirs. Les mots ont fini par ne plus me croire, ont appris à se méfier de mes tournures. Ils s’échappent, se moquent de moi, en pleine lumière, au premier tourment. Au beau jour, ils font de mes inventions, de vulgaires mensonges. Que voulez-vous que je leur réponde ?

Pour ne pas perdre pied, m’accrocher et tenter de poser pied, je défie de ma faille, l’absurdité.

-« Vas-y ! » lui dis-je « cherche plus inutile et plus vain que ça ! Plus anodin et plus ridicule que moi et que ce que j’écris là ! Allons, cherche et trouve vite ! »

 Bien souvent, je peux sortir de ma cachette avec dans ma pochette, posé sur le cœur, mon carnet d’écriture vainqueur.  L’absurdité ne trouve pas, pour un temps, de meilleur argument que moi. C’est ainsi que j’acquière mon répit, que je ris, que je vis, que je crépite. On patiente comme on peut.

Qu’on rie de mes grands airs ! Qu’on hausse les épaules et  que l’on tourne le dos à mes essais dérisoires.  Que l’on se moque de mes colères pour 3 poussières ! Mais que l’on songe qu’il me faut touiller plus de 186 jours dans le noir, dans la poisse, dans la merde, encerclé de murs qui me disent non. Que l’on sache que pour la moindre éclaircie, pour une miette, j’affronte  en tremblant des mains, en tordant mes pas, la dispersion de mes idées pendant des jours entiers. Parmi la misère, au milieu de cerveaux éteints par le dédain et quelques coups de becs, je ne trouve plus la force de me conformer à rien. Si seulement vouloir suffisait, si seulement savoir apaisait.

Derrière moi, ces secondes !

Derrière moi, ces sanglots dans la nuit d’un WC, derrière une porte fermée à clef. Derrière un préjugé. Derrière vos mots mal aiguisés que vous me lancez en pleine figure, par habitude et selon une logique guerrière que je ne conçois pas. Derrière moi, tous ces schémas, ces mesures communes qui ne me conviennent pas. Derrière le sursaut d’un sourcil, rampe lâchement ce « quelle est-il ?»  Que veut-on que cela me fasse ? Les secondes s’affolent et s’agglutinent aux mois  pour me laisser divaguer une année.

 Derrière moi, une ville que je quitte pour une seconde. Soudain comme en rêve, J’avance à reculons. À contre courant, je défais toutes les mailles d’un affreux tricot qui ne me tient chaud. Derrière moi, je laisse une rancune meurtrière, les vœux amers tendus entre deux lois raides d’avoir trop condamné. Je veux être sans plus me heurter à l’impossibilité. Je veux  n’être que cela, cet entre-deux. Entre elle et lui, pour une vie, indécis, imprécisée. Je veux défier les frontières.

Abcd

 

En dehors de tout chemin, en faisant fi des courants ou des modes, au-delà de nos catégories balisées par nos morales et nos préjugés, des esprits humains trouvent l’espoir de se raccrocher à la vie en lui donnant sens et beauté.

Tarés, dégénérés, tôliers, êtres humains au rabais dont personne ne sait quoi faire, exclus et esclaves du néant, le regard que l’on porte sur eux est souvent dénigrant, réprobateur ou moqueur lorsqu’il n’est pas absent, conquérant ou transformateur. Pourtant, ils cherchent des voies, inventent les codes d’un monde qui ne fait plus de perdants.

Les apparences sont parfois trompeuses, cette très belle collection devrait tous nous amener à revoir nos croyances et leurs trop belles certitudes.

http://www.abcd-artbrut.org/

à fleur de sens

J’ai fait un rêve où chaque point est un grain de lumière, chaque trait un nouveau mot. Il pleut. Il fait jour. Le vent est dans le ciel et joue. Les choses pour m’atteindre doivent parcourir des circonvolutions, sillonner des détours. Elles se volatilisent ou se focalisent.

J’ai fait mille rêves où le ciel est une rivière, le vent une colline, les vagues des champs de blé. Dans la soie des nuages naissent les oiseaux, dans l’écume surgissent des chevaux.

Dans mes rêves se hissent ces voyages dont la voile est gonflée d’espoir.

Je dors à fleur de sens.