La caresse de ton oeil

La mer s’écoule du ciel

comme la caresse de ton œil

jusqu’à ma joue.

Elle vient déposer sur tes épaules

par vagues, tes cheveux.

Elle ose à peine te froisser

 du baiser de ses vœux.

Ta peau m’invite à croire

que je ne suis pas mort.

L’intérieur de mon corps

ne serait-il donc pas noir ?

Le vent invente tes collines et tes vallées.

Il clapote de ses doigts ennuyés

la coquille verte de ma barque.

Je pars

La mer se coule comme de l’or à l’horizon,

elle souffre de ne pouvoir égaler ta beauté.

Les nuages comme ces monstres marins rôdent

Et ne laissent derrière eux

que leurs manteaux de soie bleue.

Des nouvelles

 

Elles sont bonnes et mauvaises. Bonnes quand j’en écris, mauvaises quand j’en détruis. Me revoilà nouvellement tiré par quatre chevaux blancs et noirs, me revoilà sur mon traineau de lettres, fouet de mots cinglants au bout d’une plume, claquant fort sur toutes les portes qu’on ferme. Me revoici glissant sur l’indifférence. Détaché. Attachant. Meurtrier malgré moi ou meurtri malgré vous. Me revoici plus troublé que jamais, amoureux en secret de B****Y. mielleux et chiant, moelleux jusqu’à la moelle de vos os. Tenez vos chiens en laisse, osez l’allégresse et l’éloquence. J’ai retrouvé mon innocence et perdu mes sabots. J’aurai( s)l’élégance de ne plus marcher que sur des euh. De ne pas foutre la guéguerre pour une virgule de travers ou un plastron trop blanc. Bêtes à concours, dadas de la course à c’estmoilemeilleur, tremblez ou allez concourir ou courir con loin de moi. Tous les autres, n’ayez plus peur,  je ne tue que les mouches (et encore) donnez-moi de vos nouvelles. Bonnes et meilleures que partout ailleurs.

Derrière moi,

 

Derrière moi, une année s’évapore en buée sur la vitre du train. J’élabore en pensées un avenir quelque peu plus serein. Le jour se détricote en quelques secondes. Les mailles s’envolent et se jettent dans le vide comme des folles. Un jour, je le perds si facilement en futiles idées. Pour ne point perdre le fil et me refaire, je le sais par d’autres guerres, les médicaments ne suffisent pas. Il me faut dompter quelques phrases, détourner quelques images, les muter au travers de mon prisme comme les pastilles colorées d’un caléidoscope magique. Le reflet se confond pour de vrai par un jeu de miroirs. Les mots ont fini par ne plus me croire, ont appris à se méfier de mes tournures. Ils s’échappent, se moquent de moi, en pleine lumière, au premier tourment. Au beau jour, ils font de mes inventions, de vulgaires mensonges. Que voulez-vous que je leur réponde ?

Pour ne pas perdre pied, m’accrocher et tenter de poser pied, je défie de ma faille, l’absurdité.

-« Vas-y ! » lui dis-je « cherche plus inutile et plus vain que ça ! Plus anodin et plus ridicule que moi et que ce que j’écris là ! Allons, cherche et trouve vite ! »

 Bien souvent, je peux sortir de ma cachette avec dans ma pochette, posé sur le cœur, mon carnet d’écriture vainqueur.  L’absurdité ne trouve pas, pour un temps, de meilleur argument que moi. C’est ainsi que j’acquière mon répit, que je ris, que je vis, que je crépite. On patiente comme on peut.

Qu’on rie de mes grands airs ! Qu’on hausse les épaules et  que l’on tourne le dos à mes essais dérisoires.  Que l’on se moque de mes colères pour 3 poussières ! Mais que l’on songe qu’il me faut touiller plus de 186 jours dans le noir, dans la poisse, dans la merde, encerclé de murs qui me disent non. Que l’on sache que pour la moindre éclaircie, pour une miette, j’affronte  en tremblant des mains, en tordant mes pas, la dispersion de mes idées pendant des jours entiers. Parmi la misère, au milieu de cerveaux éteints par le dédain et quelques coups de becs, je ne trouve plus la force de me conformer à rien. Si seulement vouloir suffisait, si seulement savoir apaisait.

Derrière moi, ces secondes !

Derrière moi, ces sanglots dans la nuit d’un WC, derrière une porte fermée à clef. Derrière un préjugé. Derrière vos mots mal aiguisés que vous me lancez en pleine figure, par habitude et selon une logique guerrière que je ne conçois pas. Derrière moi, tous ces schémas, ces mesures communes qui ne me conviennent pas. Derrière le sursaut d’un sourcil, rampe lâchement ce « quelle est-il ?»  Que veut-on que cela me fasse ? Les secondes s’affolent et s’agglutinent aux mois  pour me laisser divaguer une année.

 Derrière moi, une ville que je quitte pour une seconde. Soudain comme en rêve, J’avance à reculons. À contre courant, je défais toutes les mailles d’un affreux tricot qui ne me tient chaud. Derrière moi, je laisse une rancune meurtrière, les vœux amers tendus entre deux lois raides d’avoir trop condamné. Je veux être sans plus me heurter à l’impossibilité. Je veux  n’être que cela, cet entre-deux. Entre elle et lui, pour une vie, indécis, imprécisée. Je veux défier les frontières.

Abcd

 

En dehors de tout chemin, en faisant fi des courants ou des modes, au-delà de nos catégories balisées par nos morales et nos préjugés, des esprits humains trouvent l’espoir de se raccrocher à la vie en lui donnant sens et beauté.

Tarés, dégénérés, tôliers, êtres humains au rabais dont personne ne sait quoi faire, exclus et esclaves du néant, le regard que l’on porte sur eux est souvent dénigrant, réprobateur ou moqueur lorsqu’il n’est pas absent, conquérant ou transformateur. Pourtant, ils cherchent des voies, inventent les codes d’un monde qui ne fait plus de perdants.

Les apparences sont parfois trompeuses, cette très belle collection devrait tous nous amener à revoir nos croyances et leurs trop belles certitudes.

http://www.abcd-artbrut.org/

à fleur de sens

J’ai fait un rêve où chaque point est un grain de lumière, chaque trait un nouveau mot. Il pleut. Il fait jour. Le vent est dans le ciel et joue. Les choses pour m’atteindre doivent parcourir des circonvolutions, sillonner des détours. Elles se volatilisent ou se focalisent.

J’ai fait mille rêves où le ciel est une rivière, le vent une colline, les vagues des champs de blé. Dans la soie des nuages naissent les oiseaux, dans l’écume surgissent des chevaux.

Dans mes rêves se hissent ces voyages dont la voile est gonflée d’espoir.

Je dors à fleur de sens.

Doré

Le soleil est amoureux du temps. Il enveloppe chaque seconde dans un papier d’argent. Le temps est un coursier. Il galope plus vite que les torrents, est plus agile et discret qu’un serpent.

 À l’aube, souvent, le temps tente une évasion. Entre les doigts du soleil, Il oublie quelques larmes violettes. Sur les courbes des mers, dans les creux des collines, il laisse trainer son écharpe de soie blanche dénouée.

À midi, c’est un tigre. Il s’étire, il s’irise, il invente des chansons et des histoires sans fin. Il brûle et baille en glissant ses pieds sous la table. Il rit fort et parle constamment. Le temps est un marchant de fausses perles et de terribles promesses. C’est lui qui découpe la patience en morceaux. Le temps est  un saligaud, il dévore sans vergogne tous vos mots.

La nuit, il se calme. Il promène les plus belles secondes dans les jardins embaumés. Il les porte autour du cou, sur ces bras ou sur ses lèvres. Certaines se dispersent, d’autres s’évanouissent ou se laissent manger par le chat.

Il arrive, mais c’est rare que le soleil distribue ses plus précieux caramels aux plus savants jardiniers. Car il faut qu’on se le dise, beaucoup sont magiciens. Ils conçoivent en silence pour le temps de chatoyants écrins. C’est ainsi que certains arborent avec plein de grâce, un joli teint tout doré.

En pensée,

 

Je suis un chat et me glisse dans ces forêts de jambes alignées sous la table d’un buffet qui s’éternise et m’ennuie. Je me faufile entre les troncs de chênes sombres jusqu’à trouver enfin les tiens, deux jeunes bouleaux insolents.

Je m’y frotte en te caressant de mon museau, te chatouillant de mes moustaches comme d’une fine plume. Mon doux pelage se mélange à la suavité moelleuse de ta peau. Sa saveur sauvage affute mes babines, réveille mes instincts de félin. Je ronronne faiblement et m’étire.

Ma patte joue avec quelques ombres et tes si délicieux frissonnements. Je m’ébroue pour ne pas être pris de folie à la vue de toute l’exubérance déployée par ta ramure avec tant de franchise. Je m’échappe, je m’encours et reviens plus doux et plus fugace me nouer à ta cheville, à ton mollet et à ton genou. Je mordille étourdi et lèche de ma petite langue fine et rêche les gouttes de lait blancs perlant au bout de tes doigts divins.

Tes jambes s’entrouvrent et je découvre ton sexe, rose, dans un écrin éblouissant de verdure. De chat je deviens panthère. Dans ta petite clairière lumineuse et brillante d’envie, je réapprends à vivre. Entre les deux rives de tes lèvres, je happe avec folie l’eau limpide de ton fulgurant torrent. Ta main rassure tendrement ma crainte et me permet de cueillir gentiment tous tes fruits, en pensée seulement.

Rousse

La prochaine fois que vous préparerez votre caramel pour votre dessert préféré, n’attendez pas que le sucre devient roux. Ce mot, ses déclinaisons, les images et toutes ses saveurs qu’il suscite ont été retiré des dictionnaires. Il n’a désormais plus de signification vulgaire et n’évoque plus l’ordinaire. Il ne flotte plus entre deux teintes, n’hésite plus à être un parfum. Il est enfin, devenu précis unique, majestueux et discret, évident, transcendant.

Il ne trouve plus sa voix dans les couleurs des vieilles saisons, sur la feuille lasse de l’été, sur le dos d’un renard ou d’un écureuil furtif, dans l’œil d’un quelconque félin, d’une andalouse ou d’un singe plus malin. Il ne se promène plus aux cimes des arbres qui touchent les cieux, il ne se cache plus dans les vœux secrets de l’hiver, dans la poche de l’été, sur la terre en colère. Il ne goûte plus le miel, ne ressemble plus au chocolat. Ne se parfume plus à la vanille. Il n’est pas l’hongre alezan qui conquit jadis avec vous les ombres harassantes. Il n’est plus ce qui vous servait de sac, de fouet ou d’habit.

Roux, c’est le grain de peau infusé de science et d’amour. Rousse c’est la perle savante que vous ignorez tous et dont les sœurs jalouses constellent autour de son cou. Rousse, désormais désigne la Beauté confié par le soleil à celle que j’aime.

Vous pouvez toujours utiliser librement tous les autres noms et adjectifs : poil de carotte, orangé, blond, aubrun, rutilant, rouille, roussâtre, rouge, fauve, rouquemoute, queue-de-vache, rubigineux, rousseau et j’en passe…